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Commentaire de Taïké Eilée

sur L'antéchrist s'appelle Prosper !


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Taïké Eilée Taïké Eilée 15 janvier 2007 15:39

« Mais si nous sommes des animaux, nous sommes les seuls à réfléchir comme nous le faisons, nous sommes les seuls à tuer pour le plaisir, nous nous différencions donc des animaux, puisque nous pouvons envisager l’avenir, le but, le sens... »

Que l’homme soit un animal qui se distingue sur beaucoup de points des autres animaux, c’est une évidence. Lui seul joue au football, va à des concerts de rock, vote pour élire ses représentants... alignez les millions d’exemples que vous voulez. Il est sûr que notre conscience de nous-mêmes, nos capacités intellectuelles supérieures nous permettent de nous distinguer de mille façons.

« Pour ce qui me concerne je me sens solidaire des autres et n’ai jamais tué personne, mais c’est aussi sans doute une question d’éducation, et l’éducation a intégré la religion sans même qu’on s’en rende compte ! Ainsi nos rêgles sociales en sont issues. »

Question d’éducation bien sûr. Vous voyez le fondement ultime de votre éducation dans la religion. Moi, je vois le fondement de la mienne dans le sentiment d’empathie dont je parlais plus haut. Si des doctrines ont pu développer des commandements respectueux de la vie, c’est parce qu’il y avait cette sensibilité aux autres au départ. Sans vouloir tout ramener aux singes, ces derniers manifestent déjà, nous disent les éthologues, des comportements moraux.

« Pourquoi ne mangez vous pas de chair humaine ? Il y a des cultures qui le font, aujourd’hui encore, ça vient des singes à votre avis ? »

Question de cultures, de coutumes. A quoi doit-on toutes les différences de cultures ? C’est complexe.

« Notre société s’est développé sur des bases religieuses très forte, et depuis qu’elle ne les a plus, toute la société est déstabilisée... »

Je ne suis pas sûr de cela. Le recul de la religion a aussi permis un certain nombre de progrès.

« Nous vivons sur des bases et des principes religieux, nos lois sont issues des dix commandements ! »

C’est quelque chose que l’on entend souvent. Voyons donc. Rappelons ce que sont les 10 Commandements :

1° Tu adoreras Dieu seul et tu l’aimeras plus que tout.

Ne joue aucun rôle dans notre société laïque. Est même antinomique avec notre esprit de tolérance.

2° Tu ne prononceras le nom de Dieu qu’avec respect.

Idem. Contraire à notre esprit de liberté (liberté de croire ou non, de caricaturer, de rire de tout, etc.). Dans notre société on peut se moquer de Dieu.

3° Tu sanctifieras le jour du Seigneur.

N’a pas sa place en tant que principe dans une société laïque.

4° Tu honoreras ton père et ta mère.

Que signifie « honorer » ? S’il s’agit de les respecter et de les aider, je ne crois pas que l’on ait attendu les 10 Commandements pour le faire. Généreux donc, mais pas très original. Et puis tout dépend aussi peut-être des parents qu’on a eus : des parents bourreaux méritent-ils d’être honorés par leurs enfants détruits ? La Bible ne rentre pas dans ces subtilités...

5° Tu ne tueras pas.

Dommage que les croyants s’en soient si peu souvenu tout au long des ces 2000 ou 3000 dernières années. La plupart des bains de sang leur sont quand même dûs. Cela dit, j’approuve ce commandement. Même s’il n’aborde pas, lui non plus, les cas particuliers. A-t-on le droit de tuer celui qui s’apprête à nous tuer ? Les principes trop généraux laissent dans le flou.

6° Tu ne feras pas d’impureté.

Qu’est-ce qu’une « impureté » ? Ne semble plus bien convenir à notre société, qui ne voit sans doute plus les impuretés aux mêmes endroits que les sociétés anciennes.

7° Tu ne voleras pas.

Oui, c’est plutôt mieux. Mais là encore, n’y a-t-il pas des situations qui peuvent le justifier ?

8° Tu ne mentiras pas.

On sait bien que c’est impossible. Nous mentons tous, tous les jours, et c’est très bien comme ça. Pour la paix sociale justement. Allez dire ce que vous pensez réellement à tout le monde, et ce sera un joli... bordel. Mentir, c’est arrondir les angles, pour ne pas être trop désagréable, c’est vouloir ne pas faire de mal en disant des choses qui font mal, c’est viser la délicatesse et non la brutalité : la vérité à tout prix, ça peut être très dur. Et puis surtout, à qui ment-on et dans quelles cironstances ? Vous connaissez l’exemple célèbre : si la Gestapo vient vous voir et vous demande si un Juif se cache chez vous, vous dites la vérité ?

9° Tu n’auras pas de désir impur volontaire.

Là encore, autre temps, autres moeurs. Qu’est-ce qu’un « désir impur » ? Ça dépend des époques et des cultures. Ne pas convoiter la femme de son voisin ? Mais si on l’aime et qu’elle nous aime, et qu’elle est malheureuse comme une pierre avec son mari qui la fait souffrir ? Est-ce si mal ?

10° Tu ne désireras pas injustement le bien des autres.

Admettons.

Bref, je rejette catégoriquement 3 des 10 Commandements. Je trouve quasiment tous les autres, soit inadaptés à notre époque, soit trop généraux et donc pas très utiles dans la pratique. Avec les réserves que je viens de dire, j’en conserverai tout au plus la moitié.

« Vous avouez plus haut que vous ne connaissez pas de société vraiment religieuse. »

En connaissez-vous, vous ?

« Vous êtes quand même un peu gonflé ! Vous faites un article sur Jésus, vous parlez de Dieu tout au long de vos réponses, et vous venez nous dire que ça ne vous intéresse pas ! »

Ce n’est pas que ça ne m’intéresse pas. C’est que je ne me prononce sur Dieu qu’en réaction aux affirmations des croyants. Sans eux, je ne m’en soucierai pas, car je n’aurai pas formé moi-même cette « idée » (ou alors je l’aurai formée et vite rejetée, car j’en aurai vu les origines dans mon psychisme).

« Vous n’avez RIEN à nier, pourtant si, l’existence de Jésus il me semble ? »

Vous m’avez mal lu. Je n’ai rien à nier AVANT que les croyants ne me parlent de Dieu. Avant cela, je ne suis dans la négation de rien, puisque « Dieu » n’existe pas dans mon esprit, je n’en ai pas l’idée.

« Allez jusqu’au bout de votre athéïsme ! Vous n’avez pas d’âme et vos sentiments ne sont qu’une réaction chimique, votre intellect n’est que la combinaison aléatoire de l’évolution, vos sentiments sont donc des mensonges que vous vous faites à vous même. Votre vie n’a aucun sens puisque vous allez mourir, et quoi que vous laissiez, cela ne servira à rien ! Pour les autres ? Une plaisanterie !Quand votre corps sera en cendre ou bouffé par les vers, vous ne serez même pas au courant ! Et en plus vous souffrirez tôt ou tard, pour rien ! Et puis dans tous les cas, la planète va disparaitre tôt ou tard, nous le savons ! Alors pour QUOI vivez vous ? »

Bon résumé. On croirait lire Marc Aurèle, l’empereur stoïcien, qui se faisait les mêmes réflexions (sans ironie, lui). A votre dernière question, je vous réponds : je vis. Nulle raison ultime. Nulle justification. Nul fondement. Pas d’éternité. Seulement un très bref passage. Je vous concède que c’est un peu triste. Je vais vous citer André Comte-Sponville, athée, qui disait : « Si ça ne tenait qu’à moi, il y a longtemps que Dieu existerait. » Même les athées - la plupart je pense - aimeraient que Dieu (tel que les chrétiens le définissent) existe. Mais ça ne leur paraît, tout simplement, pas du tout vraisemblable.


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