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Accueil du site > Tribune Libre > Compétition ou coopération : une distinction hommes-femmes ?

Compétition ou coopération : une distinction hommes-femmes ?

Markus Theunert, ex-Délégué aux questions masculines du Bureau zurichois de l’égalité, posait hier un principe : « La lutte des sexes n’est pas envisageable, car elle ne peut être gagnée. Il n’existe tout simplement aucune perspective stratégique en dehors de la coexistence et de la coopération entre hommes et femmes. » Ce préalable devrait figurer en tête de toute déclaration d’intention sur l’égalité des sexes.

Parité et liberté

Il n’y a aucune finalité positive à une quelconque guerre des sexes. Toute généralisation dénigrante, toute stigmatisation est nulle et non avenue, de quelque bord qu’elle vienne. Cela étant posé, rien n’interdit de rechercher les différences entre les femmes et les hommes. La quête d’une identité spécifique, qu’elle soit culturelle ou biologique, reste d’actualité. Si l’on admet d’ailleurs qu’il y a des réalités spécifiquement féminines, on doit aussi admettre qu’il y a des réalités spécifiquement masculines. Sans quoi parler d’égalité n’aurait aucun sens. L’existence d’un féminisme est la preuve d’une distinction entre les hommes et les femmes. Distinction qui ne signifie nullement subordination ou différence de valeur.

La parité, soit la représentation numériquement égale des hommes et des femmes dans les administrations publiques comme dans les activités privées, conduit à quelques réflexions :

1. Dans le contexte de la fin de la répartition des rôles qui prévalait jusqu’au XXe siècle, la parité est un coup d’accélérateur à la présence des femmes dans le monde du travail et de la politique. Toutefois on remarque aussi que les besoins de l’économie ont plus fait pour cette présence des femmes dans le monde du travail que l’idéologie de la parité. Notons aussi qu’en fait les femmes n’ont jamais été absentes du monde du travail. Dans le passé européen entre autre, elles excellaient dans l’artisanat, le commerce, la gestion de l’exploitation familiale et en remplacement des hommes pendant les guerres. La parité ne serait aujourd’hui utile qu’aux postes les plus élevés de pouvoir et d’argent et en politique. A noter qu’elle n’est jamais demandée pour les postes les plus bas de la hiérarchie sociale : éboueurs, manoeuvres de chantier par exemple.

2. La parité est malheureusement une contrainte politique contraire aux sociétés de liberté et de libre détermination des individus. Car elle devrait imposer le retrait des femmes enseignantes au profit d’hommes pour atteindre une égalité numérique, et aussi de femmes soignantes au profit d’hommes. La logique de la parité est contraignante également dans les filières de formation. En effet pour ne pas former des individus pour rien, il faut dès le départ qu’il y ait autant de femmes que d’hommes dans toutes les filières et dans tous les niveaux préparatoires. Par exemple il faudrait retirer le droit de faire des études de médecine à un certain nombre de femmes, puisqu’elles sont plus nombreuses que les hommes. La différence est encore plus forte dans les sciences sociales.

La parité devient donc contraire à la liberté et au libre choix du métier ou de la manière de compétition,coopération,hommes,femmes,féminisme,lutte,sexes,différence,masculin,féminin,culture,nature,rôles,stéréotypes,travail,chacune et de chacun de s’investir dans le monde. Ce n’est pas une vue de l’esprit : faire des goulets d’étranglement paritaires à l’arrivée, dans le travail, obligera à anticiper et à contraindre à une parité dès la formation, et peut-être dès les premières filières scolaires. Si donc il y a plus de filles douées en sciences, certaines n’auraient pas le droit de développer leur talent à cause de la parité. On les remplacerait par des garçons moins bons, uniquement pour une question de nombre et non de qualification. Dans ce sens la parité tirera la société vers le bas.

Parité et liberté ne font donc pas bon ménage. L’évolution vers la parité est une évolution vers une société de contrainte où la libre détermination ne sera plus une référence fondamentale. Ce qui mettrait en cause toute la philosophie libérale du libre consentement, dans le domaine de la formation, mais pourquoi pas aussi par contagion et par souci de cohérence dans le domaine du couple ?

Les besoins des hommes

3. Les hommes se sont toujours investis dans le travail. C’est historiquement leur lieu de réalisation. Nourrir une famille était une motivation et une fierté, en plus d’un rôle social. Aujourd’hui peu d’hommes souhaitent renoncer à ce domaine de réalisation. Très peu voient comme un plan d’avenir le fait d’être père au foyer. S’étant historiquement plutôt bien acquitté de la tâche du travail ils ressentent comme une injustice ou comme une contrainte le fait que l’on veuille leur retirer ce domaine ou du moins le partager. Pourtant le travail était déjà partagé avant. Qu’est-ce qui change ? Peut-être la contrainte justement, et le stéréotype d’exploiteur qui est parfois utilisé pour justifier cette contrainte.

Allez faire avaler à des hommes qui ont toujours pensé que leur rôle était utile et important, qui avaient le souci de leur famille, qu’il n’auraient été en fait que des salauds d’exloiteurs de femmes, de tyrans de pondeuses cuissables à merci, de fabricants d’esclaves domestiques ! Et en plus déniez leur culture, demandez-leur dans le même paquet de développer leur côté féminin, de pleurer, de se plaindre (je ne dis pas que les femmes se plaignent mais le féminisme nous a habitué à ne voir dans ses revendications qu’une litanie de plaintes). Ajoutez à cela la dévalorisation qui est faite de l’activité domestique, de l’éducation des enfants. Je doute que beaucoup d’hommes aient des raisons de changer de rôle.

compétition,coopération,hommes,femmes,féminisme,lutte,sexes,différence,masculin,féminin,culture,nature,rôles,stéréotypes,travail,4. Les hommes ont besoin des femmes. Ils ont ainsi voté de nombreuses loi en leur faveur depuis 60 ans, bien qu’ils soient majoritaires en politique. C’était déjà le cas lors de la rédaction du code d’Hammourabi il y a 4000 ans. Cela montre que la défense des humains quels qu’ils soient ne passe pas automatiquement par une représentation numériquement égale des sexes. La parité n’a donc d’autre fondement idéologique que d’imposer la présence des femmes à égalité numérique dans tous les domaines.

Elle ne peut être fondée sur l’affirmation qu’il y aurait une différence qualitative de gestion des affaires selon qu’on est femme ou homme. Cette indifférenciation est un des courants féministes. Il suggère l’équivalence des hommes et des femmes. Il conduit peu à peu à nier toute différence entre les sexes bien au-delà de l’égalité fondamentale qui est celle des droits, des devoirs, des chances et de la valeur. Au point où l’on voit se développer des théories qui dénient toute influence aux distinctions biologiques (la nature) et qui refusent et déconstruisent les différences acquises (la culture). Ce courant heurte de front la notion d’identité spécifique à chaque sexe, alors pourtant que cette question est loin d’être tranchée, et alors que l’existence même de courants féministes et en France d’un ministère du droit des femmes affirme de fait que les deux sexes ont des besoins différents. On pourrait rétorquer que le but est justement d’aplanir les différences et de les effacer. Ce qui laisse entendre que le comportement masculin, le rôle des hommes, est celui de référence puisqu’on ne propose pas de ministère en son nom : il serait donc l’aboutissement.

C’est le phénomène de la masculinisation de la société. L’indifférenciation se réalise en fait en prenant référence au modèle masculin d’implication dans le monde. La société égalitaire sera masculine. C'est ce que semble souhaiter les féministes.

Cela ne peut que conforter les hommes à rester ce qu’ils sont. S’investir comme hommes au foyer est un total contre-sens dans cette dynamique, une négation du modèle positif au profit d’un modèle décrit comme aliénant par les féministes elles-mêmes. Serait-ce à dire que si des féministes réclament des hommes au foyer, ce serait uniquement pour prendre la place qu’ils laissent vacante ? Soit. Mais combien de femmes sont prêtes à nourrir leur homme quand il reste à la maison ? Le féminisme politique, grand pourvoyeur de stéréotypes, n'a pas encore inventé celui qui motiverait les femmes à payer pour les hommes.

Compétition versus coopération

Un autre courant du féminisme affirme que la gestion du monde par les femmes estcompétition,coopération,hommes,femmes,féminisme,lutte,sexes,différence,masculin,féminin,culture,nature,rôles,stéréotypes,travail, différente de celle des hommes. Les femmes seraient plus enclines à la coopération alors que les hommes privilégieraient la compétition. Dans un prochain article je reviendrai sur cette question à partir d’une étude sur les résultats des entreprises où il y a des femmes dans le conseil d’administration, étude qui consacrerait cette différence de gestion et de résultats. Dans l’immédiat, bien que je ne sois pas opposé par principe aux stéréotypes, j’en constate un qui divise le monde entre le masculin et le féminin. La société serait construite sur des valeurs masculines de compétition, donc supposément d’écrasement de l’autre et de guerre, de dureté, de violence, d’absence d’empathie, de haut risque. Il serait temps selon certaines théories de basculer dans une ère féminine, caractérisée par la coopération, la paix, l’empathie, la compassion, la douceur, le respect.

Peut-on vraiment dire que les hommes n’ont pas de compassion ? Qu’ils n’aiment pas la paix ? Qu’ils ne savent pas coopérer ? De même peut-on affirmer que les femmes n’ont pas soutenu les hommes quand ils partaient en guerre ? Qu’elles sont toutes pacifiques ? Jamais en compétition entre elles par exemple pour s’approprier un mâle ? Qu’elles sont incapables de dureté ? Qui affirmerait cela ne verrait pas le monde tel qu’il est. Ce stéréotype sert surtout une stratégie de prise de pouvoir par le dénigrement des hommes et la valorisation a contrario les femmes.

Actuellement différentes recherches sur l’humain et sur certaines espèces de singes, ainsi que la théorie de l’économie de comportement, démontrent que les espèce sociales ne peuvent survivre sans coopérer. La coopération est le comportement le plus développé, même s’il n’exclut pas, à l’intérieur de lui-même, qu’il puisse y avoir des compétitions. Dans le comportement de coopération l’intérêt et les avantages du plus grand nombre priment, à différents degrés, sur la satisfaction d’un seul.

Cette coopération est le fait autant des hommes que des femmes. Si les hommes n’étaient que dans la compétition ils disparaîtraient rapidement de la surface de la Terre puisque l’aboutissement de la compétition est la survivance d’un seul et l’élimination de tous les adversaires. Si les hommes sont plus dans la coopération que dans la compétition, cela infirme le stéréotype précédemment décrit. Cela démonte aussi la théorie du patriarcat qui aurait été une infériorisation systématique et délibérée des femmes par les hommes. Comment aurait-il été possible de coopérer dans une relation où l’une est l’esclave et l’autre tient le gourdin pour la frapper si elle désobéit ? L’espèce n’y eût pas survécu. Les hommes ne seraient d’ailleurs jamais parti faire la guerre en laissant tout le pouvoir civil aux mains des femmes si la coopération n’était pas prioritaire. Que ce soit pour reproduire l’espèce, pour faire tourner une exploitation agricole, pour aller à la guerre, les hommes ont eu besoin des femmes. Ce qui suppose forcément un mode de relation fondé sur l’échange (selon les modes développés précédemment) et non sur la domination.

C’est en laissant chacun être ce qu’il est et faire ce qu’il sait faire que la société est prospère. Ce que démontre notre société.

Il faut donc relativiser le stéréotype de l’homme essentiellement compétiteur et de la femme essentiellement coopératrice. La réalité est plus mélangée, plus complexe. Nous sommes coopérants dans certains cas, compétiteurs ou compétitrices dans d’autres cas. Cela depuis toujours.

Il ne saurait donc y avoir de bascule d’une ère masculine vers une ère féminine. Ce d’autant moins que, comme mentionné plus haut, le masculin reste le modèle...


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23 réactions à cet article    


  • alinea Alinea 11 août 2012 11:47

    Bien d’accord avec vous sur le fond, ce qui tend à prouver que tout « isme » et toute généralité conduit inéluctablement à l’incommunicabilité !
    La parité est une fumisterie qui personnellement blesse ma dignité.
    Quant au féminisme, contrairement à ce qui est écrit en début d’article, je ne pense pas qu’il soit la preuve d’une distinction homme/femme mais bien le combat contre un pouvoir machiste.
    Et ce combat, nous sommes quelques-unes à être bien contentes qu’il ait eu lieu !
    De là à considérer que tous les hommes sont des machos, ou machos en puissance, et à considérer que toutes les femmes qui défendent leur autonomie sont des ennemies des hommes, c’est un pas que je ne franchis pas !


    • Giordano Bruno 11 août 2012 14:23

      Vous écrivez :

      Il n’y a aucune finalité positive à une quelconque guerre des sexes.

      Je vous conseille donc de lire le très sérieux ouvrage du biologiste Thierry Lodé : La guerre des sexes chez les animaux. Il dément tout au long du livre votre affirmation.


      • Anaxandre Anaxandre 11 août 2012 14:39

         L’ « égalitarisme » et la « parité » sont des non-sens sociologique, la méthode de ses sectateurs étant l’écrasement méthodique du soit-disant « dominant » et l’ascension artificielle d’une soit-disant « victime ». Cette petite secte bruyante n’essayant de mettre en avant ses idées (?) que dans le secteur tertiaire évidemment : « Parité à l’Assemblée et au MEDEF ! » mais silence assourdissant dans le bâtiment. Justice sociale et salariale, oui, mille fois oui - égalitarisme et parité idéologiques sectorisés, non !

         Concernant la politique par exemple, il n’y a qu’à observer le rapport des pourcentages hommes/femmes dans les commentaires d’articles politiques sur ce site pour conclure qu’il n’y a encore qu’une minorité de femmes qui s’y intéresse fortement. Et chacun, sauf rares exceptions, peut le vérifier dans son quotidien, dans la « vie réelle » comme on dit. Bien sûr, ça va évoluer, mais laissons le temps faire son œuvre.

         Ces ayatollahs entendent nous mener de force à leur monde rêvé de l’indistinction et de l’indifférenciation, opposant au « principe de réalité » la violence idéologique qu’ils font subir à notre société en voulant la tordre et la modeler à leur gré. Ne serait-ce pas un peu ça le fascisme ?...



          • phyto 11 août 2012 19:24

            Il me semble que la femme et l’homme de part leur différences physiologiques ont une représentation du monde différente. A partir de là, le couple en particulier et les relations hommes/femmes en général sont merveilleuses parce qu’elles sont complexes. Le féminisme comme le machisme essaie de simplifier le monde pour mieux faire-valoir son ego. De sorte que les féministes sont bien souvent de véritables « machistes ».


            • hommelibre hommelibre 11 août 2012 19:32

              @ Giordano Bruno :

              Merci pour l’info. L’étude sur laquelle je m’appuie est réalisée par Frans de Waal et son équipe, chercheurs en primatologie. Il ont fait une étude expérimentale approfondie sur la question de l’économie de comportement chez les primates. Cette étude, exosée dans Dossiers pour la Science de juillet-septembre, mentionne d’autres recherches qui vont dans le même sens.

              La différenciation sexuelle provoque une tension et éventuellement des conflits. Mais la coopération semble primer sur la pure compétition, voire sur la domination, en tous cas chez les primates étudiés. L’économie des espèces ne survivrait probablement pas à une guerre de domination pure et simple.

              Je trouve intéressant et même fondamental de changer de prisme de lecture des relations hommes-femmes. Trop d’hommes ne se retrouvent pas dans le stéréotype décrit par le féminisme, et trop de femmes du passé n’ont pas été des femmes soumises et déclassées. Ce prisme est idéologique mais erroné. Essayons-en un autre et relisons l’histoire selon ce nouveau prisme de la prévalence de la coopération plutôt que de celle de la domination. Il ne satisfera pas aux standards marxistes qui sous-tendent la doxa féministe, mais s’ils permettent d’avoir une vision plus raisonnable dans laquelle intimement l’on peut se retrouver, cela en vaut la peine.

              En tous cas elle se rapproche du réel et les cas de violence, de domination, etc, qu’ils viennent d’hommes ou de femmes, ne sont plus alors que ce qu’ils sont : des débordements de la règle, des comportements excessifs d’individus ne représentant pas la globalité de l’espèce. Cette vision a l’avantage de se rapprocher des chiffres de la violence conjugale - 2 à 2,5% de femmes victimes, 1 à 2% d’hommes victimes. Avec de tels chiffres on ne fait pas une généralité.

              De plus la thèse de la prévalence de la coopération a l’avantage de rapprocher les sexes plutôt que de les opposer comme le féminisme tente de le faire actuellement.


              • Lamouet 11 août 2012 19:51

                @ AUTEUR : C’est chiant ces histoires ! Les hommes se font (presque) toujours baisés par les femmes. A moins de n’avoir pas connu la vie, qui peut l’ignorer. 
                Souvenirs:drague douce (of course) : tu passes, elle te regarde (sans plus si elle est bcbg). Au feeling, tu sais si tu peux « amorcer ». Mais en fait, ce sont elles qui choisissent. Toujours.
                 cf Anna Gavalda « petites pratiques germanopratines ». J’adore ses bouquins... 


                • hommelibre hommelibre 11 août 2012 20:04

                  Je pense aussi qu’en fin du compte ce sont elles qui choisissent. Et pourquoi pas ? J’aime aussi les pièces de Musset et Beaumarchais, je trouve qu’ils ont une vision étonnante et assez libre et moderne des relations hommes-femmes.


                • rpplbis rpplbis 11 août 2012 22:55

                  Ce qui s’appelle le féminisme n’en est pas. Ce n’est pas un chemin vers l’égalité. C’est un harcèlement global des hommes par les mass-médias.

                  A force de favoriser un groupe prétendument victime et de harceler le groupe déclaré dominant, on arrive à l’inverse. Votre article le montre bien. A vouloir la parité dans les sphères du pouvoir (et jamais à l’Education nationale, ni dans la Santé) on va promouvoir des personnes de moindre qualité et frustrer fortement des personnes plus capables mais qui n’auront pas le bon sexe qui donne droit à la place. Sur un long terme la société en sera affaiblie.

                  http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/etre-un-homme-hetero-c-est-la-98080

                  • Christian Labrune Christian Labrune 12 août 2012 14:23

                    « On ne naît pas femme, on le devient », écrivait Beauvoir en 49. J’ai relu presque entièrement « Le deuxième sexe », il y a un an. Lecture extrêmement éclairante, et qui a fait beaucoup pour que les femmes « deviennent » autre chose que ce à quoi les condamnaient des siècles d’obscurantisme religieux et d’idées toutes faites légitimées par la référence constante à une « nature » qui n’avait rien de naturel et constituait une fabrication idéologique des plus calamiteuses. La « nature », vieille invention du XVIIIe siècle, reste encore aujourd’hui l’argument des imbéciles.

                    La connerie machiste existe, elle transpire dans tous les groupes où il ne se rencontre pas de femmes  ; elle est pesante, insupportable, quasi obscène. Qu’une connerie « féministe » puisse exister désormais – et elle existe assurément, repérable dans quelques stéréotypes un peu lassants – c’est tout de même un sacré progrès, et il faut s’en réjouir. Cela veut dire que lorsqu’on est une femme on n’est plus assigné à un rôle social figé par l’idéologie séculaire du patriarcat, qu’on est devenu un sujet pensant autonome, capable de revendiquer une totale liberté et plus du tout résigné à fermer sa gueule et à subir.

                    Quand on a vécu dans le milieu enseignant – qui n’est par ailleurs pas bien exaltant ! - on pourrait douter qu’il existe dans la société une « guerre des sexes » : les femmes y sont majoritaires et je n’y ai jamais rien vu qui ressemble à du sexisme, que ce soit dans un sens ou dans l’autre. L’utopie d’une parfaite égalité s’y trouve déjà très bien réalisée et c’est une bonne chose, mais ailleurs, il s’en faut bien que la situation soit aussi favorable aux femmes et il me semble qu’il faut soutenir toutes les mesures qui permettront de réduire une inégalité qu’il serait difficile de contester.

                    Beaucoup de mesures décidées par le politique peuvent paraître un peu artificielles, volontaristes et quelquefois un peu ridicules, mais elles sont transitoires. Quand l’odieuse inégalité se sera complètement estompée, elles disparaîtront d’elles-mêmes. En tout cas, pour l’instant, elles sont le symptôme qui révèle une pathologie sociale encore très loin de la guérison.

                    Les hommes se reconnaissent bien volontiers le droit à l’erreur, il n’y a aucune raison de le dénier aux femmes dans le combat pour leur liberté, ni de leur faire un crime de quelques comportements excessifs comme on pouvait en voir à la belle époque du MLF. Elles se révoltent et elles ont raison ; leur situation, dans bien des cas -je pense aux milieux les plus défavorisée- est encore intolérable. Le plus grave, c’est que la femme-collabo qui conspire à son propre abaissement, malgré tous les efforts du corps enseignant, n’a pas encore tout à fait disparu. Parfaite liberté pour les unes, qui jouissent d’un très haut niveau de culture, et burqa pour d’autres. C’est inacceptable.


                    • COLRE COLRE 12 août 2012 15:53

                      Bonjour Christian Labrune, excellent commentaire.

                      Il faudrait toujours que ces choses-la soient dites et redites, et merci de vous y être attelé : le féminisme n’est en aucun cas une guerre des femmes contre les hommes, mais une lutte politique pour que les femmes acquièrent des droits analogues à ceux des hommes dans une société qui, historiquement, s’est construite par les hommes et pour les hommes. 

                      Evidemment, les féministes sont surtout des femmes car elles sont aux premières loges de la discrimination et sont plus sensibles à leur sort que les hommes. Mais il existe des hommes (bcp plus qu’on ne le pense) qui ont l’intelligence d’une situation globale et participent à l’idée féministe. Votre commentaire montre que vous en faites parti et que votre analyse n’est pas bornée par les codes masculins qui vous ont été inculqués.

                      Être féministe n’est pas plus critiquable que d’être contre l’esclavage ou anti-raciste. C’est un système d’éthique politique consistant à professer la nécessité de droits et de devoirs équivalents chez tous les humains, dans l’égalité et la liberté. Les manoeuvres des machistes sont innombrables, et l’une est en effet de pointer l’outrance de certaines personnes pour faire rejaillir le discrédit sur tout un système de valeurs. Comme si le fait qu’il y ait chez les anti-racistes des « gros cons » jetait l’opprobre sur l’anti-racisme. 

                      Saucissonner le système est de la même eau : prétendre qu’il y a les « VRAIES » discriminations méritant le combat et la compassion (comme la burqua) et les « fausses » comme le désir d’égal accès des femmes aux positions de responsabilité, ou leurs combats contre le dévoiement de l’image féminine dans la publicité où elle est chosifiée et réduite, comme toujours, à son corps ou à son sexe.

                      Or, le féminisme est une vision politique globale et ne doit pas se laisser segmenter entre le « bon » féminisme et le « mauvais » : c’est une arme classique des misogynes. Toutes les discriminations, de la plus légère à la plus lourde, des talons aiguille des petites filles au mariage forcé, participent d’un même discrédit, réel ou symbolique (ce qui est la même chose) imposé aux femmes.

                      Pour finir, j’ai apprécié votre formule sur « la femme-collabo qui conspire à son propre abaissement » car elles sont nombreuses à baigner dans les codes de domination et ne se rendent même pas compte de leur assujettissement. Elles sont aussi les femmes-alibi des machistes, ce qui est doublement lamentable.



                    • Christian Labrune Christian Labrune 12 août 2012 19:32

                      @nash

                      La véhémence de votre réaction m’a complètement abasourdi, je m’attendais vraiment à tout sauf à cela. Je serais donc un parfait salaud, un traître passé dans le camp de ces tortionnaires sadiques que sont les femmes, et sans la moindre pitié pour de pauvres mâles soumis depuis la nuit des temps à cette engeance abominable. Pourtant, j’aurais dû lire le récit de la Génèse, j’aurais bien vu que la femme est perverse par nature, qu’elle a de secrètes accointances avec le diable, et que si nous avons dû nous soumettre au travail (du latin tripalium qui désigne un instrument de torture), c’est essentiellement à cause d’elles. C’est à cause d’elles que nous avons gagné durant quatre mille ans le pain quotidien à la sueur de notre front pendant qu’elles, dans le fond de quelque gynécée, passaient leur temps à papoter, à parler chiffons, à se farder pour mieux nous assujettir, nous autres pauvres Hercules, comme le fit Déjanire, à leurs odieux caprices. Pour finalement, peut-être, à la fin, nous empoisonner et nous faire préférer un bûcher où cramer tranquillement, à leur funeste compagnie.

                      Il reste pour ma défense – je vois bien qu’on est en train d’instruire mon procès - que je ne suis plus un jeune homme, que j’ai vécu avec bien des femmes, que cela n’a pas toujours été sans difficultés mais que n’ai pas pour autant de cette charmante moitié de l’humanité la même vision que vous. Dans l’ensemble, c’était plutôt globalement positif, cela m’a laissé de très bons souvenirs et je n’ai pas trop à me plaindre. S’il existait un paradis où la récompense serait de pouvoir contempler éternellement le vieux barbu, il est sûr que cela me conviendrait beaucoup moins qu’un salon rempli de quelques femmes intelligentes et cultivées. Le vrai paradis, pour moi, ce serait cela, et pour l’éternité.

                      Je ne suis pas du tout un athlète, je suis plutôt petit, mais je ne peux pas dire qu’on en ait jamais profité pour me casser la gueule. Je ne savais pas que c’était le lot quotidien d’une masse de pauvres bougres plus grands que moi dans leur immense majorité, et jouissant quelquefois du physique des rugbymen. J’ai donc vécu dangereusement sans trop le savoir. Je l’ai échappé belle !

                      Mais vous allez encore dire que Labrune fait de la littérature. Il faut donc que je réponde un peu plus précisément à vos accusations. Vous me parlez d’un sexisme dans l’Education nationale, et dont les pauvres garçons seraient les victimes. Je rigole ! Il se trouve que j’ai été professeur pendant près de quarante ans et je n’ai rien vu de tel. Les filles réussissent mieux, c’est un fait, parce que ce qui est raisonnable leur agrée ; elles sont en cela plus philosophes que leurs condisciples mâles, moins irrationnelles dans leurs réactions. C’est sans doute pour cette raison que Descartes tenait à écrire en français à une époque où la plupart des femmes n’entendaient pas le latin, pour qu’elles pussent, elles aussi, avoir accès à tous les plaisirs de l’abstraction, et Christine de Suède lui en fut très reconnaissante.

                       Le fait est que beaucoup de garçons, au lieu d’étudier, surtout ceux qui sont issus des milieux les moins favorisés, et peut-être à cause d’un sombre désespoir, ne pensent qu’à empêcher d’apprendre ceux qui voudraient pouvoir réussir. C’est ce qui fait que dans les banlieues, souvent, le sens de l’émulation s’inverse, et ceux qui pourraient devenir brillants se trouvent ostracisés, réduits à la condition de « bouffon ». Et le bouffon, dans la langue particulière des banlieues, ce n’est évidemment pas celui qui s’amuse à divertir, c’est le plus méprisé des êtres.

                      Il ne s’agit pas là d’un handicap qu’on pourrait essayer de traiter efficacement, comme la surdité ou la cécité : que peut-on faire pour celui qui refuse d’apprendre ? Est-ce la testostérone qui le perturbe ? Faut-il le châtrer ? S’il abdique et refuse de construire sa liberté, que peut-on y faire ? Sans doute le problème est-il plus complexe, et il est de fait qu’avant 68 ou dans des établissements dont le niveau s’est trouvé préservé, ces phénomènes n’apparaissent pas. Ils ne sont pas du tout la conséquence d’un quelconque sexisme, mais le résultat d’une entreprise de destruction de l’école qui commence au milieu des années 80 et qui est aujourd’hui arrivée à son terme. Pour expliquer ça en détail, un livre entier ne suffirait pas et je préfère, ici, y renoncer.

                      J’ajouterai que les injustices qui touchent les hommes m’affectent beaucoup moins, en raison d’une préférence tout à fait personnelle que j’assume et dont je n’ai pas honte, que celles qui touchent les individus de mon genre. Je peux même vous confesser, très cyniquement, et quitte à aggraver la sentence, que s’il ne restait plus que des femmes sur cette petite planète, et moi tout seul au milieu d’elles, je ne m’en porterais pas plus mal.





                    • Christian Labrune Christian Labrune 12 août 2012 20:01

                      « le féminisme n’est en aucun cas une guerre des femmes contre les hommes, mais une lutte politique pour que les femmes acquièrent des droits analogues à ceux des hommes dans une société qui, historiquement, s’est construite par les hommes et pour les hommes »

                      @COLRE

                      Je suis parfaitement d’accord. Le problème est essentiellement politique. Il se trouve qu’il y a des citoyens qui, de fait sinon en droit, ne jouissent pas des mêmes possibilités que d’autres, et c’est cela qui est intolérable, et la question des sexes n’intervient que secondairement, parce qu’on est bien obligé de constater que cette différence dans la manière dont on est traité recouvre celle de la différence des sexes, laquelle ne devrait jamais intervenir nulle part, sauf dans certaines gymnastiques particulières où elle présente un incontestable intérêt. Mais cela reste de l’ordre du privé, ne devrait jamais déborder sur le social où on ne devrait jamais avoir à connaître que des individus. A cet égard, les premiers chiffres du numéro de sécurité sociale, qui caractérisent le sexe, si on y réfléchit un peu, sont une véritable aberration : un travailleur, un citoyen, ça dispose d’un cerveau et d’une liberté, mais ça n’a pas de sexe. Il faudra bien qu’on en arrive à réformer tout cela.

                       

                       


                    • nemotyrannus nemotyrannus 12 août 2012 23:58


                       
                      La « nature », vieille invention du XVIIIe siècle, reste encore aujourd’hui l’argument des imbéciles.

                      Il est aussi un peu celui de ceux qui ne font pas qu’étudier de l’abstrait ou les pseudo-sciences sociales et cherchent à expliquer les choses au lieu de dire « je vois le monde ainsi donc il est ainsi »
                      On ne peut pas tout rejeter de cette idée seulement parce qu’elle nous plaît pas. 
                      On peut améliorer notre condition , mais dire que nous n’avons pas de prédispositions c’est absurde.

                      Moi aussi je serai bien dedans votre monde sans homme. Dans le sens « sans concurrence » celà va de soi.

                      Mais dans le monde réèl , je souhaiterai que les femmes jouent moins de cette concurrence , histoire de ne pas nous mener encore à des conflits , des disputes . Et arrêtent de voir le statut social comme marque d’un bon parti .
                      Parce que oui , ce réflexe naturel n’a plus lieu d’être LUI NON PLUS .




                    • Christian Labrune Christian Labrune 13 août 2012 09:41

                      @nemotyrannus

                      Sur la naissance de l’idée de nature au XVIIIe siècle, on a écrit des quantités de bouquins, et vous pourrez en avoir une idée en tapant dans Google « idée de nature au XVIIIe siècle ». C’est une époque où, sous l’influence du courant de pensée libertin, Dieu cesse d’être la seule instance légitimante. Il faut trouver une solution de remplacement et ce sera l’idée Nature. Il y aurait donc une nature humaine, par conséquent une nature masculine et une nature féminine, lesquelles se trouvent définies à partir de ce qui peut s’observer dans la société du temps. De fait, les hommes sont plus costauds, il font la guerre, ils n’ont peur de rien, ils entreprennent, risquent leur peau sur les mers et dans toute sorte d’aventures, multiplient les conquêtes amoureuses, pendant que les femmes restent à la maison, gardent les enfants, tombent en syncope à la moindre émotion, ont peur des souris et de leur ombre, prient Dieu, restent chastes et pures (enfin, en principe !) et se comportent en toutes circonstances comme de vraies Sainte-Nitouche. Il y aurait donc, et c’est très évident si on observe la réalité des comportements à l’époque de Rousseau, un sexe fort et un sexe faible.

                      Les femmes, aujourd’hui, ont cessé de se comporter ainsi parce que depuis près d’un siècle elles ont accès aux études et à la culture. La preuve, c’est que vous les trouvez désormais trop conquérantes et d’une « virilité » qui mettrait en péril celle des mâles. L’article que nous sommes en train de commenter aussi bien que votre intervention, nous disent que le sexe fort, c’est désormais les femmes, et que celles-ci exercent une véritable tyrannie sur leurs compagnons. Mais les manières de se comporter des sexes au XVIIIe siècle et au XXIe résultent de l’éducation et non pas d’une quelconque nature. Si c’était la « nature » qui commandait où serait la possibilité d’une variation ? Or, cette variation, vous ne pouvez pas la nier puisque c’est précisément la chose dont vous vous plaignez et qui vous horrifie.

                      Il n’y a pas de « prédisposition ». Il n’y a que des conditionnements que nous subissons tous et dont il est assez difficile de s’affranchir pour accéder à une vraie liberté. L’être humain est extrêmement malléable. Qu’on donne aux filles dès l’âge de trois ans des kalachnikov en plastique et elles deviendront des garçons. Qu’on donne des poupées aux garçons et ils deviendront des filles. Je ne pense évidemment pas que cela soit plus souhaitable, l’idéal étant qu’on ne fasse aucune différence entre les rôles dévolus aux sexes puisque ceux-ci peuvent aisément être échangés, et la réalité le prouve.

                      J’entendais ce matin aux informations qu’en Tunisie où on est en train de refaire une constitution, l’égalité disparaît entre les sexes, les femmes seraient « complémentaires de l’homme » et cesseraient par conséquent d’être des citoyens à part entière. Je suppose que cela fera des vagues, parce que les Tunisiennes ont appris depuis des dizaines d’années à être libres, mais si ces dispositions étaient maintenues de force, on aurait dans vingt ans en Tunisie des femmes sous burqa et sans éducation qui seraient redevenues à peu ce qu’étaient les femmes en France au XVIIIe siècle. La situation serait même bien pire : la plupart des historiens s’accordent à considérer que ce qui a toujours frappé les voyageurs étrangers dans les siècles passés, c’était la place très importante que tenaient les femmes en France. Cela variait évidemment selon les conditions sociales, mais quand on lit Madame de Sévigné ou Madame de La Fayette, quand on considère la vie de Ninon de Lenclos, on n’a évidemment pas l’impression d’avoir affaire à des idiotes du « sexe faible ».

                      Si je comprends bien le sens de plusieurs interventions, je suis obligé de les traduire ainsi : les vraies femmes, vraiment conformes à leur nature, c’étaient les femmes d’autrefois, celles qui subissaient, qu’on engrossait, qui crevaient en couche, qui travaillaient comme des bêtes en attendant le retour du guerrier et, en toutes circonstances, fermaient leur gueule et nous foutaient la paix. Outre que cette vision des choses est un peu caricaturale comme je le disais à la fin du précédent paragraphe, elle est odieuse parce qu’elle fait le lit de l’islamofascisme dont sont en train de souffrir, en France même, tant de femmes que je vois désormais circuler dans les rues de l’Est parisien empaquetées des pieds à la tête et réduites à la condition d’objets sexuels. Le racisme est tel que la plupart se disent : on s’en bat l’oeil, c’est des musulmanes. Pour moi, chrétienne, musulmane ou athée, une femme est d’abord un être humain et un citoyen. Au lit, elle peut bien user comme elle l’entend et comme vous et moi des particularités de son anatomie, mais on s’en fout, si j’ose dire : cela ne regarde qu’elle. Partout ailleurs, elle est un citoyen. Point final.


                    • Christian Labrune Christian Labrune 13 août 2012 10:28

                      @Nash

                      Je viens de lire l’article auquel vous renvoyez, à cette page :

                      Les professeurs femmes gâchent-elles les chances des élèves garçons ?

                      L’argumentation ne tient pas debout. Les femmes notent plus sévèrement les élèves garçons, dit-on, et sans se demander pourquoi. Moi aussi j’ai noté des paquets de copies, sans regarder les noms, et il se trouvait que les garçons, en général, réussissaient moins bien, c’était un fait : le niveau des filles était meilleur. C’est vrai dans le secondaire, ça doit l’être aussi dès le primaire. On peut bien décider, comme l’avait voulu Chevènement, que 80% des élèves doivent avoir le « niveau du bac », si parmi ces 80% il y a encore un quart d’illettrés, comme c’est le cas, ces sortes de dispositions relèvent de la démagogie et de la confusion mentale. En outre, cet article se réfère à des études de Terra Nova, et là je rigole. Par paresse, je me contenterai de recopier ci-dessous ce que j’écrivais naguère sur AgoraVox à un autre correspondant :

                      Je ne pourrais guère parler de Terra nova, je ne me suis jamais trop soucié de savoir ce que peut pondre ce lamentable think tank, mais j’y ferai un tour pour me détendre. A vrai dire, je crains le pire ! J’avais quelquefois suivi - il me semble que c’était sur la chaîne parlementaire - un débat hebdomadaire entre le président de Terra nova - aujourd’hui disparu, paix à son âme - et Rama Yade. C’était consternant. Je me souviens en particulier qu’après qu’elle eut publié un petit bouquin sur l’effondrement de l’école, cela avait été le sujet de l’une de leurs discussions. Bien qu’étant plutôt à droite, elle avait parfaitement compris la situation actuelle de l’école, la monstruosité démagogique des mesures qui avaient été prises pour la détruire sous couvert de « réformes ». Son analyse, brillante et pertinente, rejoignait celle des rares enseignants un peu lucides que j’ai connus et qui s’étaient opposés à l’entreprise de destruction des socialistes. En face, Terra Nova expliquait peu ou prou que le niveau montait et qu’à force de pédagogie (!), les progrès seraient probablement spectaculaires. Bref, cela ressemblait au discours publicitaires des marchands de lessive. Je crois bien que Terra nova, c’est ça : un piège à cons.


                    • COLRE COLRE 12 août 2012 16:19

                      CQFD… smiley 


                      • Romain Desbois 12 août 2012 18:39

                        Temps que l’on ne comprendra pas ce que signifie dans une société « l’égalité des droits » on confondra avec l’indifférenciation.

                        L’homme et la femme sont différents mais ils doivent avoir les mêmes droits et devoirs.


                        • Romain Desbois 12 août 2012 18:55

                          oups au « tant » pour moi smiley


                        • Christian Labrune Christian Labrune 12 août 2012 20:06

                          « L’homme et la femme sont différents mais ils doivent avoir les mêmes droits et devoirs. »

                          @Romain Desbois

                          L’homme et la femme ne sont différents qu’au lit. Le reste du temps - et on ne passe pas tout son temps au lit, hélas ! -, que ce soit dans l’école, dans l’entreprise, dans la recherche, ou dans un bureau de vote, je ne vois pas très bien où serait la différence !


                        • hommelibre hommelibre 12 août 2012 21:33

                          @ Christian :

                          La différence biologique est en effet la plus évidente au lit. Cette différence engendre des différences d’approche de l’autre dans la sexualité, des différences de ressenti, dont on ne peut affirmer aujourd’hui qu’ils n’auraient pas une incidence sur le comportement en général et sur la psychologie.

                          Les différences musculaires, les différences hormonales, n’ont pas encore été totalement explorées.

                          La plasticité de l’humain est quelque chose de fantastique, mais on ne peut encore affirmer qu’elle indifférencie les sexes. Je ne vois dans la course au gommage des différences que la peur du jugement négatif. Cela ne devrait pas suffire. La théorie de l’indifférenciation gender est largement supportée par les lesbiennes féministes américaines, qui voudraient établir une totale équivalence entre homo et hétéro sexualité. Une manière de ne plus avoir à assumer sa différence. Or on a bien une différence. Qu’est-ce qui fait que certaines personnes sont attirées par le même sexe ? C’est étonnant en terme de survie de l’espèce, car le couple hétéro reste la référence. Devenir homo ne semble pas être une construction sociale. Alors qu’est-ce que c’est ?

                          Je reviens sur votre citation de Beauvoir. Je ne lui donne pas raison. Elle évacue la nature au profit exclusif de la culture, sans rien pouvoir démontrer. Son paradigme : « On ne naît pas femme on le devient » ne suffit pas. Il exclut le corps, comme la religion. Or « On naît ET on devient homme ou femme ». Refuser cette évidence est assez significative du super-déterminisme social de notre époque. Mais ce n’est que théorie.

                          Comme la relecture du passé n’est qu’une théorie. Il est absurde de vouloir mettre le passé dans le prisme du présent. L’égalité n’avait pas la connotation et l’importance qu’elle a aujourd’hui. La question des relations sociales n’était donc pas prioritairement l’égalité mais la répartition. Répartition qui imposait aussi des contraintes aux hommes.

                          Les femmes de la campagne, celles que l’on appelait « la patrone », géraient la maison, l’argent, l’éducation. Je ne souscris donc pas à la lecture marxisante du passé telle qu’elle veut s’imposer au travers du féminisme politique.

                          L’égalité c’est l’égalité de droits et de devoirs, de chances, de valeur. Le reste est de l’idéologie que personne ne peut démontrer. Je ferais trop long en développant à nouveau cela, mais si besoin j’y reviendrai.


                          • Christian Labrune Christian Labrune 13 août 2012 00:34

                            @hommelibre

                            Je maintiens qu’il n’y a aucune différence significative entre les femmes et les hommes en dehors du plumard, et que les différences visibles sont même assez insignifiantes. Imaginez un Martien qui viendrait d’atterrir et à qui on montrerait par exemple une Japonaise à la peau très blanche et un couple de Maliens à la peau très sombre, tous un peu vêtus quand même. On lui demanderait, parmi ces trois individus lequel diffère le plus des deux autres, il désignerait à coup sûr la japonaise, et non pas le malien, homme parmi deux femmes, parce que la différence de couleur est plus frappante que celle du sexe. Or, la différence des couleurs de peau n’a pas plus de sens que celle, peu apparente, de la couleur des yeux, laquelle ne signifie vraiment rien.

                            Considérez Sophie Germain, mathématicienne autodidacte, première femme admise à l’Académie des sciences, Marie Curie, deux fois prix Nobel, ou Mileva Maric, la première épouse d’Einstein, et qui n’est pas pour rien dans l’élaboration de la relativité. En quoi les théories produites par ces femmes pourraient-elles être différentes des théories que produisent les hommes ?

                            Vous me parlez de la force physique, mais cela comptera de moins en moins. Beaucoup d’autobus à Paris sont conduits par des femmes et pourraient l’être par des petits enfants : la direction et les freins sont assistés. La plupart des travaux qui exigeaient de la force vont disparaître. Je suppose, sans vouloir vous offenser, que n’importe quelle femme en compétition aux jeux olympiques vous bat à plate couture au quatre cents mètres, et au judo vous envoie au tapis dès la première minute. Quant à moi, je n’oserais même pas apparaître à côté de ces sortes d’athlètes, mais je m’en fous : en TGV, je suis beaucoup plus rapide que ne le sera jamais un champion du monde.

                            Lorsque Beauvoir dit qu’on ne naît pas femme mais qu’on le devient, elle entend par là qu’une femme n’est pas nécessairement faible physiquement et encore moins fragile. Et de fait, si les femmes ont de moins gros muscles, elles résistent plus longtemps au froid et aux conditions extrêmes. Mais on s’en fout : on a le chauffage et l’air conditionné. Les femmes, jusqu’au XVIIIe siècle, tombaient en syncope assez facilement à la moindre émotion, on voit ça dans les romans et les pièces de théâtre. Il fallait les dégrafer, leur faire respirer des sels pour les ranimer. Ce n’était évidemment pas dans la « nature physique » des femmes puisque ces comportements imbéciles ont totalement disparu. Leurs mères leur avaient appris à jouer ces sortes de comédies qui, il est vrai, en de multiples circonstances, constituaient une stratégie de diversion intéressante.

                            Les femmes ne sont pas non plus nécessairement des imbéciles incapables de rien comprendre à la politique comme on s’est plu à le leur représenter jusqu’à ce qu’on leur donne le droit de vote à la Libération. Depuis, on a eu quand même un certain nombre de femmes à la tête des états, à qui la virilité n’a pas toujours manqué, c’est le moins qu’on puisse dire - hélas !

                            Les femmes ne sont pas plus « intuitives » ni plus « littéraires » que les hommes. Voyez les trois dont je parlais en commençant, et particulièrement Sophie Germain qui a tout appris par elle-même, mais que Lagrange ou Gauss, les plus grands mathématiciens de leur époque, regardaient avec admiration et vraiment comme une égale.

                            Vous devez connaître aussi bien que moi, à la fin du traité d’éducation de Rousseau, les quelques pages consacrées à Sophie qui deviendra l’épouse d’Emile. Ce que recommande Rousseau, c’est qu’on ne lui apprenne « que ce qui convient à son sexe », c’est-à-dire rien : lire, écrire, quelques rudiments d’arithmétique pour pouvoir contrôler les dépenses, mais cele ne ressemble pas du tout à la formation qu’on réserve au garçon « elle ne doit pas devenir le professeur de son mari », dit le brave Jean-Jacques. Je cite de mémoire, mais sans trop craindre de me tromper.

                            Autrement dit, les femmes, de fait, et si on fait exception pour quelques caractères particulièrement bien trempés, ont été des ignorantes et des idiotes, des écervelées, des sainte-Nitouche, des bégueules, de pauvres andouilles et de vraies têtes à claques avec qui un homme d’aujourd’hui n’aimerait certes pas passer deux jours. Mais si elles étaient ainsi, c’était la conséquence d’un formatage monstrueux. A contrario, si on le avait soumises à l’entraînement dans un régiment du corps des marines, elles seraient devenues des tueuses professionnelles aussi bien que vous ou moi si nous avions connu cela. Dieu merci, je ne suis pas passé par là.

                            Je comprends assez vos réticences concernant les gender studies et ce qu’elles produisent jusqu’en France. Tout ça est quelquefois un peu comique, en effet, comme lorsque je vois des homosexuels qui veulent avoir le droit de se marier -alors que la seule idée de mariage a toujours fait ricaner les gens de ma génération !- ou avoir des enfants sans avoir à les faire. Avoir deux mères, passe encore, ça ne m’aurait pas trop déplu, mais deux pères, quelle horreur !


                          • Christian Labrune Christian Labrune 13 août 2012 10:02

                            @Nash

                            J’en ai oublié bien d’autres. Et les femmes d’une grande compétence ne se limitent pas à trois ou quatre prix Nobel, je n’évoquais celles-là qu’à titre d’exemples que tout le monde connaît, et peu m’importe que le rôle de la première épouse d’Einstein ait été ou non déterminant dans la théorie de la relativité : il est évident qu’elle ne se limitait pas à préparer le déjeuner de son machiste de physicien. Einstein, effectivement, s’il faut en croire ce que racontent les historiens, dans ses relations avec les femmes, était bien moins révolutionnaire qu’en physique !

                            Plus haut, dans une autre intervention, vous évoquiez Marcela Iacub que vous mettiez au range des féministes déchaînées. C’est une grave erreur : personne n’est plus critique que Marcela Iacub de la dérive victimaire du féminisme. Personne n’a mieux parlé qu’elle d’un nouveau puritanisme sexuel propre à certains courants et qui est assez ridicule. Au moment de l’affaire DSK, elle a publié un certain nombre d’articles qui tranchaient avec une sottise conformiste qu’on voyait partout répandue et qui a fini par s’imposer dans la plupart des media.

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