« Mohamed était sous l’influence de son frère »
INTERVIEW
- Rencontré vendredi à Toulouse, Jérémy*, un ancien compagnon de
cellule de Mohamed Merah, est, lui aussi, sous le choc de ces trois
attentats.
Aujourd’hui sorti de prison, Jérémy, condamné
pour braquage, accepte de raconter au JDD son séjour de quelques mois
en prison avec Merah. Selon le jeune homme, ce dernier a basculé dans
l’islamisme radical sous l’influence de son frère Abdelkader.
Comment avez-vous connu Mohamed Merah ?
J’étais incarcéré au
centre de détention de Saint-Sulpice, dans le Tarn, quand il est arrivé
en 2009. Nous nous sommes retrouvés dans la même cellule. Il venait de
faire une tentative de suicide à la prison de Seysses. Mais on n’en a
jamais parlé ensemble. Il supportait très mal l’incarcération.
Comment se comportait-il ?
Au départ, c’était un garçon très
sociable. Il rendait service à tout le monde, il venait facilement jouer
au foot avec nous, il servait le thé. Il adorait les voitures et les
motos. Il sautait toujours sur le moindre journal automobile. Il avait
mis des photos de bagnoles sur le mur de la cellule. Des filles lui
écrivaient. Il avait les cheveux longs et une sorte de bandeau. Il se
faisait chambrer. C’était un mec tranquille, joyeux et pas méchant. Mais
il a changé d’attitude au bout d’un mois. Il s’est peu à peu renfermé.
Que s’est-il passé ?
Son frère est venu le voir régulièrement
avec sa mère. Il lui a fait passer un tapis de prières et une djellaba,
qu’il mettait parfois sous son jean. Et puis surtout il lui a donné un
CD avec des chants islamiques, des bruits de détonations. Il écoutait ça
à fond, du matin au soir. Je ne comprenais pas l’arabe, mais selon un
copain maghrébin de la prison, ça parlait de personnes égorgées, des
âmes corrompues qui iraient en enfer. C’était insupportable. En plus, il
s’est mis à faire plusieurs prières. Il se levait même dans la nuit. Ça
m’a gonflé. Au bout de quelque temps, je lui ai dit d’aller dans une
autre cellule.
Comment expliquez-vous ce revirement ?
Quand son frère venait
au parloir, il baissait la tête et l’écoutait. Mohamed parlait de son
frère comme de quelqu’un d’important. C’est lui qui a pris les commandes
de la famille. La mère et la soeur n’avaient pas voix au chapitre. Pour
moi, c’est lui qui a conditionné Mohamed. Pour moi, il est
difficilement imaginable qu’il n’ait rien à voir dans tous ces
massacres.
* Le prénom a été changé à la demande de l’intéressé.
Sans doute, encore pour Morice, un agent de la DCRI 