Caroline Fourest a rendu un service important à la laïcité en mettant au jour les contradictions du prédicateur Tarik Ramadan, qui a pu ainsi être accroché, pour ne plus pouvoir jouer le rôle de référentiel pour les musulmans alors qu’il prêche pour un islam authentique dont cette notion le ramène vers le conservatisme et l’archaïsme.
Précisément, l’islam est vu par certain comme ne pouvant s’intégré à la République comme le christianisme l’aurait fait. C’est faux, le chemin en est différent et plus complexe car l’islam indéniablement est une religion qui n’a pas connu de processus de laïcisation dans les pays d’origine des personnes qui se réclament d’être musulmans, il y a un cheminement vers la modernisation de cette religion qui n’est pas facile. Sans oublier cette majeure partie des musulmans déjà intégrés qui demandent à ce que l’on ne les assigne pas à être d’abord des musulmans mais des citoyens à part entière.
Mais l’islam est d’autant moins invité à se moderniser que l’on cède sur les principes essentiels qui fondent la nation entendue comme souveraineté du peuple, la laïcité elle-même, la démocratie qui semble ne plus permettre que nous choisissions notre destin mais seulement voter pour le meilleur gestionnaire, ce qui n’est pas la meilleure façon de la défendre.
S’il y a, dans les résistances à l’évolution de l’islam vers la modernité, un problème qui renvoie l’islam à se questionner lui-même qui est loin d’être négligeable, il y a aussi un questionnement à avoir sur notre société soumise au règne de l’argent-roi qui la dénature, qui crée une crise d’un modèle de société qui est le nôtre, marqué par le progrès et des acquis sociaux formidables, qu’il faut défendre en lui redonnant du sens, par-delà le pouvoir immoral absolu du libéralisme, un sens humaniste contenu dans la valeur du politique qui fait l’homme agent de son histoire par delà les dieux, qui donne à l’intérêt général la primeur sur toute chose et permet d’intégrer tous les individus au projet d’une histoire commune de haute volée, qui puisse justifier de ranger sa religion au second rang par rapport au vivre ensemble, au caractère précieux de ce que l’on met en commun pour faire société.
Il faut regarder plus loin que le rapport entre religions et société pour que celles-ci trouvent leur place dans la modernité, sachant qu’aucune ne remplacera les lumières de la raison pour le projet que nous avons devant nous, si l’homme doit se dessiner un avenir à la mesure de ses facultés d’émancipation et de ses révolutions passées.
GC.