Attention, on flirte là avec la génétique néolibérale.
Susan McKinnon, professeur au département d’anthropologie de l’Université de Virginie : la génétique néolibérale :
" La psychologie évolutionniste (ou évopsy) se veut être la science
autoritaire de la « nature humaine ». Ses défenseurs (qui commencent à
sévir en France depuis quelques années) ont réussi à construire une tour
d’ivoire tout en gagnant by I Want This">
une large audience et une influence notable sur les discours publics.
Mais quelle réponse propose réellement la psychologie évolutionniste en
ce qui concerne le langage, la sexualité ou les relations sociales ?
« Aucune… » répond Susan McKinnon.
Rappelons que la psychologie évolutionniste est une branche de la
psychologie culturelle qui pense l’être humain à partir de la théorie de
l’évolution biologique darwinienne, supposant donc que le cerveau, tout
comme le corps, est le produit d’une évolution. Elle a pour objectif de
démontrer que l’être humain raisonne en fonction de « modules mentaux »
innés, et qu’il existe une seule nature humaine universelle formatant
les diverses cultures du monde. Or, le fait de considérer qu’il existe
une nature humaine unique (et que la culture soit fabriquées par
l’homme) est théoriquement suspicieux, notamment aux yeux des
anthropologues (cf. les travaux de Marshall Sahlins, Eduardo Viveiros de
Castro, Philippe Descola).
Susan McKinnon démontre que la psychologie évolutionniste est une
« pseudo-science » qui transforme la génétique évolutionniste en un
mythe sur les origines de l’homme ; plus grave, ce mythe est modelé par
des valeurs néo-libérales et repose sur une compréhension ethnocentrique
des concepts de genre, de relations sociales, de parenté. Un ouvrage
indispensable pour lutter contre certaines idées pseudo-scientifiques
qui n’ont aucun fondement anthropologique, mais qui arrivent néanmoins à
produire leurs effets néfastes dans les appréhensions du monde et des
autres qui sont les nôtres."