OUI à l’aide
au suicide, mais NON à l’euthanasie !
Au sujet de la différence entre l’euthanasie et l’aide au suicide, il faut
distinguer entre les arguments juridiques, éthiques et religieux. On ne peut
pas simplement affirmer sans nuance qu’il n’existe pas de différence entre les
deux : dans un cas c’est le patient lui-même qui s’enlève la vie (aide au
suicide) alors que dans l’autre c’est le médecin qui la retire. Il faut d’abord préciser sur quel terrain (juridique, éthique ou
religieux) on tire notre argumentation. Si l’on se situe sur le terrain de
l’éthique, on peut raisonnablement soutenir qu’il n’existe pas de différence.
Cependant, si l’on se situe sur le terrain juridique, il existe toute une
différence entre l’euthanasie (qualifié de meurtre au premier degré dont la peine minimale est l’emprisonnement à perpétuité) et l’aide au suicide (qui ne
constitue pas un meurtre, ni un homicide et dont la peine maximale est de 14
ans d’emprisonnement). Dans le cas de l’aide au suicide, la cause de la mort
est le suicide du patient et l’aide au suicide constitue d’une certaine manière
une forme de complicité. Mais comme la tentative de suicide a été
décriminalisée au Canada en 1972 (et en 1810 en France), cette complicité ne
fait aucun sens, car il ne peut exister qu’une complicité que s’il existe une
infraction principale. Or le suicide (ou tentative de suicide) n’est plus une
infraction depuis 1972. Donc il ne peut logiquement y avoir de complicité au
suicide. Cette infraction de l’aide au suicide est donc un non-sens. Les juges L’Heureux-Dubé et McLachlin (dissidentes dans
l’arrêt Rodriguez), de la Cour suprême du Canada, affirment dans l’arrêt
Rodriguez (1993) :
« En résumé, la loi établit une distinction
entre le suicide et le suicide assisté. Le second est
criminel, le premier ne l’est pas. Cette distinction a pour effet
d’empêcher des gens comme Sue Rodriguez d’exercer sur leur personne l’autonomie
dont jouissent les autres. « [S]ur le seul plan de la logique », pour
reprendre les commentaires de la Commission de réforme du droit du Canada, la
distinction "est extrêmement difficile [à justifier] » : Document de travail
28, Euthanasie, aide au suicide et
interruption de traitement (1982), à la p. 60. Bref, elle est
arbitraire ».
En revanche, l’euthanasie volontaire est présentement considérée comme un
meurtre au premier degré. Le médecin tue son patient (à sa demande) par
compassion afin de soulager ses douleurs et souffrances. Il y a ici une
transgression à l’un des principes éthiques et juridiques des plus fondamentaux
à savoir l’interdiction de tuer ou de porter atteinte à la vie d’autrui. Nos
sociétés démocratiques reposent sur le principe que nul ne peut retirer la vie à autrui. Le contrat social « a pour fin la conservation des contractants » et
la protection de la vie a toujours fondé le tissu social. On a d’ailleurs aboli
la peine de mort en 1976 (et en 1981 en France) ! Si l’euthanasie volontaire (à
la demande du patient souffrant) peut, dans certaines circonstances, se
justifier éthiquement, on ne peut, par raccourcit de l’esprit, conclure que
l’euthanasie doit être légalisée ou décriminalisée. La légalisation ou la décriminalisation d’un acte exige la prise en compte des conséquences sociales
que cette légalisation ou cette décriminalisation peut engendrer. Les
indéniables risques d’abus (surtout pour les personnes faibles et vulnérables
qui ne sont pas en mesure d’exprimer leur volonté) et les risques d’érosion de
l’ethos social par la reconnaissance de cette pratique sont des facteurs qui
doivent être pris en compte. Les risques de pente glissante de l’euthanasie
volontaire (à la demande du patient apte) à l’euthanasie non volontaire (sans
le consentement du patient inapte) ou involontaire (sans égard ou à l’encontre
du consentement du patient apte) sont bien réels comme le confirme la Commission
de réforme du droit au Canada qui affirme :
« Il existe, tout d’abord, un danger réel que la procédure mise au point pour
permettre de tuer ceux qui se sentent un fardeau pour eux-mêmes, ne soit
détournée progressivement de son but premier, et ne serve aussi éventuellement
à éliminer ceux qui sont un fardeau pour les autres ou pour la société. C’est
là l’argument dit du doigt dans l’engrenage qui, pour être connu, n’en est pas
moins réel. Il existe aussi le danger que, dans bien des cas, le consentement à l’euthanasie ne soit pas vraiment un acte parfaitement libre et
volontaire »
Eric Folot