Cher Tristan,
No problemo pour les taquineries. ça fait partie de ma culture méridionale, ça va de soi.
Veux-tu dire pour les smileys que pour toi il s ne se font automatiquement à partir du texte en tapant les ; : - et autres ) ( dans l’ordre voulu ?
Sur le fond, j’ai peur que nous soyons aux limites de nos champs conceptuels respectifs et qu’il va être délicat d’accorder globalement nos vues concernant l’imitation. Si tu veux, nous sommes à la porte de Babel, à la limite de ne pas nous comprendre.
Par exemple, quand je donne un exemple d’assimilation comme intégration d’un élément dans un schème qui se trouve alors activé et « reconnait » l’élément en question (je vois une voile et je reconnais un bateau), tu me répond qu’il s’agit d’une détection de pattern comme s’il s’agissait d’autre chose.
Il ne s’agit pas d’autre chose : l’assimilation c’est bel et bien du pattern matching sauf que c’est le pattern matching pensé dans son contexte « écologique » qui est l’unité de l’action et de la perception, celle-ci s’affirmant dans le cycle de l’habitude, du schème, de la réaction circulaire ou tout bêtement dans le cycle perception-action comme il est convenu de l’appeler.
La présente approche vise à penser le psychologique en cessant de le morceler ab initio comme la psychologie n’a cessé de le faire depuis les behavioristes. Les cognitivistes ont suivi le même chemin (car c’esst le mieux pour produire du papier) et se sont fait critiquer avec raison mais en vain par Varela par exemple.
C’est toute l’idée du projet de psychologie synthétique que de penser ainsi, sans morceler.
Sous ce rapport l’approche bayésienne est intéressante car elle est vorace. Elle prétend tout avaler, dès lors elle constitue un concurrent direct de mon approche en même temps qu’elle en valide l’idée essentielle : on peut penser la psychologie dans son unité.
J’essaierai de venir discuter de ce courant car il me paraît extrêmement puissant mais encore faut-il que je comprenne un peu mieux de quoi il retourne.
Tu m’as l’air assez bien versé dans le domaine, ça nous promets de belles discussions.
Pour finir, revenons à l’imitation. Tu pointes avec raison (au sens où c’est ce qu’il y a de plus pertinent à faire dans la perspective qui est tienne) le fait que tu vois l’imitation comme conséquence, effet et non pas cause.
Tout mon effort est de montrer le contraire, en faisant notamment apparaître que cette façon de présenter l’imitation comme effet, conséquence épiphénoménale d’une même réalité sur laquelle plusieurs individus s’accordent « en toute rationalité » est une manière de construire (mimétiquement) la réalité qui est biaisée par notre besoin de disposer d’une réalité « objective », donc indépendante de l’observateur, sur laquelle on puisse compter, qui soit contrôlable.
En tant que constructiviste (scientifique et pas sociétal), bien entendu, je ne crois pas à la réalité objective.
Il existe au mieux des consensus intersubjectifs et toute la question est de savoir de quelle manière les observateurs en sont venus à s’accorder sur la même chose ?
Mon hypothèse est qu’il existe une énorme dynamique mimétique sous-jacente et c’est elle qui est précisément niée lorsque partant du consensus phénoménologique nous pensons pouvoir aller (induction, causale) jusqu’à la réalité objective.
Bon, je m’en tiens là, car de toute façon, il faudra y revenir en long et en large dans des articles à suivre.
Dernier point : l’assimilation ne déstructure pas plus que le pattern matching ne se déstructure (encore une fois, c’est la même chose). La différence ne vient pas d’une perte de similitude, elle s’ajoute à celle-ci sans rien lui ôter.
Ainsi, la différence qui crée le style personnel vient juste de la reproduction (imitation) plus systématique et plus stable (à force d’entraînement, cad, de reproduction) de certains traits qui deviennent alors reconnaissables en tant que style. C’est juste une reproduction différentielle au sens darwinien du terme, une adaptation dont le fond est, du début à la fin, la reproduction, donc l’imitation 