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Commentaire de Bovinus

sur Libye : business, morale et liberté (2e partie)


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Bovinus Bovinus 26 mars 2011 03:09

Que cherchez vous à prouver, avec votre pamphlet ? Que vous soutenez l’intervention occidentale en Lybie ? C’est fort bien, mais pourtant, quelque chose vous gêne : l’éternelle et incontournable question morale. Vous vous contorsionnez alors en tous les sens pour tenter de nous démontrer par la Raison que cette morale « devrait être repensée ». Car, en effet, les motivations occidentales sont à ce point obscures qu’elles doivent être justifiées. On se doute bien que ce qui est en jeu, ce n’est pas la vie de quelques métèques, mais encore et toujours le profit : pétrole, gaz, flux migratoires, etc.

Vous nous récitez la ritournelle libéraliste sur les avantages du commerce et l’hypothétique liberté que celui-ci véhicule (en oubliant au passage, la liberté de ne pas faire de commerce, ou de choisir avec qui commercer), puis embrayez sur une attaque en règle contre cette maudite morale qui nous empêcherait de commercer en rond. Pas moyen de s’en défaire !

Vous passez alors à l’éthique, tentant de la substituer à l’encombrante et inutile morale :

"La morale est une contingence sociale, une contrainte, une non-liberté. Un non-choix. J’écarte le dogme moral rigide, carcan comportemental, au profit des principes éthiques et d’une adaptation permanente au monde.« 

Le cynisme pourrait même devenir une vertu, un »antidote", une lucidité libératrice et salutaire.

Tout ça pour enfin poser la seule question qui compte, dans cette affaire :

Qu’est-ce qui est le plus cynique au sens négatif du terme : aider le peuple libyen avec une éventuelle arrière-pensée commerciale ? Ou refuser de l’aider sous le prétexte légaliste que c’est n’est pas chez nous, dans notre jardin, qu’ils seront torturés ?

Vous nous livrez alors votre réponse, qui n’est rien d’autre qu’un jugement de valeur strictement subjectif :

Pas de consensus entre les antis et les pros. Chacun son camp, puisque c’est le jeu. J’ai choisi le mien.

Tout ça pour ÇA ? Tout ça pour autant de formules creuses, d’imprécations et de non-sens ?

Vous confondez visiblement morale, éthique et droit. En fait, c’est encore pire : soit vous n’y comprenez rien, soit vous essayez délibérément de semer la confusion dans les esprits. À moins que ce ne soit un défi, une invitation à débattre ?

En ce cas, je commencerais par remettre en cause votre problématique : "Qu’est-ce qui est le plus cynique au sens négatif du terme : aider le peuple libyen avec une éventuelle arrière-pensée commerciale ? Ou refuser de l’aider sous le prétexte légaliste que c’est n’est pas chez nous, dans notre jardin, qu’ils seront torturés ?« 

Elle est fort mal posée. Parler de »peuple lybien« , c’est faire un raccourci grossier et simpliste. C’est beaucoup plus compliqué que ça. L’État Lybien est le fruit d’un compromis politique et social entre des tribus de langue et de dialectes différents. À la limite, on pourrait parler de »nation lybienne« , mais non de peuple. D’autre part, il ne s’agit pas d’une situation de conflit entre deux États, où tout serait beaucoup plus simple ; il s’agit bel et bien d’une guerre civile, ce qui suppose de violents conflits entre des intérêts antagoniques au sein même de la Lybie. On ignore totalement quels sont ces intérêts. On sait juste que le Président de la République a décidé, de façon très surprenante, d’engager nos forces armées au profit de certains d’entre eux, qui sont contraires aux intérêts de Khadafi.

C’est fort étonnant, dans la mesure où, comme chacun le sait, notre Président semblait entretenir d’excellentes relations avec le colonel Khadafi à une époque guère éloignée. Ce qui nous amène logiquement à nous interroger sur les raisons de ce soudain retournement diplomatique. Il se pourrait fort bien que celles-ci soient d’ordre non pas »commercial« , mais bien économique (la rigueur intellectuelle s’accommode difficilement du flou conceptuel). L’humanitaire, c’est très bien, mais laisser entendre qu’on balance des centaines de Tomahawks à 900.000 dollars l’unité sur les forces de Khadafi par compassion pour le »peuple lybien« , c’est insulter l’intelligence du lecteur. Le but clairement recherché est le départ aussi rapide que possible de Khadafi, qui serait remplacé par l’entité reconnue par la France, à savoir, le CNT.

Que savons-nous de ce CNT ? Qui en fait partie, qui représente-il, quelles sont ses motivations ? De tout cela, nous savons à peu près autant que des intérêts en jeu en Lybie, c’est à dire, rien. Les décideurs en savent plus que nous, mais ne jugent pas utile de nous le faire savoir. À peine laissent-ils filtrer que ce CNT aurait des revendications plus ou moins »démocratiques", ce qui est évidemment une formule creuse.

À ce stade, il apparaît clairement que votre problématique est absurde (ce qui explique, dans une certaine mesure, l’absurdité du pamphlet qu’elle a servi à construire). Je vous en propose une autre :

Notre politique pour le monde arabe est-elle cohérente ?

Ou encore : la politique étrangère de la France est-elle crédible ?

Ou bien, si les questions de philo vous branchent davantage que les relations internationales, celle-ci : Le cynisme est-il plus rentable que la morale ?

Avouez que c’est tout de même moins confus. Oh et pour finir, traditionnellement, en France, on place la problématique au début d’un raisonnement logique, et non à la fin. Ça peut parfois éviter d’écrire deux mètres de merde pour ne rien dire.


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