Un
titre formidable. Quelqu’un qui parle haut et clair en plus :
c’est à ne pas y croire. Et qui parle de Chevalerie, par dessus le
marché ! Ca existe encore ? Parler dans le désert n’est
pas à la portée de tout le monde, aller au bout de ce désert non
plus. Alors bravo !
Retourner
ce sentiment de perte irrémédiable sans sombrer dans nihilisme
dominant, comment est-ce possible ? Jeter un oeil encore lucide
sur notre histoire et en tirer le constat objectif de notre déchéance
absolue. Accepter la vérité au bout de ce « désert de
souffrance » pour mieux la combattre. Oui. Bravo. Parce qu’il
faut combattre, n’est-ce pas ? Mettre les intellectuels du
mensonge et leur industrie sale au chômage.
Alors,
O.K. Alinéa, chapeau bas, avant le haussement des coeurs ! Je
m’incline et respecte ! Infiniment plus que les haussements
d’épaules !
Combattre,
oui, mais pas n’importe comment. Il y a un foutu inventaire à faire,
bien sûr. Mais l’espoir de guérison matérielle, c’est pour les
morts. Les vivants vrais n’ont pas à penser : si nous ne
retrouvons pas le stade animal de franchise en question, la vérité
vraie est bien qu’il ne reste rien à vivre, à part du mensonge et
du crime en quantité industrielle mondialisée pour mille ans..
Il
faut retrouver, quel qu’en soit le prix à payer, et il est plus
grand que jamais, la vertu animale du non-mensonge. Cette vertu que
la religion, puis la raison commerciale nous a arrachée. Le plus
élémentaire constat est qu’on ne peut, en tant qu’humain, survivre
à cette ablation que sous perfusion intellectuelle narcotique, sans
éviter pour autant la folie d’un l’effondrement anthropologique
central , celui que stimulants et calmants masquent et retardent en
vain depuis trop longtemps.
Aucun
idéal ne nous sauvera plus des conséquences du désastre orchestré.
Aucun
réalisme non plus. Aucune logique, aucune idée, aucun sentiment,
aucune négation, aucune affirmation. Il est beaucoup trop tard sur
la voie que nous avons prise. Celle de considérer la nature
naturelle comme une maladie honteuse.
Je
parle de sauver nos âmes, bien sûr, pas nos carcasses qui iront
dérivantes, d’échouages en réparations, en récupérations, en
reconstructions, comme un bateau ivre, du haut des montagnes russes
d’un océan objectif matériel pour retomber aux gouffres subjectifs
de l’absence d’unité d’être et de vérité commune, consentante et
ardemment souhaitée.
S’il
est trop tard sur cette voie dévoyée, celle d’une culture corrompue
et vendue, dépecée à la hache de barbaries intellectuelles
déchaînées pour en faire le menu slogan de l’antinomisme
automatisé pour mannequin mu et promu à la jalousie et la haine
sociales, dans le massacre industriel des intériorités vivantes et
de ce qui les remplit de vraie vie.
S’il
est trop tard de ce côté là, il est l’heure pour un autre côté,
subtil et vierge au sein même d’un corps violé à mort, mais
d’autant plus sanctuaire supérieur en quelque sorte. La renaissance
n’a rien à voir avec la reconstruction psychologique, qui fait
partie de l’équipement normalisée de survie dans l’abject. La
liberté n’est pas un kit intellectuel de guerre de tranchées
civilisationnelles.
Cet
autre côté est celui du sacrifice du corps comme l’offrande et
suprême même du refus. Celui que chaque animal un jour fait, d’une
façon ou d’une autre, mais consentante et apaisée, au monde, pour
renaître transfiguré ou transformé, selon la profondeur du choc
subi. Dans la plus grande confiance en ce monde qui est secrètement
lui et en lui.
Tant
que nous n’aurons par retrouvé le goût animal d’aimer et respecter,
de sentir et ressentir, prouver et éprouver, celui du silence et de
la ruse sans méchanceté, la naïveté qui donne tout sans réfléchir
à qui a besoin, celui de l’enfance, animale, sensitive et éveillée,
intuitive et intraitable, indomptable et fidèle sans soumission au
présent, instinctive et intrépide, celui de l’intelligence sans
calcul ni raisonnement, qui prend sans prédation.
Cette
innocence imprenable et indéterminable, cette simplicité naturelle
d’être sans y penser, cette éthique de vie aventureuse sans
conscience morale ou sociale mais qui est l’expression de valeurs
supérieures reconnues et souhaitées par le coeur et l’esprit de
toutes les traditions vraies du monde humain et même animal, notre
maître de sagesse contre la folie des maîtres du monde.
Tant
que nous n’aurons pas retrouvé ce Graal dont on nous dit qu’il
n’existe pas, qu’il n’a jamais existé et qu’il n’existera jamais, et
que nous croirons intellectuellement à ce mensonge, nous serons
aussi morts qu’un Roi Fou. Tant que nous aurons perdu, et accepté de
perdre la nature et notre nature-propre, nous serons aussi morts que
cadavre livré à la morgue des regrets. Aussi morts que Dieu.
Tant
que nous n’aurons pas retrouvé la paix de la guerre, nous ne serons
que le mensonge de la vérité. La vérité est le plus haut risque.
Le plus haut risque se décide en soi contre le moi, il ne se voit
pas, il ne se dit pas, il est non contre, mais tout contre la
grandeur, l’honneur, la confiance, un esprit au goût animal, que
l’on a trop longtemps fait passer pour le mal. Assez de mensonges et
la vérité reviendra, comme le Printemps !