Voila encore un témoignage sur la souricière montée place Bellecour à Lyon, méthode qui n’a pas été utilisée depuis Vichy à part pendant la guerre d’Algérie, alors je demande sommes nous en guerre ?
http://rebellyon.info/Temoignages-sur-la-prison.html
"Je suis écœuré. Difficile de trouver les mots. Pas
l’habitude d’écrire. Mais je ressens le besoin de témoigner tout
simplement. Je ne parlerai que de cette journée du Jeudi ici à Lyon
Bellecour.
Ce matin vers 10h45, avant d’aller chercher mon enfant à l’école,
quelques groupes d’étudiants regroupés, attendant pour manifester.
Aucune agitation. Les forces de l’ordre encerclaient, contrôlaient
déjà tous les accès. À noter en plus l’ hélicoptère(pas encore là à ce
moment), les 2 tanks à eau...
Je suis revenu vers 13h45, j’ai pu rentrer sur la place et me
poser vers la rue Emile Zola sur un banc comme la plupart des lycéens.
Quelques passants... Et même une « baqueuse » avec brassard rouge,
casque, bouclier qui traversait en solo d’un bout à l’autre à grands
pas... À côté de moi, un groupe d’adolescents. J’entends l’un d’eux
dire : « J’ai envie de pisser ! J’en peux plus... ! » Un autre lui
répondre ; « T’as essayé là-bas quai de Saône ? » Je regarde plus
attentivement et je vois en effet que chaque ado était refoulé par
les crs. Soleil, un gros pétard qu’explose tranquillement...calme
plat.
Puis vers 14h00, retenti un mégaphone et clameur... Comme beaucoup
d’autres, je me lève et pars en direction de la place Antonin Poncet.
Arrivé à l’angle, attroupement de jeunes, qui comme moi viennent voir
ce qui se passe. Je vois des drapeaux : « Libérez nos camarades !
Libérez nos camarades ! » Je passe le contrôle...je sens un regard
casqué se retourner vers moi et... rien.. Jean, blouson, cheveux
grisonnant, je passe..
La tension monte.. Crs et Bac+ camionnettes
constituent une ceinture empêchant l’intersyndical et d’autres
venus, côté place Antonin Poncet soutenir et manifester avec les
lycéens, côté Bellecour... Les points se lèvent, des cris couvrent le
bourdonnement de l’hélicoptère qui tourne au-dessus de nos têtes
inlassablement... Autour de moi, la tension monte, en moi aussi...
Situation bloquée.
Cette situation est restée bloquée ainsi pendant plus d’un quart
d’heure sans aucune hostilité. Du coup, j’ai pris le temps de
regarder de plus prêt les crs, leur équipement, mais aussi leur regard.
J’ai vu des cyborgs.. Aucune discussion possible. Le rapport de
force (protection, équipements armés) est tellement
disproportionné que je me suis senti agressé, menacé.. Puis, la
tension monte encore, encore et ce blocage de cette situation
absurde, amène quelques jets de pierre. Moi physiquement, je ne
savais pas quoi faire et j’imaginais qu’une percée pouvait changer
le cours des choses et je la ressentais physiquement. Nous étions
nombreux, bien plus nombreux qu’eux. Et par surprise, nous aurions
réussi. Mais je me voyais mal crier ; " Allez, on fonce dedans... !
Non. Je reste debout. Des pierres volent, j’attends et la première
salve de lacrymo tombe. Des représentants syndicaux avec des
drapeaux semblent parlementer. ça siffle, ça hue.. Mégaphone : faut
rejoindre le cortège intersyndical derrière sur quai
gailleton... Vers où ? Laisser les lycéens enfermer ? Partir sans
eux ? Et aller où ? (Place Guichard). Un p’tit tour et puis s’en vont.
Non. Pas envie. La situation était là. Les drapeaux flottent, côté
Bellecour, fumée blanche, les lycéens disparaissent.. Ah oui, j’ai
pas bien compris mais y’a le drapeau peace qu’arrive comme un trophée
sous les acclamations.. Il se place en tête et là, j’ai même cru
naïvement qu’on allait enfin rentrer sur la place drapeau peace en
figure de proue.
Bon j’abrège.
Tension, tension, pétards, roue de vélo, hélicoptère, ballets des
cyborgs, 2ème salve bien fournie de lacrymo et là on recule tous
jusqu’au quai et pousser jusqu’au début de la rue de la Barre. Pas mal
de drapeaux partent en direction de Guichard, regroupement, à
nouveau face à face police. Il devait être vers 16h. De loin, Bellecour
semblait désertique. Je ne sais pas ce qui s’est passé exactement.
J’ai entendu dire qu’il y avait eu gazage, matraquage, tankage à
eau... Sur qui ?, Pourquoi ? Il y a un filtrage. Comment s’est-il
opéré ?
Vers 17h00, je bouge de checkpoint, celui de la ré, je vois qques
lycéens errer dans le vide, ensuite rue Émile Zola, là je vois un crs
plaisanter, s’amuser à menoter une demoiselle nanti en faisant mine
de la trainer sur la place et faire reculons parce qu’il y avait un
gradé. Je fais l’tour jusqu’au pont Bonaparte et là je vois plus d’une
cinquantaine de lycéens les uns derrière les autres. Ils sont
fouillés, contrôlés. Je demande à l’un d’entre eux qui vient de sortir
si ils sont photographiés. Il me dit que lui non, mais d’autres oui :
« J’ai posé des questions dit-il : » Qui photographiez-vous, sur
quels critères ? On lui répond : « Eux par exemple, en
survêtement... ! »
Il commence à faire nuit.
Rue Antoine St Exupéry, un car avec des
dizaines de lycéens prêt à partir... Un drapeau rouge avec le visage
de Che guevara : « Révolution- Solution ».
Je quitte Bellecour.
Si
mon enfant s’était retrouvé enfermé sur cette place... J’aurais été
capable d’une agressivité difficilement contrôlable. Mêmes les
pierres n’auraient pas suffi, encore moins les voitures retournées..
Ce qui est cassé par certains est la marque d’une grande force, d’un
grand courage. . Consciemment ou inconsciemment, ces gestes
arrachent des marchandises aliénantes dans un décor de rues murées
de vitrines, va et vient incessant de voitures stressées, bruit,
air irrespirable. Marchandises parmi les marchandises, où
étes-vous parents ? Où êtes-vous vivants ?
[Mot à la modération ; J’ai sorti tout ce qu’y s’est extirpé de ma
tête. Jetez ou publiez. Si trop long, faites ce que bon vous semblera,
mais ne coupez pas précipitamment ."