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Commentaire de daryn

sur On ne transforme pas un pays grâce à la macroéconomie


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daryn daryn 3 mars 2012 21:45

Au contraire un état stratège pourrait être moteur pour certaines filières qui perdent dramatiquement en gamme par rapport à nos voisins. Exemple : la filière bois. La France a beaucoup de forêts, mais ne parvient pas à transformer son bois en produit technique d’excellence, alors qu’il y a un réel besoin. Le bois français de qualité est surtout consommé brut à l’étranger (il est parfois même acheté sur pieds et coupé par des équipes spécialisées qui viennent exprès). 30% des temples japonais sont construits avec des chênes français... En fait la France exporte soit du bois brut soit des produits dérivés de faible technicité (plaquettes de chauffage). Elle importe des produits dérivés techniques (poutres, panneaux,...).

Une très grande partie des bois utilisés dans le mobilier ou la construction proviennent de l’étranger (Suède, Allemagne, Autriche...), essentiellement pour des raisons de qualité (par exemple maîtrise — et garantie — du taux d’hygrométrie, qui est très important pour la construction, traitements, etc).

Les problèmes sont divers :

  • atomisation du parcellaire et manque de syndication pour l’entretien et l’exploitation
  • qualité médiocre de certains massifs, par manque d’entretien des forêts naturelles (par exemple élagage régulier pour réduire/éliminer les noeuds dans les bois résineux)
  • la filière française est plus manufacturière qu’industrielle, et les produits français sont, à qualité égale ou inférieure, significativement plus chers que les produits importés (prévoir 30% de déchets / bois non utilisable car non conforme...), en particulier pour la construction.

Par contre ce n’est pas un problème de formation, de technique ou d’innovation : de très nombreux brevets sont d’origine française mais rachetés par des étrangers qui les exploitent.

A noter que dans les pays où la filière fonctionne bien (Allemagne, Autriche, Grèce, Slovénie) c’est essentiellement sous la forme de PME, la Finlande (Finnforest) étant l’inévitable exception qui confirme la règle...

Cela semble un secteur ou une stratégie nationale pourrait avoir un impact réel. Par exemple la construction bois pourrait tirer la filière : elle est en augmentation constante mais accuse un retard important par rapport à d’autres pays européens. Or c’est sans doute un passage obligé pour atteindre les objectifs 2010 (à atteindre en 2020) de haute qualité environnementale en terme d’isolation et de bilan carbone des constructions neuves.

Que faire ? On pourrait attendre que les champions nationaux (Bouygues et autres) se réveillent, ou tenter de les réveiller. Ou bien on pourrait aider les acteurs locaux à se développer en créant des marchés de construction stables. Dans les deux cas — mais surtout le second — les collectivités locales auraient un rôle prédominant pour garantir une certaine continuité dans la demande pour le collectif. Ceci pour assurer un carnet de commande aux entreprises qui investissent dans le secteur leur permettant de l’amortir. Une évolution de la politique sylvicole pourrait quand à elle améliorer la qualité et la disponibilité de la matière première.

Je ne suis pas persuadé que la filière bois française puisse combler son retard si on la laisse à elle même. Et il serait dommage que la situation tiers-mondiste de la France en ce domaine (exportation de matières premières et importation de produits manufacturés) persiste. Je ne vois pas d’autre solution qu’une certaine dose d’interventionnisme stratégique dans ce secteur de la part de l’état et des collectivités locales.

Ce n’est qu’un exemple, il y en a d’autres.


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