Cher(e) ami(e) :
J’ai été séduit par votre article qui pose au delà des critiques déjà entendues sur le pouvoir des media un autre problème : celui de la communication.
Je reproche de ma part a notre classe intellectuelle (sauf exceptions) de manquer au devoir de trouver les moyens de communiquer avec le peuple au 21 siècle (j’ai bien écris 21 et non XXI !).
Je vous donne deux exemples de l’histoire de la pensée économique : le français Léon Walras a qui on attribue la découverte de l’utilité marginale (sans laquelle nos prix Nobel d’Economie n’auraient jamais pu construire leurs farceuses théories) et l’anglais John Maynard Keynes, considéré comme le père de l’économie de l’état providence (chômeurs du monde bénissez-le !)
Lorsque l’ingénieur raté Walras « découvre » son utilité marginale, un autre économiste anglais nommé Stanley Jevons a déjà aussi trouvé la chose. Hasard ou plagia le fait est que Walras (ancien journaliste donc connaisseur du pouvoir de la communication) faute de trouver quelqu’un de sérieux pour publier ses ennuyeuses élucubrations se lance dans une vaste campagne de communication (nous sommes a la fin du XIX siècle !) en écrivant et répétant ses arguments dans de lettres envoyées a touti quanti et qui ont été recueillies dans plusieurs volumes par un de mes amis. C’est grâce a cet effort de communication que Walras passe le rubicond de la gloire au moment ou Jevons (en plein déprime) se suicide dans la mer du Nord.
L’autre exemple est Keynes. Lui ne manque pas de tribune car il est riche et mondain (contrairement a Walras) car marie (malgré sa sexualité trouble et ses relations avec le philosophe Wittgenstein) avec une belle danseuse russe, étoile de Paris.
Inutile de faire l’éloge des capacités de communication de Keynes qui grâce a sa rhétorique et force de persuasion est parvenu a convaincre avec de best-sellers les plus brillants économistes de son époque (et de la notre).
D’homme politique et économiste brillant (bien que seulement docteur en Philosophie), Keynes est devenu journaliste communicateur pour sa cause. De journaliste et mathématicien rate (il n’a fait que recopier les formules de Lagrange et les mettre dans une sauce économique !)Walras est devenu scientifique honoré. Mais tous les deux ont fait un effort énorme de communication. Ce qui manque a mon avis aux hommes politiques et aux grands penseurs de nos jours.
Je n’ai jamais été communiste ni de droite mais j’ai rarement manque un show avec Georges Marchais ou Edgar Faure. L’amusement était garanti et au moins on comprenait leur dialectique. Par contre combien d’ennuis avec Mitterrand, Giscard et les autres...Ceux qui aiment regarder ou écouter Ségolène savent qu’avec elle il va se passer quelque chose, même une c... technique ou une bavure politique. Avec Nicolas le discours est trop plat, trop recuit et entendu. Hulot joue bien son rôle de beau ténor d’opéra capable de casser quelque chose sans avoir le devoir de la reconstruire.
Car inattendu les gens (j’avoue que moi aussi) ont aime le coup de tête de Zidane car cela le transforme en humain. C’était inattendu.
Pour terminer, j’ai lu il y a quelques années un article d’un historien économiste américain qui montrait, preuves a l’appui, que la majorité des ouvres qui ont surmonté l’espace entre un bon repas avec une sieste l’éternité (comme disait Schumpeter) et c’était plus par leur coté « frappant » (a contre courrant) que par leur contenu scientifique.« That is interesting » devrait être la devise de nos hommes politiques.
Pancho