Pour prolonger ma réflexion sur le sujet de cet article, je voudrais
rajouter ceci.
Si le miracle se caractérise par son caractère exceptionnel,
imprévisible et inexplicable, il est aisé d’admettre
que toute interprétation du dit phénomène relève du besoin de donner un
sens à ce phénomène : ce besoin de faire sens est naturel et légitime.
Le sens ainsi donné, répondant à une impulsion affective, va
nécessairement être imprégné par la grille d’interprétation personnelle
du réel de la ou des personnes qui sont confrontées à ce phénomène. Or,
les grilles d’interprétation du réel sont multiples et pas toujours
compatibles : la grille scientifique d’interprétation du réel est
notamment en conflit avec toute une série d’éléments de la grille
d’interprétation du réel de la plupart des religions.
La question est : qu’est-ce qui influence l’interprétation d’un
phénomène relevant de l’inexplicable ? La réponse est assez simple :
chacun cherchera à faire sens par rapport à ses propres paradigmes. La
science cherchera à interpréter selon les connaissances scientifiques,
en chimie, en physique, en biologie, en astronomie, etc. ; la religion
va quant à elle chercher à interpréter le phénomène en fonction de ses
propres paradigmes, théologiques, mythologiques, cosmogoniques, voir
métaphysiques.
Prenons un cas spécifique, qui ne relève pas du miracle
proprement-dit, mais plutôt de l’expérience dite “mystique”. Voici le
récit de l’expérience dont il est question pour l’exemple (il est
authentique, c’est de mon propre témoignage qu’il s’agit) : http://www.noesis.ch/temoignage/emc/
Vous admettrez qu’une telle expérience est de nature à marquer
durablement la psyché de l’individu qui la vit. Maintenant, quel sens
donner à cette expérience ? Vous allez vite vous rendre compte qu’il est
possible de faire rentrer cette expérience dans bien des grilles de
lecture : un chrétien convaincu sera persuadé avoir “rencontré Dieu” et
avoir “plongé dans Sa Lumière” ; un kabbaliste pourra y voir une
“communion avec la Sephira Tiphereth”, voir même – pourquoi pas ? –
Chokmah ; un théosophe y verra un “contact directe avec la divinité
intérieure” ; un étudiant du phénomène d’abduction pourrait y voir une
“expérience positive d’abduction par des entités extra-terrestres” ; un
adepte du new-age y verra sans doute un “contact avec un plan
d’existence supérieur et des entités ascensionnées” tandis qu’un
scientifique appellera cela prudemment une “expérience de conscience
modifiée”.
Comme l’expérience n’est pas renouvelable (j’ai essayé sans succès), est
imprévisible (c’était pas prévu au programme de l’initiation à cette
méthode de méditation) et ne peut trouver aucune explication
satisfaisante, toutes ces explications se valent, jusqu’à ce que nous
disposions de plus d’éléments de compréhension du phénomène. Autant dire
que si toutes ces explication se valent, aucune n’est vraiment
satisfaisante, et aucune n’est plus valable qu’une autre.
Je (on) peux donc faire dire à cette expérience absolument TOUT CE QUE JE (ON) VEUX.
Vous admettrez donc que de faire usage de pareilles expériences pour
accréditer telle ou telle mythe est, au mieux un parti prix audacieux
(téméraire ?), au pire une manipulation idéologique visant à la
propagande. Comme en matière d’idéologie (politique ou religieuse), il
faut s’attendre au pire, l’attitude la plus prudente et la plus sage
est, à mon avis, le scepticisme.
Cordialement,
Morpheus
PS : à ce jour, je n’ai aucune explication satisfaisante à cette
expérience, qui reste simplement une expérience magnifique ayant
durablement marqué ma psyché.