Radiographie d’une pathologie : le socialisme
L’identification de la gauche
au mitterrandisme est le chemin assuré de son déclin, celui sur lequel s’avance
la longue liste des déceptions devenues rancœurs, des désespoirs livrés aux
haines de l’extrême droite. Une politique se juge à son héritage.
Que valent les rhétoriques
socialistes devant l’accroissement du chômage, la montée des exclusions, le
poids de l’extrême droite, les nationalismes exacerbés, le retour des
guerres ?
Que valent ces rhétoriques
devant la misère du Sud et l’insolence du Nord ?
Quel est le legs du
mitterrandisme sinon un profond désarroi dans un monde en désordre ?
De Mai 68, on en retient le
célèbre slogan « Il est interdit d’interdire ». Erreur ! On a oublié
que sous l’apparence libertaire, Mai 68 fut une révolution ouvriériste menée en
coulisse par un PS marxiste à l’indépassable horizon de cette gauche française.
C’est dans ce contexte idéologique qu’en 1972 fut rédigé le fameux programme
commun de la gauche. Cette langue marxiste qu’avec un cynisme certain,
Mitterand entreprit de parler avec l’arrière pensée d’imiter De Gaulle de 1945.
La stratégie de Mitterand était claire : ne pas laisser d’espace au Parti
communiste, malgré des discours truffés de références à Jaurès et à Blum. Il
voulait recréer le schéma gaulliste des nationalisations et de la Sécurité
Sociale de 1945. Le dirigisme associé au keynésianisme devenaient ainsi les
deux mamelles de la gauche des années 1970.
Mais le contexte international
avait changé, et les socialistes n’en avaient pas tenu compte. L’abandon de
l’étalon or par les Américains en 1971,avait sonné le glas de la stabilité
monétaire d’après guerre. Avec l’arrivée de Margaret Thatcher en 1979 et Reagan
en 1980, ils liquidèrent le pouvoir syndical et les industries. C’était le
début chaotique de la mondialisation. La politique économique de la gauche
s’avéra une catastrophe…
Mitterand dissimule alors sa
défaite en changeant de camp (mais n’était-il pas un spécialiste du vent
portant ?) A partir de 1984, l’antiracisme devient l’idéologie phare
du parti, le lepénisme son unique ennemi. Toutes les minorités sexuelles et
ethniques sont sublimées. Le multiculturalisme détruit l’assimilation, le
sociétal remplace le social. Mitterand dépolitise à tout va. C’est l’époque de la fameuse
« ouverture », du « ni-ni ».
Les socialistes ont une grande
pratique de cette schizophrénie entre idéologie et pratique du pouvoir. Entre
discours marxiste et « gestion loyale du capitalisme », ils ont connu
les conflits entre Jaurès et Jules Guesde, Guy Mollet et Blum, Mitterand et
Rocard. Mais cette fois, la possibilité du choix entre l’Etat et le marché leur
échappe. Ils approuvent à Bruxelles les décisions qu’ils dénoncent à Paris
(comme le fera plus tard l’autre François, le ‘’marshmallow’’). Privé de
boussole intellectuelle, le PS devient l’otage des lobbys sociétaux,
antiracistes, féministes et homosexuels.
Le coût électoral est terrible.
Les classes populaires quittent en masse le navire de gauche. En 2002, Jospin
paiera le prix fort. En 2005, lors du référendum sur la Constitution
européenne, les socialistes se déchirent entre ceux qui veulent sauver l’Europe
du naufrage et ceux qui préfèrent jeter avec l’eau du bain ce bébé qui les a
roulés dans la farine. François Hollande en Guy Mollet ‘’moderne’’, fait avaler
à tous la potion indigeste…
Les socialistes sont les
aveugles de la fable... Dotés de nombreux jokers, c’est l’apparition de
Bécassine. Ségolène Royal se distingue en jetant par dessus bord le
politiquement correct. C’est le retour de l’ordre, du travail, ‘’famille et
Poitou’’. La France populaire des provinces y voit la nouvelle Jeanne
d’Arc…Elle l’acclame et l’impose. Les apparatchiks du PS suivent le mouvement
en mettant un mouchoir sur leur mépris.
Mais la nullité et la vraie
nature de Ségolène apparaissent rapidement. Claude Allègre dans son livre
‘’L’école 10+1 questions’’, publié en 2007 chez Michalon, en fait des
révélations sur cette face cachée de Ségolène Royal
Morceaux choisis :
« Je n’ai pas mesuré
l’hypertrophie formidable de l’égo de cette femme »
« Une femme dévorée
d’ambition…Hautaine et distante…son moteur principal était la politique, les
médias et ce que l’on disait d’elle »
« Elle n’a pas de
structuration politique construite… et ne s’en soucie nullement »
L’ancien ministre Claude
Allègre conclura par ces mots pour le moins lourds de sens « Mon sentiment
dominant est l’inquiétude »
Les gaffes de Ségolène,
caricaturée en Bécassine effraient les notables socialistes. Ils la reprennent
en mains, tentent de faire monter son niveau intellectuel avec l’académicien
Erik Orsena. La peine fut perdue… On connaît à ce jour la destinée de la
‘’Madone du Poitou’’.
Les socialistes n’en finissent
pas de payer leur cynismes des années 80, l’œuvre de dépolitisation du ‘’mythe
errant’’, et leurs impasses idéologiques. Ils craignent que la ‘’Du Poitou’’
dont le plus gros défaut, son compagnon, se révèle le symptôme plus que la
solution de leur perpétuelle crise existentielle.