Je suis bien d’accord avec l’idée que l’on puisse critiquer la
zététique, “science du doute”, et donc douter, par exemple, de
l’objectivité de l’un ou l’autre de ses intervenants. Ce doute est
légitime.
A contrario, il me semble douteux de prétendre vouloir démontrer la
“réalité scientifique” de tel ou tel miracle, tout en précisant que ce
qui fait un miracle – ce qui le définit et le caractérise – c’est son
caractère exceptionnel, unique et non reproductible. Nous sommes là
devant un cas typique d’impossibilité ontologique : on peut
difficilement étudier les cas de “miracles”, car ceux-ci, n’étant pas
reproductibles et se produisant de manière non prévisible, ne peuvent
pas être observés, du moins scientifiquement.
En outre, les personnes attachées à la réalité miraculeuse, qui
n’aimeraient pas que l’on démontre que ce qu’ils appellent “miracle”
peut trouver une explication scientifique (ce qui enlève le caractère
miraculeux du phénomène), ne sont généralement pas enclines à accepter
les preuves qui vont à l’encontre de la thèse miraculeuse. C’est
compréhensible, puisqu’on touche à une conviction d’ordre religieuse,
voir mystique, mais cela ne renforce pas le caractère objectif de leur
opinion.
En dernière analyse, l’objectivité même constitue une impossibilité
ontologique, puisque nous sommes dans un univers par nature relatif. Il
existe certainement des phénomènes qui ne trouvent pas (encore)
d’explication dans le champs – effectivement limité – de la connaissance
scientifique ; comme le dit Matthieu Ricard dans “L’infini dans la
paume de la main” : “La science est fondamentalement limitée par les
domaines qu’elle a elle-même définit”. Cela étant, la propension des
promoteurs de telle ou telle religion sont prompt à détourner à leur
avantage (à imposer leur propre grille de lecture, basée sur des
croyances et des hypothèses impossibles à réfuter, car hors du champs
d’observation scientifique) pour étayer leurs mythes, et renforcer la
croyance.
Si le domaine de la science est fondamentalement limité par les
domaine qu’elle a elle-même définit, il en va de même de la religion.
Par conséquent, la religion est elle-même fondamentalement limitée par
le domaine de la croyance (appelé à tort ou à raison “foi”),
c’est-à-dire … non vérifiable, non prouvable, non démontrable. Un
scientifique (qu’il soit zététicien ou non) a donc toute légitimité pour
(tenter de) démontrer qu’un phénomène qualifié de miraculeux s’explique
scientifiquement (et donc lui enlever son caractère miraculeux), à
contrario, le religieux ne peux pas démontrer, par la science, que le
phénomène qu’il qualifie de miraculeux relève de la réalité scientifique
: au mieux, il peux contredire le sceptique en démontrant que sa
méthodologie n’est pas scientifiquement valable.
Cordialement,
Morpheus
(c/c de ma réponse au même article publié sur Enquête & Débat)