Je ne vous demande pas d’aimer cet article, et je pense qu’on apprend plus dans la contradiction que dans le consensus generalise et sterile.
Il y a dans votre reponse un point de vue que je partage. Il est bien evidemment impossible, et presque insultant, de reduire un groupe de population quel qu’il soit a des caracteristiques generales, qui, meme si elles sont positives, ne peuvent etre l’apanage de l’ensemble du groupe. Et ce qu’il s’agisse des membres d’une meme nation, des fideles d’une religion, des habitants d’une ville, ou que sais-je encore. Chaque homme et chaque femme sont differents, et doivent etre consideres comme des individus a part entiere, sans s’attarder sur leur nationalite ou leur couleur de peau, c’est une evidence. Mon but n’etait pas de me rendre coupable d’un amalgame douteux, mais de souligner le fait que parmi tous les pays dans lesquels j’ai pu me rendre, c’est bien au Bangladesh que les relations que j’ai pu developper (travail, contacts dans la rue, echanges longs ou cours...) ont ete les plus chaleureuses, les plus desinteressees et les plus amicales.
Vous developpez ensuite, dans votre reponse, un point que je n’aborde absolument pas dans cet article, et vous reliez vous-meme la notion d’exploitation au comportement des personnes exploitees. Vous faites fausse route, je n’ai jamais ecrit ca. L’exploitation d’un homme par un autre, ou d’un groupe d’hommes par un autre, est une indefendable ignominie. Il faut lutter contre toute forme d’injustice, d’exclusion et d’exploitation, et ce quelque soit l’identite de la ou des victimes. Je precise au passage que la terminologie que vous employez revele une conception plutot archaique du monde, dans laquelle l’Occident devrait « s’occuper » (ce sont vos mots) des plus fragiles de la planete. Rassurez-vous, au Bangladesh comme ailleurs, il existe des gens creatifs et courageux, qui proposent chaque jour des solutions concretes pour ameliorer leur vie quotidienne et celle des autres (cf. Muhamad Yunus, puisque nous parlons du Bangladesh). Les difficultes rencontrees par certains Etats, et par extension par leur population, relevent de considerations macro-economiques ; pour gerer sa vie, le reste de l’hunanite n’a besoin ni de vous, ni de moi.
Ironie du sort, vous parlez ensuite de vol de camera...Nous nous sommes fait voler en Thailande l’integralite de notre materiel de reportages, et toutes nos images. Et pourtant, je ne compte pas ecrire un pamphlet sur les Thailandais, ce qui prouve, s’il en etait besoin, que je ne subordonne pas mes ecrits a l’accueil qui m’est reserve ou a la satisfaction que les personnes rencontrees apportent a mon ego...
Sachez egalement que je ne compte sauver personne. Je fais simplement mon travail, qui est lie a ce que j’aime par dessus tout, a savoir aller a la rencontre des autres et voyager. Le projet que nous menons, et pour lequel nous ecrivons a tour de role, n’a pas la pretention d’apporter le changement la ou nous passons. Nous souhaitons simplement mediatiser ce que font les gens qui, dans leur propre pays, trouvent des solutions pour faire face aux problemes des plus fragiles. Nous n’interferons pas dans ce qui se fait la ou nous sommes, nous l’observons et le retranscrivons. Je vois la encore que vous faites des proces d’intention aux autres sans prendre la peine de vous renseigner sur leur travail. Le site est accessible en ligne...
Pour conclure, je serais sincere et franc : bien evidemment, c’est se faire plaisir que de realiser un tel voyage. Mais sachez qu’on peut tout a la fois se faire plaisir et se sentir rellement concerne par les autres, au point de vouloir parler largement de ce qu’ils vivent. Il ne s’agit pas de « faire quelque chose de sa vie », comme vous l’ecrivez avec mepris. Ce projet est l’aboutissement d’un long travail, et vient a la la suite d’annees entieres consacrees a l’exclusion et a la pauvrete, en France comme a l’etranger. Je ne basculerais neanmoins pas dans la justification, au risque de vous faire croire que vous dites juste. Je ne peux maintenant que vous remercier pour ces critiques, qui sont, comme toutes critiques, bonnes a prendre, et vous inciter a faire valoir vos points de vue... mais je vous encourage a ne pas accorder a vos concitoyens des sentiments ou des intentions qui ne sont pas les leurs.