Je ne connais pas ce livre et j’ai quelques scrupules à raconter ce qui m’est arrivé car trop différent.
Mon fils, à 14 ans, déclare une leucémie lui laissant a priori deux mois. Après bien des péripéties, il reçoit un sang de cordon ombilical et il guérit sans aucune séquelle.
Il se passe alors la chose suivante.
En gros, avant cette maladie, les parents (c’était notre cas) vont peu ou prou à dire qu’ils ont créé l’enfant, puis soigné, nourri etc.
Puis, au moment de la maladie, avec le grand nombre d’heures passées à ses côtés dans la chambre stérile (à cause des chimios qui tuent ses défenses immunitaires) les parents, d’une manière ou d’une autre, et je dirais en quasi compétition avec le corps médical, se poseraient en, comment dire, béquille ultime ou quelque chose dans le genre.
Puis l’enfant guérit. Que lui dire, que nous dire à nous en famille ?
Peut-on continuer à prétendre avoir donné la vie à notre enfant ?
Pour une raison peut-être folle ou excessive de ma part, j’ai clairement dit que c’est la société qui l’a sauvé. Toi Chalot, toi Ariane, toi JL, toi Dugué, vous tous qui, d’une manière ou d’une autre, avez contribué à ce qu’existe l’Assistance Publique. (Et en plus, il faut des donneurs bénévoles de produits sanguins)
La réalité de ce changement de donne pour l’enfant miraculé (désormais je suis le fils de la société, c’est elle qui m’a voulu, et peut-être contre l’avis de Dieu) provoque déjà un choc. Mais si le père s’y met et renforce dans ce sens par un discours très socialisant, l’enfant va désormais voir les choses de manière très différente. (Et les membres de sa famille qui auraient peut-être préféré être valorisés pour leur bons soins, peuvent se sentir diminués ou floués)
Il ne peut pas y avoir un tel miracle réalisé par notre société sans que ça conduise à des troubles dans les rapports familiaux, sans que la famille du miraculé en ressorte amoindrie voire ridiculisée.
Curieusement, alros que ce genre de grande opération comprend des psys, jamais ce problème n’a été considéré par eux.
D’une manière générale, il me semble que les familles de miraculé, résolvent le problème en minimisant voire en déniant le miracle accomplit par la société. a postériori, ça me semble être une bonne solution ou en tous cas le meilleur compromis. Déni à recommander surtout si l’enfant est jeune car plus il est en âge de réaliser à quel point c’est la société qui l’a sauvé, plus le déni de ce fait de la part de ses parents risque de de l’agacer sans que jamais il ne puisse le dire.
De là, il faut comprendre que si l’occasion se présente aux parents de critiquer la société, surtout s’il y a eu échec total ou partiel, ils ne manqueront pas de sauter dessus.
Ainsi, j’estime que sur ce sujet et bien d’autres, nous devrions juger les médecins accusés (comme c’est le cas dans ce livre, si j’ai bien compris) de manière plus collective. Je veux dire qu’aucun médecin ayant raté un sauvetage ne devrait se retrouver seul face à des parents accusateurs. Il devait être jugé par l’ensemble de ses patients pour l’ensemble de son travail.