@nemotyrannus
Sur la naissance de l’idée de nature au XVIIIe siècle, on a
écrit des quantités de bouquins, et vous pourrez en avoir une idée
en tapant dans Google « idée de nature au XVIIIe siècle ».
C’est une époque où, sous l’influence du courant de pensée
libertin, Dieu cesse d’être la seule instance légitimante. Il faut
trouver une solution de remplacement et ce sera l’idée Nature. Il y
aurait donc une nature humaine, par conséquent une nature masculine
et une nature féminine, lesquelles se trouvent définies à partir
de ce qui peut s’observer dans la société du temps. De fait, les
hommes sont plus costauds, il font la guerre, ils n’ont peur de rien,
ils entreprennent, risquent leur peau sur les mers et dans toute
sorte d’aventures, multiplient les conquêtes amoureuses, pendant que
les femmes restent à la maison, gardent les enfants, tombent en
syncope à la moindre émotion, ont peur des souris et de leur ombre,
prient Dieu, restent chastes et pures (enfin, en principe !) et se comportent en toutes
circonstances comme de vraies Sainte-Nitouche. Il y aurait donc, et
c’est très évident si on observe la réalité des comportements à
l’époque de Rousseau, un sexe fort et un sexe faible.
Les femmes, aujourd’hui, ont cessé de se comporter ainsi parce
que depuis près d’un siècle elles ont accès aux études et à la
culture. La preuve, c’est que vous les trouvez désormais trop
conquérantes et d’une « virilité » qui mettrait en
péril celle des mâles. L’article que nous sommes en train de
commenter aussi bien que votre intervention, nous disent que le sexe
fort, c’est désormais les femmes, et que celles-ci exercent une véritable
tyrannie sur leurs compagnons. Mais les manières de se comporter des
sexes au XVIIIe siècle et au XXIe résultent de l’éducation et non
pas d’une quelconque nature. Si c’était la « nature »
qui commandait où serait la possibilité d’une variation ? Or, cette
variation, vous ne pouvez pas la nier puisque c’est précisément la
chose dont vous vous plaignez et qui vous horrifie.
Il n’y a pas de « prédisposition ». Il n’y a que des
conditionnements que nous subissons tous et dont il est assez
difficile de s’affranchir pour accéder à une vraie liberté. L’être
humain est extrêmement malléable. Qu’on donne aux filles dès l’âge de trois
ans des kalachnikov en plastique et elles deviendront des garçons.
Qu’on donne des poupées aux garçons et ils deviendront des filles.
Je ne pense évidemment pas que cela soit plus souhaitable, l’idéal
étant qu’on ne fasse aucune différence entre les rôles dévolus
aux sexes puisque ceux-ci peuvent aisément être échangés, et la réalité le prouve.
J’entendais ce matin aux informations qu’en Tunisie où on est en
train de refaire une constitution, l’égalité disparaît entre les
sexes, les femmes seraient « complémentaires de l’homme »
et cesseraient par conséquent d’être des citoyens à part entière.
Je suppose que cela fera des vagues, parce que les Tunisiennes ont
appris depuis des dizaines d’années à être libres, mais si ces
dispositions étaient maintenues de force, on aurait dans vingt ans
en Tunisie des femmes sous burqa et sans éducation qui seraient
redevenues à peu ce qu’étaient les femmes en France au XVIIIe
siècle. La situation serait même bien pire : la plupart des
historiens s’accordent à considérer que ce qui a toujours frappé
les voyageurs étrangers dans les siècles passés, c’était la place
très importante que tenaient les femmes en France. Cela variait
évidemment selon les conditions sociales, mais quand on lit Madame
de Sévigné ou Madame de La Fayette, quand on considère la vie de
Ninon de Lenclos, on n’a évidemment pas l’impression d’avoir affaire
à des idiotes du « sexe faible ».
Si je comprends bien le sens de plusieurs interventions, je suis
obligé de les traduire ainsi : les vraies femmes, vraiment conformes
à leur nature, c’étaient les femmes d’autrefois, celles qui
subissaient, qu’on engrossait, qui crevaient en couche, qui
travaillaient comme des bêtes en attendant le retour du guerrier et,
en toutes circonstances, fermaient leur gueule et nous foutaient la
paix. Outre que cette vision des choses est un peu caricaturale comme
je le disais à la fin du précédent paragraphe, elle est odieuse
parce qu’elle fait le lit de l’islamofascisme dont sont en train de
souffrir, en France même, tant de femmes que je vois désormais
circuler dans les rues de l’Est parisien empaquetées des pieds à la
tête et réduites à la condition d’objets sexuels. Le racisme est
tel que la plupart se disent : on s’en bat l’oeil, c’est des musulmanes.
Pour moi, chrétienne, musulmane ou athée, une femme est d’abord un
être humain et un citoyen. Au lit, elle peut bien user comme elle
l’entend et comme vous et moi des particularités de son anatomie,
mais on s’en fout, si j’ose dire : cela ne regarde qu’elle. Partout ailleurs, elle est un citoyen. Point final.