Je suis athée et je considère que les
religions du monothéisme devraient bien avoir fait leur temps. Si
je dis que je suis christianophobe ou islmophobe, chacun comprendra
que je suis ennemi d’une religion, d’une eschatologie, mais pas pour
autant des chrétiens ou des musulmans qui sont mes voisins. Ils
peuvent bien continuer à aller à la messe ou à la prière du
vendredi, cela m’est complètement égal et j’aurai plaisir à
discuter avec eux de questions religieuses même si je sais que dans
les trois quarts des cas, c’est peine perdue. Tout ce que je sais,
c’est que les religions sont mortelles, et qu’il faut avoir la
patience de les laisser mourir de leur belle mort. Le christianisme
en France (si on excepte quelques allumés du côté de Saint-Nicolas
du Chardonnet) est devenu un vague déisme que chacun bricole à son
gré. Il y a autant d’hérétiques qu’il y a de chrétiens, la
plupart rigolent si on leur parle de la virginité de Marie ou de la
Résurrection. Ils ignorent tout du symbole de Nicée-Constantinople
et les catholiques pensent même, comme les protestants, que
l’eucharistie est un symbole. C’est dire que le dogme de la
transsubstantiation leur est complètement étranger, sinon inconnu :
ils ne peuvent le penser. Les autres religions finiront par suivre nécessairement le même chemin et se dilueront pareillement dans l’air
du temps.
Dire qu’on est « antisémite »,
ne serait-ce « qu’un peu », comme vous le faites, et
d’une manière délibérément provocante, sous prétexte qu’on est
athée, cela n’a pas du tout le même sens. On n’a encore jamais
entrepris un massacre systématique des chrétiens ni des musulmans,
même à l’époque des croisades et de leurs pires horreurs. Pour les
Juifs, c’est déjà chose faite, et c’est précisément parce qu’il y
a eu la shoah que ce que vous appelez encore « humanisme »
n’est plus du tout possible. L’humanisme dont vous parlez (et qui est
une invention assez fumeuse de l’enseignement secondaire du siècle
passé) est tout de même redevable à la loi mosaïque d’un « tu
ne tueras point » que n’importe quel penseur, même athée,
s’empressera nécessairement de récupérer. On avait bien massacré,
tout au long de l’histoire, et même, dans la fureur de certaines
batailles, exterminé les vaincus au lieu d’en faire des prisonniers ;
on avait pris bien des libertés avec un commandement qui n’était il
est vrai que le sixième, mais on n’avait encore jamais construit
froidement des abattoirs pour éliminer tout un peuple, cela ne
s’était encore jamais vu, et il n’y a aucune comparaison possible
entre les délires des religieux exaltés jusqu’au fanatisme, qui se
rencontrent dans toutes les religions, et l’entreprise très particulière des nazis, qui
étaient cependant des « hommes », comme vous et moi.
Ce type d’entreprise n’est pas une
catastrophe désormais enfouie dans le passé. L’ambition génocidaire des nazis, qui
n’aurait jamais été possible sans un vieux fond d’antisémitisme
chrétien, n’est toujours pas morte. On la voit actuellement renaître
dans tout le Moyen-Orient avec un islam intégriste fortement articulé au politique, qui trouve même
en France bien des appuis. Ceux que soutiennent sans réticence les
antisionistes, ce sont les terroristes du Hamas, du Hezbollah, de la
mouvance jihadiste, tous recevant benoîtement la caution de
l’Autorité palestinienne. Ces gens-là sont-ils vraiment conformes à
l’idée que vous vous faites de ce que devraient être des
« humanistes » ? Allez donc faire un tour du côté du septième article
de la charte du Hamas. On verra si votre « humanisme » peut s’en accommoder.
Pour ce qui concerne les inepties de
ma réponse à propos de l’humanisme, voyez ce que dit Michel
Foucault concernant la mort de l’homme. C’est à
cette page :
http://lesilencequiparle.unblog.fr/2009/02/24/lhomme-est-il-mort-michel-foucault/
Je n’ai pas une grande sympathie pour
la pensée de Foucault, mais vous pouvez aussi relire la caricature
très plaisante que fait Sartre des différentes espèces
d’humanistes, dans « La Nausée ».
Le petit bouquin de Pierre Magnard
« Questions à l’humanisme », aux PUF, essaie de faire à peu
près le tour de la question.
Enfin, les penseurs du transhumanisme
et même du post-humanisme (on trouve tout cela par Wikipedia)
obligent à repenser la question selon de nouveaux paradigmes.