Oooops, pardon pour le lape suce, en effet Salsabil !
Depuis Platon et ses suiveurs, l’athlon le plus pratiqué par les mâles occidentaux est le verbathlon.
Qu’on verbalise en toute socratitude, pourquoi pas. Mais à condition de poser toujours en préambule le fait qu’on dissertathlone, rien de plus.
Ce préalable étant constamment oublié, discourir passe alors pour être la panacée, la solution à tout.
A la limite, que les rhétoriciens s’ennivrent de leurs moulinades, entre eux et sans interférer avec les taiseux, ça ne serait pas bien grave. Hélas, de joute en joute, les coqs du verbe en viennent à croire qu’ils détiennent la vérité par la seule abondance et virtuosité de leur discours. Et comme il s’agit pour eux de se faire valoir par cette cef du pouvoir, ils ont besoin de casser le discours de leurs concurrents. On aboutit alors très vite à l’hypercritique et on peut voir des théologiens ou exégètes ferrailler comme s’il en allait de l’avenir de l’humanité pour établir le sexe des anges, la Trinité ou le couche d’ozone.
A partir de le seule adresse verbale, de leur seule capacité à défaire la parole de leurs adversaires, les plus doués deviennent des références morales, des autorités.
La conséquence la plus grave à mes yeux c’est que les taiseux ou les maladroits du verbe (au rang desquels il faut compter les analphabètes, les étrangers, les simples d’esprit...) leur sont soumis jusque dans les faits et gestes les plus naturels.
Qu’une ignare ou muette se mette à jouir en compagnie d’un imbécile ou d’un aborigène et devant ces docteurs de la parole, elle sera censurée, dénigrée et traitée de bête.
Qu’une femme écrive ce qu’elle ressent de manière très simple et elle sera systématiquement incendiée par les Zemmour du moment « Beaucoup trop simple, donc inutile, chère madame »
Il faut donc jouer du maître instrument, du verbe donc, comme Ariane Walter, Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, Claire Bretécher ou George Sand l’ont fait, pour résister un peu au rouleau compresseur des marathioniens du verbiage.
Alors je m’interroge.
Est-ce que l’apprentissage du discours socratique par le Séminole, le Massaï et l’Inuit, indispensable pour faire valoir leur intelligence et leurs droits auprès des Occidentaux, est réellement un bien ? Est-que les femmes y gagnent vraiment à prendre à leur tour la parole ?
Est-ce qu’une Ipathie a eu vraiment raison de soutenir le verbathlon en le pratiquant aussi ?
Ou comment faire valoir ses droits face à n’importe qui lorsqu’on ne sait pas jouer au méta jeu du verbe ?
En 10 000 ans, les Occidentaux et les Perses ont fait du verbe qui n’était au départ qu’un outil, leur arme suprême.
Il y a certes la beauté. Mais elle ne l’emporte sur le verbe que lorsqu’elle est exceptionnelle.
Et il y aussi le sexage. Heureusement accessible à quasiment tout le monde.
Quand on suce, quand on lèche, on se tait enfin ; on redevient bête.
Il est donc logique que les grands prêtres du verbiage dénigrent cette parenthèse ou ne lui consentent qu’un strapontin.
(A ce titre, ce qui avait fait très fort dans la série Emmanuelle, c’était son fauteuil. L’Occident découvrait enfin que l’amour charnel pouvait trôner)