Les sociétés évoluées se distinguent notamment des groupes primitifs en ce qu’elles sont capables de sublimer. Ainsi les sacrifices rituels, pour ceux qui en éprouvent le besoin, sont désormais accomplis de manière symbolique. Ils n’exigent plus le sang répandu, animal ou humain. Et depuis des siècles, cette pratique « adoucie » remplit parfaitement la fonction attendue. Certains semblent restés à l’écart de cette évolution ; on les retrouve, entre autres, chez les adeptes de messes noires ou parmi les laudateurs de la corrida. Ils ne sauraient se contenter de sacrifices « symboliques » ; il leur faut décapiter, égorger, étriper en toute solennité. « Faut que ça saigne » aurait chanté Boris Vian. Quelques uns de ceux-là ne peuvent manifestement pas s’extirper du premier degré, raisonnent en mode primaire avec des réflexes de primates. Est-ce pour justifier leur soif de sang qu’ils se gargarisent de formules incantatoires empreintes d’une religiosité d’opérette ? La plupart des aficionados n’en demandent pas tant et d’ailleurs ne se posent probablement pas de questions aussi métaphysiques. Beaucoup seront récupérables le jour où ils réaliseront simplement qu’une torture et une exécution érigées en spectacles sont des actes de barbarie, une pratique de régression qui plombe notre civilisation.