Vincent,
Je maintiens que pour apprendre, le groupe n’offre pas les meilleures opportunités, et qu’au contraire il peut ralentir les éléments les plus brillants. En revanche, le groupe est effectivement plus performant pour prendre les bonnes décisions, pour produire des éléments matériels aussi bien que des idées, et pour bien d’autres tâches encore. Je répète donc être convaincu (sur la base de preuves scientifiques) de la supériorité de l’intelligence collective sur l’intelligence individuelle, et m’en fais régulièrement l’écho ici.
En matière de psycho, la méthode scientifique est aussi pertinente que dans d’autres domaines, mais elle est certes limitée en raison de la profusion d’éléments non encore observables ni intelligibles. La psycho en l’absence d’une base scientifique, expérimentale, solide conduit tout droit à quantités de dérives : on enferme dans des HP des gens sains d’esprit, on décide qu’untel est intelligent et tel autre bête, on dit que les gens ont un profil Big Five, etc.
Quand l’humanité a-t-elle fait un bond prodigieux ? Il y a 60000 à 100000 ans ! A quoi cela était-il dû ? A l’apparition d’un système de neurones miroirs sophistiqués selon V.S. Ramachandran et bien d’autres. D’où, à partir de là, l’acquisition rapide de compétences uniques à l’Homme, et leur diffusion verticale et horizontale dans des proportions géométriques. L’évolution darwinienne, lente, a été supplantée par l’évolution lamarckienne. De nombreux chercheurs dont je viens d’oublier le chef de file (ajoutez 8h à votre fuseau horaire, et vous aurez le degré de ma fatigue) pensent que le réseau neural originel dans le cerveau humain était suffisant pour donner à l’Homme toutes les capacités qu’on lui connaît aujourd’hui. La plasticité a fait le reste.
Selon Robin Dunbar (un psychologue évolutionniste de l’université de Liverpool je crois) qui a étudié les primates, plus le cortex est volumineux, plus le groupe social est volumineux. Transposé chez les hommes primitifs (je ne parle pas de Sarko ici), cela donne des groupes qui ne dépassaient pas 150 individus. Mais avant ces 60 000 à 100 000 ans, les hommes étaient quasiment « autistes », pas d’empathie, etc. Vous pourrez certes trouver et démontrer des formes de collaboration, mais c’était très succinct.
J’espère que vous me comprenez mieux maintenant. Il y avait peut-être confusion sur la notion de collaboration et sur votre époque de référence (de quels premiers hommes vous parliez), et c’était donc un problème de définition, qui illustre parfaitement l’axiome « 90% des problèmes de raisonnement sont des problèmes de perception ».
Mes amitiés.