Pour apporter la contradictions aux propos de Traroth, je ferai remarquer que l’euthanasie est pratiquée de manière officieuse et courante dans les maternités. Les bébés qui naissent avec une malformation jugée trop dure à supporter sont souvent achevés (de manière compatissante, bien sûr). Un ami infirmier m’a confirmé que cela se faisait très régulièrement : on fait ensuite mine de n’avoir pas su sauvé la vie du bébé dont la santé était trop fragile.
Lire à ce sujet le magnifique livre de Sophie Chevillard-Lutz : Philippine, la force d’une vie fragile. L’auteur y raconte comment elle vit avec sa fille, née avec un très lourd handicap mental. Quand les médecins lui ont fait l’annonce de la tare irrémédiable que sa fille allait devoir supporter toute sa vie, ils ont été surpris de constater que sa première idée n’a pas été de s’en débarrasser. « Vous voulez dire que vous voulez la garder ? ». Elle raconte ensuite à quel point elle surveillait en permanence son enfant à l’hôpital de peur qu’une infirmière compatissante ne choisisse d’euthanasier sa fille. Le pire, c’était que c’était elle qui passait pour un monstre, de souhaiter que son enfant vive.
Bref, tout ça pour dire quoi ? Je voulais attirer l’attention sur cette forme d’euthanasie qui s’apparente parfaitement à l’eugénisme, et dont on ne parle pas.
D’une manière plus générale, on peut dire qu’il est humain de souhaiter la fin des souffrances pour les personnes qu’on aime (on entend souvent ça aux enterrements des personnes qui ont mis du temps à trouver la mort : « c’est triste à dire, mais il valait mieux pour lui que ça s’arrête »), mais également que l’euthanasie banalisée des personnes malades signifierait un aveu d’échec de la médecine, dont le but est de guérir.
Les positions sur ce thème sont révélatrices de la place accordée à la vie dans notre société. On préfère fuir la souffrance plutôt que de chercher la force de la supporter.