Il ne s’agit pas pour moi de contester la répression de l’apologie de crimes. L’Holocauste, l’extermination des juifs sont prouvés au delà du doute raisonnable, ainsi que de nombreux autres crimes commis par les nazis. Mais ils ne doivent pas être traités de façon différente des autres crimes de guerre et contre l’humanité au regard de la loi. C’est en ça que la loi Gayssot, unique en ce qu’elle interdit la contestation de ces crimes et de seulement ceux-là, doit être combattue. Hypocrite, veule et complaisante, elle bafoue les principes généraux du droit.
La loi Gayssot viole gravement les principes d’égalité devant la loi, de nécessité des peines et infractions. Elle ne punit pas la contestation des crimes contre l’humanité, mais uniquement des crimes nazis. Ignorant ainsi les innombrables crimes coloniaux et communistes, les génocides arméniens et rwandais, la purification ethnique en Yougoslavie, Israël et au Soudan, etc... Aucune des justifications habituellement avancées ne tient la route un instant.
-La négation de ces crimes porterait offenserait plus particulièrement la sensibilité des habitants du cru : mais elle laisse de côté les crimes que ces gens ou leurs proches ont commis, notamment dans les colonies, ou ceux que nombre d’entre eux soutiennent, comme les mêmes plus les crimes communistes. Cette loi revient donc à soutenir et conforter les préjugés partagés par la population, ce qui ne peut être en aucun cas un motif d’intérêt public et général.
-Il serait nécessaire de réprimer les négationnistes de l’Holocauste, en raison de l’influence de leurs thèses et de la résurgence du nazisme. C’est un argument fallacieux : leur influence est plus proche d’une société de la Terre plate, et les nazis sont ultra-marginaux dans notre société. Les crimes contre l’humanité communistes et coloniaux, par contre, continuent d’avoir de nombreux défenseurs, bien plus que les crimes nazis en tous cas, leurs idéologies ont beaucoup plus d’influence. La nécessité de réprimer leur contestation est certainement plus grande. On pourrait aussi parler des créationnistes, autres négationnistes dont l’influence devient préoccupante. On en revient donc à ce que je disais plus haut. Seul un motif d’intérêt public et général peut justifier une restriction à une liberté, d’expression en l’occurence, et l’hypocrisie sociale et nationale n’est pas un motif d’intérêt général.
Enfin elle inutile. La répression de l’apologie, la loi sur la diffamation et les procédures civiles sur l’offense aux personnes suffisent à s’attaquer aux négationnistes. C’est ainsi que le négationniste du génocide arménien Bernard Lewis a été condamné par un tribunal français. Même aux USA, il a été possible de condamner certains d’entre eux et de les contraindre à reconnaître la validité des preuves de l’Holocauste.
Ces évidences devraient sauter aux yeux de tout le monde, sauf d’un politicien, intellectuel ou juge français. Mais la loi Gayssot n’est qu’un avatar d’une solide tradition française en matière de lois et décisions scélérates. L’histoire du traitement de la notion même de crime contre l’humanité a été une belle illustration de justice bananière. La cour de cassation ayant à plusieurs reprises affirmé que les crimes contre l’humanité n’étaient que les crimes commis par les nazis durant la Seconde Guerre Mondiale ! Se fondant à tort sur les définitions données par les statuts du tribunal de Nuremberg, qui n’établissent aucune telle distinction. Qui serait de toute façon illicite, il est interdit en démocratie d’établir des lois dirigées contre une seule personne ou groupe de personnes nominatif. Mais les juges de la cour de cassation ignoraient les principes fondamentaux du droit pénal mêmes. Nulle noblesse ni grandeur dans les motivations de cette jurisprudence aberrante : il s’agissait de protéger les criminels français dans les colonies, ou les communistes.
Quant aux propos de Le Pen sur la dureté de l’occupation allemande de la France, ils ont paru choquants à beaucoup. Mais du point de vue des faits, là aussi, c’est en effet très relatif : l’occupation allemande n’était effectivement pas particulièrement inhumaine par rapport à celle que subissaient les africains des colonies françaises (en Russie, voire en Pologne, c’était par contre une toute autre histoire). Les français ont été bien pires lors de la Guerre d’Algérie que les allemands en France. Une chose qui échappera encore à nos commentateurs, intéressés non à la justice mais à cirer les pompes de la grandeur de la France. Les mêmes juges impliqués, n’en doutez pas un instant, auraient envoyé les résistants à la mort. De toute façon, tous les juges de Vichy venaient de la 3ème république, un seul ayant refusé de prêter serment à l’Etat de Pétain.