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easy, plus particulièrement
C’est
seulement sur un point précis que
je pense que le Dalaï Lama s’illusionne et illusionne les autres :
Dans
un commentaire précédent où vous me soupçonnez de considérer, en toutes
circonstances, comme naïfs tous ceux qui ont une foi religieuse, vous évoquez,
en les défendant à juste titre, les moines de Tibhirine et de Lhassa.
Selon
moi Christian de Chergé, responsable de Tibhirine n’était nullement un
« chrétien naïf ». Bien au contraire il était conscient qu’il fallait
avancer vers un rejet de la croyance en une prétendue "bonne
violence« prétendument »voulue par Dieu".
Citations
:
"La
haine et la violence dans les psaumes étaient devenues un sujet sensible lors
des réunions hebdomadaires du groupe chargé de la liturgie…"
"Christian
pensait qu’il n’était pas raisonnable de chanter ces versets enflammés alors
que les actes de brutalité ne cessaient de se multiplier alentour.
Sur
cette question, les frères étaient tous d’accord : Christian n’était pas assez
ferme. La liturgie s’organisait autour de la psalmodie. Il s’agissait d’un
patrimoine ancien, hérité des Pères du Désert, qui avaient chanté ces poèmes
bibliques dès les premiers siècles de l’Eglise. Y toucher serait une forme de
trahison, une négation de leur identité de moines. Oui, les psaumes ne
manquaient pas de virulence parce qu’ils étaient en prise avec la vraie vie,
pétris de désirs ardents, de peurs et de doutes, ainsi que d’espérance en un
amour éternel et en une justice ultime. La communauté ne permettrait jamais que
le zèle de Christian ménage d’hypothétiques susceptibilités musulmanes au prix
d’une atteinte à ce qui leur était le plus cher. Si certains versets devaient
offenser un visiteur, il suffisait de les lui expliquer. Mais ils n’avaient
aucune raison de scandaliser les musulmans puisque le Coran affirmait
clairement que les psaumes avaient été donnés à David par Dieu lui-même
(sourate 4, verset 163)"
(extraits
de Passion pour l’Algérie, Les moines de Tibhirine par John Kiser, traduction d’Henry Quinson, éd.
Nouvelle Cité 2006, pages 174 et 175)
Le
plus terrible, ici, c’est la dernière phrase. Elle résume tout ce qui fait
durer la violence religieuse effective
: les religions alimentent et entretiennent mutuellement leur conception de la
prétendue « bonne violence » prétendument « voulue par Dieu »
puisque cette conception a été sacralisée dans doutes les religions
monothéistes.
C’est
cela qui fait des rencontres inter-religieuses pleines de bonnes intentions et
très médiatisées des rencontre parfaitement inutiles, voire pire : chacun
s’abstient de critiquer la culture de la violence prétendument "de
Dieu" dans les autres religions pour ne pas voir critiquée la même culture
dans sa propre religion.
Et
ce que je reproche ici au Dalaï Lama - encore une fois : d’après ce que
Matthieu Ricard lui fait dire - c’est d’apporter, de l’extérieur (*), sa
contribution à cette culture de la violence religieuse. Plus exactement au
maintien de cette culture.
Je
dis seulement, en affirmant le respect que je lui porte, que, sur ce point précis,
il « peut mieux faire ». Il doit lucidement dénoncer le rôle que joue, dans
la violence du monde, le double
discours de Benoît XVI (entre autres).
(*) A la Conférence Mondiale des Religions pour la
Paix à laquelle j’avais assité, il y a quelques années au palais de l’UNESCO à
Paris, une représentante du boudhisme était présente à la tribune.