Je me suis peut-être mal exprimé sur le rapport de la philosophie avec les autres disciplines. Ce que j’ai voulu dire c’est que les professeurs de philosophie ne souhaitent pas entrer en concurrence avec les autres disciplines pour « prendre leur place » : l’étude du français, des sciences, des langues sont en soi essentielles pour former des têtes bien faites, effectivement capables de penser. Une des choses que j’ai voulu montrer dans cet article, c’est que l’idée selon laquelle la philosophie doit intervenir après l’étude des autres disciplines est une erreur, sous prétexte qu’il faudrait pouvoir les avoir suffisamment étudiées pour réfléchir sur leur sens et leur raison d’être. Je pense que réfléchir au moins à partir de la seconde sur la raison d’être des mathématiques, de la physique, de l’école en général (pas seulement ici l’utilité, mais le sens, le questionnement qui a fait que ces savoirs ont pu exister), cela ne peut qu’améliorer la compréhension et l’assimilation de ces savoirs.
Il est vrai toutefois que dans le système actuel, où on sépare les disciplines, on ne forme guère des scientifiques en section scientifique, mais des calculatrices ambulantes, appliquant docilement les règles qu’on leur dit d’appliquer (sans qu’il soit nécessaire qu’ils en comprennent les raisons). On ne forme guère non plus de vrais littéraires, mais là aussi des calculateurs d’énoncés formels, capables de faire la liste exhaustive des procédés utilisés par un auteur (le plus souvent inconsciemment) pour exprimer sa pensée, sans qu’il soit vraiment nécessaire qu’ils en aient compris le sens et la portée.