QUI ?
Raisonnablement, on peut considérer qu’il s’agit d’une opération
d’agit-prop globale (ou oumma-globale) conçue par des stratèges de la
Maison Saoud. Le film a « échappé »
au radar tout le temps où il n’existait pas de version arabe (> sous-titrage) :
et s’il a échappé au radar c’est pour la simple raison que des
« produits » islamophobes de ce type il en existe sans doute des
milliers sur le web (le réseau islamophobe nénétique) : bref pas besoin de
chercher très loin si on veut exciter quelques (ou un gros paquet , c’est
selon) félés (d’un bord comme de l’autre).
On peut considérer que le choix de cette « œuvre » particulière
relève en premier lieu d’une « bienheureuse » et simple coïncidence : à
savoir la mise en ligne peu avant l’anniversaire du 11/09 d’une traduction
arabe par un groupe d’extrémistes coptes : de là, l’occasion faisant le larron :
une chaîne égyptienne (d’obédience et fonds wahhabosaoudiens) a récupéré et
diffusé un court-extrait de cette production yankee (pour l’instant on peut
raisonnablement penser que celui que les médias ont très rapidement représenté
comme l’instigateur et producteur de cette vidéo ne soit au final qu’un neuneu
qui s’est fait manipulé à peine sorti de prison, et que dans les faits on ait décidé de faire porter le chapeau à un groupe d’extrémistes de la diaspora
copte : les véritables instigateurs sont inconnus : bien que vraisemblablement
appartenant aux réseaux d’x-droite yankee).
POURQUOI ?
« One shot, two birds » cela fonctionnant aussi avec les chèvres ou les chameaux,
et avec un coup, on peut en allumer plus que deux : ce que vraisemblablement les
agents saoudiens ont cherché à faire : mais au final, on peut considérer que les
résultats de cette opération sont loin d’être concluants, et que si au niveau
budgétaire et efficacité : c’est un « beau boulot », au niveau des
objectifs visés : loin d’être un succès.
Objectifs ?
Et bien, plusieurs à l’évidence. En premier lieu, sortir cette vidéo à 3
jours des commémorations du 11/09 est un très bon calcul : puisque 3 jours - lorsqu’on
analyse ce type de phénomène de « ola » globale avec support
webomédiatique- est un intervalle de temps suffisant entre la mise à feu et
l’explosion : bref premier jour l’info est diffusée et commence à se répandre
via réseaux sociaux et discussions au souk ou au bistrot, ainsi qu’à la
mosquée, second jour on commence à cogiter à la réponse à donner, et comme cela
coïncidait avec le 11/09 (dont les conséquences ne sont pas forcémment vécus en
Islam comme en Occident) : on accélère le mouvement et on ré-agit.
De là, un premier objectif potentiel : jouer sur les élections US et
notamment pourrir la campagne d’Obama : les pétrobédouins préférant largement la
victoire de son opposant qui garantirait une guerre avec l’Iran, et si ce n’est
le cas un durcissement encore plus accru de la position yankee : bref soit
guerre, soit grosse pression sur l’ennemi perse/chiite. L’intérêt des Saoud ? Et
bien, de toute évidence, nous n’avons connu que la première vague des
« révolutions arabes », importante du fait qu’elle a initié un mouvement
global au sein du domaine musulman, mais la seconde sera celle qui changera
radicalement la donne : bien qu’on ne puisse établir le calendrier : on peut la
situer : ce sera celle qui touchera le Golfe et fera probablement tomber la
Maison Saoud ou la mettra en péril : soit parce que des plus fanatiques que la
dynastie en place prennent le pouvoir (en suivant la logique
« wahhabi » jusqu’au bout, le plus impie et anti-islamique des régimes
politiques possibles est la monarchie), soit parce que pour se préserver, la
dynastie en place devra conjuguer avec des éléments plus libéraux ou modérés au
sein de la « tribu » ou de ses
vassaux/alliés les plus influents.
Donc un nouveau conflit au M.O, d’autant de l’ampleur potentielle qu’il
aurait dans le cas d’une guerre avec l’Iran, serait la circonstance la plus
favorable pour raffermir la position du clan en place et éloigner la menace des quartiers huppés où le clan partouze et picole chaque jour qu’Allah fait.
Second objectif : tester les nouveaux régimes islamistes : soit déterminer
soit leur rigidité soit leur flexibilité : dans les deux cas cela est crucial
pour les Saoudiens : si les FM égyptiens se montrent plus « rigides »
que les Saoudiens, pour des raisons historiques le centre d’influence
« islamiste » du domaine arabo-musulman pourrait se déplacer vers
l’Ouest > l’Egypte et l’influence des wahhabis diminuer (à noter que
l’Egypte est la terre de naissance de l’islamisme contemporain) : donc
concurrence entre wahhabisme et islamisme égyptien : qui apparaitra le plus
« islamique » ou le plus « pur » est une question essentielle
pour les wahhabis, qui se sont attelés depuis des décennies à s’imposer comme
les tenants de l’islam le plus « pur », le plus intransigeant, en
s’assurant de la prolifération de foyers de tendance wahhabi un peu partout en
Islam : or ces groupes jusqu’à aujourd’hui se sont montrés incapables de diriger
et ont failli politiquement : leurs seules « réussites » ont été le
nombre de victimes qu’ils ont pu faire .
De là un sous-objectif : mettre en position délicate les FM égyptiens : qui
eux ont accéder au pouvoir politique (dans un pays majeur du domaine arabomusulman)
et qui doivent déjà conjuguer avec les éléments autant les plus libéraux que
les plus radicaux en leur sein, qu’avec d’autres groupes islamistes/salafis
qu’ils ne peuvent ignorer au vu de leur importance actuelle, à cela s’ajoute la
volonté de déterminer la marge de manœuvre des FM compte-tenu du pouvoir de
l’armée et de l’influence toujours importante des moubarakistes : à nouveau,
pour les wahhabis il s’agit d’établir le profil de la concurrence et de là en
déduire une nouvelle stratégie.
Enfin, bien entendu il s’agit aussi de tester en situation réelle leur
niveau réel d’influence : ou plutôt si les événements récents dans le domaine
arabomusulman et par extension dans le domaine musulman ont accru ou diminué
l’influence et la capacité de réaction/mobilisation des « métastases »
wahhaboïdes en Islam.
Si on tente un premier bilan : sur tous ces objectifs potentiels : cette
opération a été un échec : la mobilisation a été minime. La stratégie des Saouds
dont le but principal était d’éloigner autant que possible les éléments les
plus radicaux (donc anti-monarchistes) wahhabis du palais royal en leur offrant
comme playground la Dar Al Islam risque de se retourner contre eux : les partis islamistes
ayant accédé au pouvoir ou souhaitant accéder au pouvoir dans les pays ayant
connu la première vague « révolutionnaire » devant conjuguer autant
avec la diversité au sein de leurs partis, qu’avec celle des sociétés qu’ils
prétendent gouverner et les réseaux toujours actifs et influents des anciens
régimes. Le pays clé étant vraisemblablement le Yémen (d’où l’acharnement
pétrobédouin et yankee) : quelque soit le dénouement : la Maison Saoud se
retrouverait en situation périlleuse : soit avec un régime encore plus radical à
sa frontière Sud qui « stimulerait » les plus radicaux en Arabie, soit
une infiltration-repli par le Sud de ces éléments radicaux qui cette fois
auraient l’Arabie comme playground et le palais royal comme cible.