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Commentaire de William7

sur L'illusion anti-capitaliste


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William7 17 juin 2010 15:16

Bourdieu le disait bien : il faut avoir à l’esprit qu’il n’y a pas un racisme, mais des racismes : il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence.

Il est vrai que cette notion de méritocratie (dont les tenants sont toujours, je le répète, soumis au danger de racisme ou de naturalisme biologisant) est intimement liée à la justification des inégalités dans un système capitaliste, mais on peut dire que le libéralisme lui offre sa doctrine la plus « aboutie ». Relisez Pareto, Schumpeter, Mosca, etc.

Lisez également la thèse de Laurin-Frenette.

La théorie schumpétérienne des classes exprime de la façon la plus claire et la

plus cohérente les postulats essentiels du libéralisme. Le principe selon lequel

le succès est proportionnel au mérite n’est, en effet, qu’une première approximation

de la croyance libérale à la valeur déterminante de l’individu et des

talents et performances individuelles. Que le succès vienne à ceux qui le

méritent par leurs capacités et leurs efforts implique que la valeur des

concurrents n’est pas donnée comme égale au point de départ. L’égalité ne

réside que dans la chance égale accordée à tous les individus de faire valoir

leurs aptitudes ; l’égalité n’est que l’assurance que les règles de la concurrence

seront respectées et que quiconque a de la valeur pourra la faire reconnaître.

C’est à cette nécessité que correspond le thème fonctionnaliste de la mobilité

sociale. Le principe des chances égales signifie que les mécanismes de

sélection sociale opèrent sur la base de l’inégalité, naturelle des individus ; il

implique qu’un individu supérieur aura toutes les chances de faire reconnaître

son mérite et que les autres individus auront l’obligation corrélative de

reconnaître sa supériorité. On confond souvent à tort ce principe libéral de

l’égalité pour tous avec la croyance à l’égalité de nature des individus. Ce qui

caractérise l’idéologie bourgeoise n’est pas la reconnaissance d’une égalité

entre les individus mais d’une inégalité fondée sur leur nature même plutôt

que sur des critères extérieurs à l’individu comme le droit divin dans

l’idéologie politico-religieuse féodale ou des critères indépendants des qualités

réelles comme la noblesse héréditaire. La théorie de Schumpeter est précisément

une négation de ces critères hiérarchiques de type aristocratique et une

tentative de démontrer que les principes et les croyances libérales ont une

vérité objective et une valeur universelle. Rien ne distingue, dans l’analyse

schumpétérienne, l’entrepreneur industriel de l’aristocrate féodal ou du

technocrate socialiste sinon la manière dont chacun fait valoir sa supériorité

naturelle en matière de leadership social. Schumpeter insiste seulement pour

qu’on reconnaisse que les lois naturelles et universelles de la sélection sociale

n’ont nulle part fait la preuve de leur mérite aussi bien que dans la société

capitaliste, parce que celle-ci les avait érigées en principe pratique et conscient

de son fonctionnement et ne leur opposait aucune résistance indue comme

pourrait le faire une société socialiste.



 


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