CHALOT
HUGO, UNE ICONE DE L’ASSERVISSEMENT DES PEUPLES
Dans sa présentation, Chalot fait de Victor Hugo
(1802-1885) un grand démocrate universaliste qui aurait « mis son immense talent au service
d’une cause progressiste... ». Bien sûr, Chalot prend
le soin de mettre son tablier et ses gants pour ne pas se salir en soulevant
cette icône poussiérereuse, épigone du « siècle
des lumières ». Ainsi, Chalot nous dit qu’il « ne
partage pas tout son positionnement » mais qu’il se reconnaît
« dans ses combats contre
l’intégrisme, contre l’autocratie, pour la liberté des peuples et surtout pour
l’abolition de la pauvreté ». Et Chalot d’aligner l’extrait suivant
de Victor Hugo :
« Je
ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance
en ce monde, mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut
détruire la misère. »
En réalité, si Victor Hugo fut un adversaire de l’empire
en la personne de Louis Bonaparte et participa aux barricades lors des révoltes
ouvrières de juin 1848, avant de s’exiler de lui-même de décembre 1851 jusqu’en
1870, il n’en demeure pas moins que Victor Hugo, grand commis de la bourgeoisie
libérale conservatrice, fut aussi un grand théoricien du racisme et des conquêtes
coloniales, prolongeant admirablement les ténèbres du « siècle des lumières ».
Le prétendu « immense talent au service d’une
cause progressiste » de Victor Hugo, en particulier son prétendu « combat
contre la misère » dont Chalot s’enthousiasme tant, étaient tellement
remarquables que Paul Lafargue, gendre de Karl Marx et grande figure du
communisme, c’est-à-dire du progressisme, dédia à Hugo
cet éloge édifiant :
« En 1848, les conservateurs et les réactionnaires les
plus compromis se prononcèrent pour la république que l’on venait de proclamer
: Victor Hugo n’hésita pas une minute à suivre leur noble exemple. "Je
suis prêt, dit-il, dans sa profession de foi aux électeurs, à dévouer ma vie
pour établir la République
qui multipliera les chemins de fer... décuplera la valeur du sol... dissoudra
l’émeute... fera de l’ordre, la loi des citoyens... grandira la France, conquerra le monde,
sera en un mot le majestueux embrassement du genre humain sous le regard de
Dieu satisfait." Cette république est la bonne, la vraie, la république
des affaires, qui présente « les cotés généreux » de sa devise de 1837.
(…..)
Victor
Hugo a loyalement tenu parole. Il était de ceux qui fermaient les ateliers
nationaux, qui jetaient les ouvriers dans la rue, pour noyer dans le sang les
idées sociales, qui mitraillaient et déportaient les insurgés de juin, qui
votaient les poursuites contre les députés soupçonnés de socialisme, qui
soutenaient le prince Napoléon, qui voulaient un pouvoir fort pour contenir les
masses, terroriser les socialistes, rassurer les bourgeois et protéger la
famille, la religion, la propriété menacées par les communistes, ces barbares
de la civilisation. Avec un courage héroïque, qu’aucune pitié pour les vaincus,
qu’aucun sentiment pour la justice de leur cause n’ébranlèrent, Victor Hugo,
digne fils du Brutus Hugo de 1793, vota avec la majorité, maîtresse de la
force. Ses votes glorieux et ses paroles éloquentes sont bien connus ; ils sont
recueillis dans les annales de la réaction qui accoucha de l’empire ; mais on
ignore la conduite, non moins admirable de son journal, l’Evénement fondé le 30 juillet 1848, avec le concours de
Vacquerie, de Théophile Gautier, et de ses fils ; elle mérite d’être signalée. » (Paul Lafargue : La légende de Victor Hugo – 1885)
Et lorsque Chalot raconte que Victor Hugo « a marché avec son siècle en redonnant aux
lumières toutes leurs places... », comme ces places sont supposées être des trônes de sainteté voire de divinité, il s’agit manifestement de l’ignorance ou alors d’une
fourberie, comme on en a déjà trop coutume de la part des propagandistes de l’obscurantisme , pour faire oublier les harangues racistes dithyrambiques de Victor Hugo en faveur des conquêtes coloniales, par exemple :
« Le moment est venu de donner au vieux monde cet
avertissement : il faut être un nouveau monde. Le moment est venu de faire
remarquer à l’Europe qu’elle a à côté d’elle l’Afrique. Le moment est venu de
dire aux quatre nations d’où sort l’histoire moderne, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, la France, qu’elles sont
toujours là, que leur mission s’est modifiée sans se transformer, qu’elles ont
toujours la même situation responsable et souveraine au bord de la Méditerranée, et que,
si on leur ajoute un cinquième peuple, celui qui a été entrevu par Virgile et
qui s’est montré digne de ce grand regard, l’Angleterre, on a, à peu près, tout
l’effort de l’antique genre humain vers le travail, qui est le progrès, et vers
l’unité, qui est la vie. La
Méditerranée est un lac de civilisation ; ce n’est certes pas
pour rien que la
Méditerranée a sur l’un de ses bords le vieil univers et sur
l’autre l’univers ignoré, c’est-à-dire d’un côté toute la civilisation et de
l’autre toute la barbarie.
Le moment est venu de dire à
ce groupe illustre de nations :
Unissez-vous ! allez au sud.
Est-ce que vous ne voyez pas
le barrage ? Il est là, devant vous, ce bloc de sable et de cendre, ce monceau
inerte et passif qui, depuis six mille ans, fait obstacle à la marche
universelle, ce monstrueux Cham qui arrête Sem par son énormité,- l’Afrique.
Quelle terre que cette
Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie
elle-même a son histoire ; l’Afrique n’a pas d’histoire. Une sorte de légende
vaste et obscure l’enveloppe. Rome l’a touchée, pour la supprimer ; et, quand
elle s’est crue délivrée de l’Afrique, Rome a jeté sur cette morte immense une
de ces épithètes qui ne se traduisent pas : Africa portentosa !
(Applaudissements.) » (Victor
Hugo : Discours sur l’Afrique – 18 mai 1879)
Victor
Hugo, l’un des demi-dieux de Chalot, n’a de progressiste que la grande auréole de
propagande tissée autour de son corps qui dort au Panthéon de la république
bourgeoise, colonialiste, impérialiste et raciste.