Merci pour ce bel article qui fait vraiment chaud au coeur.
Je partage la plupart des arguments de ce texte et particulièrement ce que vous dites sur la « destruction du métier d’artiste ».
Monsieur Henrique Diaz critique dans son commentaire la confusion qu’il a cru relever entre art et artisanat :
"vous ne définissez pas très clairement ce que vous entendez par art :
d’un côté, vous l’assimilez presque à l’artisanat, et vous indiquez un
critère pour distinguer l’artiste à l’ancienne du charlatan : le savoir
faire et d’un autre côté, vous suggérez que tout le monde est artiste
alors qu’il est évident que tout le monde n’a pas acquis un savoir faire
artistique.«
Ma propre pratique, celle de mon métier, m’a amené à relativiser cette fameuse coupure ontologique que l’on nous ressasse partout entre art et artisanat.
Je crois que la différence entre les deux n’est pas aussi tranchée. Pour moi, ce qui est vraiment important n’est pas le »résultat« mais le chemin qui y mène.
Au japon par exemple, cette dissociation n’existe pas. L’artisan qui consacre sa vie à peaufiner son oeuvre peut obtenir le titre envié de »trésor vivant« .
Un objet d’art n’est donc pas indépendant de la vie de l’homme qui l’a créé, il en est l’expression toujours en mouvement, toujours à la recherche d’une perfection, d’un idéal. .. Pour un Japonais, ce qui est capital, c’est la voie, le »do« indépendant du domaine d’expression choisi.
Je me souviens d’avoir un jour posé une question à Philippe de Broca : »Quel est ton chef d’oeuvre, pour toi ?« Il m’a répondu : »Mon prochain film« ...
C’est en sens qu’il était un véritable artiste alors qu’il ne se serait jamais défini comme tel.
L’idée de la création artistique comme exception, comme illumination soudaine et transcendante due au geste d’un artiste »génétique« , est une imposture politique. Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans cette façon de voir les choses, séparant les »artistes« innés des artisans »besogneux« ...
Quant à la pratique artistique de madame et monsieur Toutlemonde, elle est absolument nécessaire. Non pas parce qu’elle serait »égale« à celle des plus grands artistes, car il lui manquera toujours cette dimension d’engagement d’une vie entière, mais en raison de sa dimension éducative. Il faut être un peu musicien soi même pour apprécier la technique et la sensibilité d’un grand soliste. Il faut pratiquer un art pour comprendre en quoi il est nécessaire à la vie.
C’est en cela que »l’art conceptuel" représente un véritable danger. En reniant le métier, le savoir faire, l’engagement, au profit de l’idée immédiate, on ne fait que couper le lien entre l’art et l’existence humaine.
Là comme partout le profit ruine le sens.