Article de Mélenchon, paru ce matin dans Libé sur le MES
Sommes-nous
condamnés au Sarkozysme à perpétuité, même si nous chassons Nicolas
Sarkozy de l’Élysée ? Sommes-nous condamnés à l’austérité même si nous
votons contre ? C’est ce qui se joue ces jours-ci. Deux traités
européens, embrouillés à souhait, vont arriver en catimini devant le
Parlement. Dès le 21 février à l’Assemblée nationale et le 28 février au
Sénat, les élus sont appelés à se prononcer sur un premier traité : le «
Mécanisme européen de Stabilité ». Ce « mécanisme » étend à tous les
États qui auraient besoin d’aide la méthode d’assistance cruelle qui a
été imposée à la Grèce ! Les citoyens n’ont reçu aucune information sur
ce texte de 48 articles et 62 pages. Pourtant, c’est non seulement un
modèle économique asphyxiant qu’il s’agit d’imposer à tous mais une
répudiation de la démocratie qui commence. Le sort de la Grèce qui en
est le laboratoire nous enjoint un devoir absolu de résistance. Pour
l’amour de l’Europe, il faut rejeter les Traités Merkozy qui veulent la
soumettre aux seuls intérêts cupides des banquiers.
Dans le mécanisme européen de stabilité,
la France s’engage à injecter « de manière irrévocable et
inconditionnelle » une contribution immédiate de 16,3 milliards. Le
traité dit que la France devra donner jusqu’à 142,7 milliards en cas de
besoin. Une telle somme représenterait prés de la moitié du budget de
l’État. Cette hypothèse n’a rien de théorique : il suffirait que le
Mécanisme ait à secourir l’Espagne et l’Italie pour que ses capacités
maximales de prêts soient atteintes.
Le mécanisme d’assistance consiste à imposer aux États
en difficultés « une stricte conditionnalité (…) sous la forme
notamment de programmes d’ajustement macro-économiques ». Ces termes,
déjà employés pour saigner la Grèce, indiquent que toute aide financière
sera assortie de plans de rigueur impératifs. Je conjure ceux qui
envisagent de voter pour l’application de tels plans de bien examiner
leur résultat en Grèce depuis deux ans et demi. Après 8 plans
d’austérité successifs imposés en vertu de la méthode qu’il est proposé
de généraliser, la dette grecque a grimpé de 25 %. L’activité s’est
violemment contractée et le chômage a doublé pour atteindre plus de 20 %
des actifs. La démonstration concrète est donc faite que l’austérité,
en comprimant la demande, fait reculer l’activité. Cela réduit les
rentrées fiscales et creuse plus vite encore les déficits. Pourquoi
vouloir étendre à d’autres États ce qui a si lamentablement échoué en
Grèce ?
Les États concernés seront placés sous la tutelle de la cruelle troïka
Commission européenne /Banque centrale européenne / FMI. Oui, le FMI
basé a Washington ! Il trône dorénavant en « coopération très étroite » à
toutes les étapes du Mécanisme. On lui demande une « participation
active », aussi bien pour évaluer l’attribution des aides que pour
infliger des plans de rigueur et contrôler leur application. Les
procédures prévues pour l’intervention de cette odieuse troïka sont
aussi opaques qu’autoritaires. De plus, en contradiction avec toutes les
règles de fonctionnement de l’Union européenne, le Traité donne à deux
États seulement, l’Allemagne et la France un droit de véto pour l’octroi
des aides. Ce traité entérine donc un directoire autoritaire de la zone
euro. Il impose aussi le secret sur les mécanismes de décision et le
fonctionnement du Mécanisme. La France s’expose donc financièrement
jusqu’à 142,7 milliards d’euros dans un fonds auquel aucun compte ne
pourra être demandé par son gouvernement ou son Parlement. Quel
parlementaire est prêt à ce renoncement ?
Le cocktail « austéritaire » de ce Mécanisme
est enfin renforcé par une clause qui lie étroitement son application
au deuxième traité européen en cours d’adoption : l’imprononçable «
Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance dans l’Union
économique et monétaire ». C’est dans ce deuxième traité que Nicolas
Sarkozy et Angela Merkel prévoient d’imposer la « règle d’or » de
l’interdiction des déficits et des sanctions automatiques contre les
Etats contrevenants. C’est ce second traité que François Hollande dit
vouloir renégocier. Mais il se trompe lourdement quand il indique que «
les deux textes sont déconnectés l’un de l’autre ». Car ils sont au
contraire étroitement liés. Le traité sur le Mécanisme européen de
stabilité indique qu’« il est convenu que l’octroi d’une assistance
financière dans le cadre des nouveaux programmes en vertu du Mécanisme
Européen de Stabilité sera conditionné [...] par la ratification du
Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance ». Ceux qui
voteront pour le Mécanisme européen de Stabilité enchaineront notre pays
au traité suivant. Dès lors, qui prétend vouloir renégocier demain ce
second traité, doit commencer par s’y opposer aujourd’hui et donc par
rejeter son préalable, « le Mécanisme européen de stabilité ».
Avec le Front de Gauche, je lance un appel
solennel à tous les parlementaires : n’acceptez pas ce coup de force
contre notre démocratie ! A gauche surtout ! Car aucune politique de
gauche n’est possible dans le cadre de ces traités. Les parlementaires
socialistes, écologistes, radicaux et chevènementistes doivent donc
voter avec ceux du Front de Gauche contre ces textes. Puisque la France
est engagée par la signature du Président sortant, alors une voix plus
forte et sans appel doit s’exprimer sur le sujet. Celle du peuple ! Il
nous faut un Référendum sur les nouveaux traités. Allez, monsieur
Sarkozy, voilà un référendum qui ne vous déshonorerait pas comme le
feraient ceux que vous proposez contre les chômeurs et les immigrés !
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