*** Sachant qu’énormément de choses sont « expressibles » dans la langue française. ***
Il semblerait qu’en raison de notre embrochement sur notre linguistique nous soyons obligés d’énormément gesticuler de formes.
Ce qu’une dame dit à un enfant de rue au Vietnam au travers d’un seul mot, il nous faut déployer ici une considérable caisse à outils manières, pour le dire.
Ici la manière est déterminante (manque alors les smileys dont nous avons déjà parlé ici)
Une dame viet qui appelle un vendeur de fruit Enfant comme elle appelle son propre enfant, lui offre directement l’ethos et le pathos (le smiley est déjà dans ce seul mot)
Ici, il faudrait appeler quelqu’un dans la rue ami, copain, camarade pour qu’il y ait un contenu ethos pathos. mais le faire c’est immédiatement se prendre une gifle « Je ne te permets pas de m’impliquer dans ton champ ethos-pathos. Ne me Touche pas »
Ici, le Tu offrirait de l’ethos pathos, mais il peut être aussi bien gentil que méchant.
Par ce Tu ou Toi on peut désigner aussi bien un aimé qu’un méprisé.
Le Tu français ne contient pas un lien indiscutable, c’est un lien dont seul celui qui l’émet détient la clef. Celui qui l’émet aliène l’autre de manière unilatérale
Alors que quand j’appelle quelqu’un tonton ce lien est celui d’une classe qui ne m’appartient pas. Je ne peux pas péjorer ou majorer cette appellation à la guise
Quand un Français appelle quelqu’un monsieur il ne peut pas péjorer ou majorer ce mot mais ce mot est alors neutre et vide de pathos
Quand un Français appelle quelqu’un Tu, il peut le péjorer ou majorer à sa guise
Au Vietnam, nul ne trouve offense à être appelé neveu ou oncle, au contraire, ici appeler quelqu’un par Tu, c’est un drame possible à la clef.
Il y a une tension dans tous les mots que les Français utilisent pour désigner les autres. Une tension qui rend les rapports toujours tendus et stressants et chacun va très vite à faire procès à l’autre rien que sur la manière dont il a été appelé.