Si on sortait de l’euro...
L’essentiel de ce qu’a dit Marine
Le Pen est son programme commercial et monétaire qui conduit à une
sortie de l’euro et du marché unique. La cause du mal est le
« mondialisme », la concurrence déloyale des pays sans protections
sociales (la Chine) et la perte de la souveraineté monétaire. Le FN
« exige une réforme de la Banque centrale européenne » pour rétablir
l’impératif de l’emploi. Si les autres pays ne nous suivent pas « notre
nation doit être prête à recouvrer l’intégralité de sa souveraineté
monétaire », en clair, comme l’a dit Marine Le Pen, de quitter l’euro et
de rétablir le franc.
Même chose sur le commerce. Il faut « rétablir
une nouvelle politique douanière » pour freiner les importations. Et « la
France doit être déterminée à mettre en œuvre seule ces mesures » si les
autres Européens ne nous suivent pas.
Les débats ayant eu lieu
cent fois entre les Six puis les Douze puis les Vingt-Sept, ils sont
tranchés. Le fondement de l’Union est l’indépendance de la BCE
et l’ouverture des frontières. La messe est donc dite d’avance, les
autres pays membres refuseront de nous suivre. Marine Le Pen élue
quitterait donc l’euro et le marché commun.
Que se passerait-il ?
Un retour des usines pour les travailleurs « français » et des emplois « en
nombre » ? Cette politique isolationniste et protectionniste conduirait
au contraire à faire de la France un paria économique en Europe et dans
le monde dont le coût social et économique serait à proprement parler
effroyable. Voici en effet ce qu’il se passerait, inévitablement.
1- Difficultés techniques
Retourner
au franc présenterait des difficultés techniques considérables. Il
faudrait reprogrammer les tenues de compte et toutes les caisses
enregistreuses du pays : rappelons que lors du passage à l’euro, cette
conversion avait duré trois ans.
2- Dévaluation
L’objectif
de la sortie de l’euro serait de dévaluer massivement le franc pour
regagner en compétitivité. Le franc perdrait mettons 20% ou 30%. Bien
entendu, il faudra le faire du jour au lendemain « par surprise » sinon
tous les épargnants français, qui vont perdre instantanément 20% ou 30%
de leur fortune, vont se précipiter pour vider leurs comptes et mettre
leur argent en Allemagne ou en Suisse. Mais, si Marine Le Pen est élue,
ce se sera vu dans les sondages avant le vote et les épargnants vont
donc agir par précaution et « vider les caisses de France » dès avant
l’élection.
3- La fuite des épargnants
Mais imaginons que
Marine Le Pen puisse conserver l’effet de surprise. Sitôt annoncé,
toutefois, le « bank run », la précipitation est inévitable. Il faudra
donc accompagner la sortie de l’euro d’un contrôle des sorties de
capitaux et très sûrement d’une limitation des montants des retraits
possibles par chaque Français à sa banque. La gauche l’avait fait en
1982. Cette pénurie d’argent pèsera, on l’imagine, sur le commerce et
donc la croissance.
4- Une dette plus chère
La dette
française, 1.250 milliards, est en euros. Elle s’alourdira
instantanément de 20% ou 30% de plus. Il faudra probablement faire
défaut sur une partie si le gouvernement FN veut éviter de consacrer
l’essentiel des marges de manœuvre budgétaire au remboursement. La
conséquence sera une perte de confiance dans la signature de la France
et l’impossibilité d’emprunter sur les places internationales pendant
plusieurs années. Rappelons qu’aujourd’hui 63% de la dette française est
détenue par des étrangers.
5- Sauver les banques
Les
banques françaises ayant perdu beaucoup de leurs dépôts seront en grande
difficulté. Il faudra probablement les sauver en les nationalisant, ce
qui compliquera singulièrement la vie de leurs filiales à l’étranger. Le
marché du crédit souffrira et l’Etat devra le soutenir, non sans coût.
6- Une mise à mal de notre commerce extérieur
Les
autres conséquences concernent le marché unique : la dévaluation
française perturbera complètement son fonctionnement puisque sa
création avait pour but de mettre fin à ce type de dévaluation interne
en Europe. Comment réagiront les autres ? Probablement en élevant eux
aussi des barrières douanières pour les produits français à l’export.
Nos relations commerciales avec nos partenaires seront très affectées
sinon en partie détruites. Rappelons qu’en France, un quart des emplois
dépend directement de ces échanges extérieurs.
7- Une Union européenne très mal en point
L’Europe
n’y survivrait sans doute pas. La France est trop importante. Chaque
pays de l’Union défaite se retrouverait seul face aux Américains, aux
Indiens et aux Chinois. Le « mondialisme » ne s’arrêterait pas sans la
France, il continuerait, mais elle, elle s’arrêterait sûrement.
Marine
Le Pen propose des solutions aventureuses dont le résultat serait un
cauchemar pour la France, pour l’économie, pour l’emploi.
Eric Le Boucher
extrait : http://www.slate.fr/story/32565/marine-le-pen-scenario-fin-euro