Puisque vous citez Georges Guingouin ceux qui ne connaissent pas le « Premier maquisard de France » peuvent lire cet article... Dans ces rencontres avec les militants cet homme se prononçait pour l’autogestion de la société et était bien loin du candidat Hollande et de toute la clique de politiciens « socialistes » que l’on connait aujourd’hui....
Il est décédé quasiment inconnu il n’y a pas si longtemps alors que ce fut sans aucun doute l’un des plus grands résistants de France...
Le héros rebelleRouge n° 2133, 10/11/2005
Le
27 octobre 2005, Georges Guingouin disparaissait. Premier maquisard de
France et libérateur de Limoges, il eut également à affronter la
répression stalinienne. Guingouin fut un résistant social, qui peut
servir d’exemple à tous ceux qui luttent aujourd’hui pour « un juste
développement humain ».
Le
colonel Guingouin est avant tout connu pour ses hauts faits d’armes. Il
sait organiser, entre 1940 et 1944, jusqu’à 20 000 hommes en Limousin
et il livre notamment les combats héroïques au mont Gargan contre les
unités hitlériennes du général Ottenbacher. Sans son action, qui fixe
sur le sol limousin une division blindée entière, le débarquement de
Normandie eut certainement été un échec, comme le reconnaîtra lui-même
le commandant en chef des forces alliées d’alors, le général américain
Dwight Eisenhower. Pour sa contribution à la libération de la France et
de l’Europe, Guingouin se voit décerner l’acte de reconnaissance de la
nation américaine, et De Gaulle le fait compagnon de la Libération, une
distinction rarissime pour un communiste.
Car
Guingouin n’est pas qu’un stratège et un patriote, c’est un communiste.
Natif de Magnac-Laval, dans la campagne haut-viennoise, il se définit
lui-même comme un descendant du mouvement syndical et révolutionnaire du
Limousin et de l’Occitanie. Il est fils de ce pays où les bergers
lisent Marx, sous l’influence des maçons de la Creuse - des gueux
crevant de faim qui, montant à Paris pour survivre, en ont rapporté le
socialisme.
« Préfet du maquis »
C’est
donc naturellement qu’il s’est tourné vers le Parti communiste (PCF).
Il adhère en 1935 au rayon d’Eymoutiers1, tout près de
Saint-Gilles-les-Forêts, où il officie comme instituteur. Et c’est aussi
naturellement, comme responsable de son rayon, qu’il prend le maquis,
le 18 juin 1940 (sans avoir écouté la radio !), avec quelques-uns de ses
camarades. Distributions clandestines de tracts sur le marché
d’Eymoutiers, destructions de machines à faire des bottes de foin et
sabotages de fabriques travaillant pour l’occupant : on ne compte plus
les actions de « Lou Grand »2 qui se proclame « préfet du maquis ». Cela
ne plaît guère à l’occupant. Mais cela ne plaît pas plus au PCF qui, du
fait du Pacte germano-soviétique, proscrit tout acte de résistance. Le
parti tente de ramener à la raison « le fou qui vit dans les bois »,
sans succès. Puis, c’est une tentative de liquidation physique. Devant
ce nouvel échec, on tente de le mettre au placard en lui proposant une
promotion à la direction des Francs-tireurs partisans (FTP) du
Puy-de-Dôme. Il refuse.
En juin
1944, alors que le parti estime que toute résistance valable doit être
ouvrière et urbaine, et qu’il ordonne aux communistes, par la voix de
Léon Mauvais, de prendre les villes, « Lou Grand » ne se soumet pas. Il
sait qu’un assaut serait coûteux en vies humaines et que la ville
risquerait d’être reprise et soumise à des représailles terribles. Cette
nouvelle désobéissance lui est vivement reprochée. À ce moment-là,
d’autres villes de la région seront prises par les maquisards, puis
perdues, comme Tulle, où 99 otages sont pendus. Encore une fois, les
faits ont donné raison à Guingouin contre le parti. Et c’est sans
effusion de sang qu’il prends Limoges, au mois d’août, après avoir
encerclé la ville et négocié la reddition du général allemand Gleiniger.
À
ce moment, Guingouin est au faîte de la gloire et le parti doit se
résoudre à le soutenir, au moins publiquement. C’est ainsi que le PCF
remporte les élections municipales de 1945 à Limoges, une ville tenue
par les socialistes depuis 1912. L’ex-« préfet du maquis » s’installe
donc à la mairie et met en pratique ses idées. Il finance de grands
travaux (complexe sportif, cités ouvrières, voirie...) dans l’intérêt
des classes populaires limougeaudes, et il encourage la vie associative
(patronages laïques, « samedis rouges »). Pour faire face aux problèmes
du logement, il crée un service municipal, chargé de réquisitionner des
habitations privées, et il soutient l’occupation des casernes par les
comités locaux, qui comptent y faire des appartements.
L’ancien
maire, Léon Betoulle, qui, député, a voté, en 1940, les pleins pouvoirs
à Pétain, ne désespère pas cependant de retrouver sa place. Et lorsque,
deux ans plus tard, de nouvelles élections sont convoquées, Guingouin
est battu, victime d’une union sacrée entre les staliniens et les
socialistes. Le vœu du bourgeois attentiste Betoulle est exaucé.
Mais
cela ne suffit pas. Ceux qui l’ont battu politiquement veulent
l’abattre, le détruire, casser son prestige. C’est ainsi qu’il sera
brisé, au sein du parti, par Duclos et Thorez3. Comme Marty et Tillon4,
il est écarté des directions, avant d’être exclu, en 1952, comme «
titiste »5 et « ennemi de la pire espèce ». À l’extérieur, les
socialistes déclenchent la curée. L’un d’eux, le normalien Jean Le Bail,
publie dans Le Populaire du Centre une série d’articles intitulés «
Limousin, terre d’épouvante ». Dans ce feuilleton, qui devient
quotidien, le dirigeant de la SFIO6 déterre des affaires classées, et il
attribue chaque jour un nouveau crime à la Résistance.
Calomnie
À
chaque fois, Guingouin est pointé du doigt. La balle est alors dans le
camp de la justice, qui ouvre une instruction et emprisonne le
libérateur de Limoges. C’est l’Affaire Guingouin7 qui commence ! Le
héros se retrouve en position d’accusé. On tente même de le « suicider »
dans sa cellule de Brive. Il restera plusieurs jours entre la vie et la
mort. On tente alors de le faire passer pour fou. Grâce à la
détermination de ses proches et de deux jeunes avocats (Roland Dumas et
Robert Badinter), il est libéré après quelques semaines. Il mettra tout
de même cinq ans à se laver de l’injure et de la calomnie, jusqu’au
moment où, en 1959, le procureur du tribunal de Lyon déclare « ne pas
comprendre, en son âme et conscience, qu’on ait pu engager des
poursuites contre Georges Guingouin ».
Instituteur
jusqu’à sa retraite, Georges Guingouin s’est établi près de Troyes. Il
revient cependant sur la terre limousine périodiquement, notamment pour
assister aux cérémonies du mont Gargan. C’est de là qu’il lance, en
1992, son appel à voter « non » au traité de Maastricht. Dans ses
entrevues avec des camarades du cercle Gramsci ou de la LCR de Limoges,
il se revendique régulièrement de l’autogestion, se réclamant à la fois
de Pierre Leroux qui, en 1845, avait créé la première coopérative en
Creuse, de la féministe Pauline Roland ou de Rosa Luxemburg, pour sa
critique de la bureaucratie. Analysant la situation actuelle, il
s’exprime ainsi, en 2002, après la naissance des mouvements
altermondialistes à la suite des rassemblements de Seattle, Gênes et
Porto Alegre : « Il y a un foisonnement, c’est certain. Du moment qu’en
haut, il y a un échec, à la base, il y a une recherche. Tout le
problème, c’est de savoir quand les masses peuvent faire basculer la
situation. Mais ça, personne ne le sait. »