La nature humaine est-elle matérielle ?
La nature humaine est-elle réductible à des caractéristique physiques ou psychologiques ou est-elle ce qui, étant au delà du développement de ces deux équipements standard adaptables et perfectibles,
persiste et résiste au temps et à l’espace ? Comme la sagesse antique du stoïcisme ou le taoïsme le disent : cette nature est une façon d’ être qui n’est pas déterminé par l’homme.
Les lois de la nature humaine dépendent de nous sans dépendre de ce qui nous est extérieur, par un équilibre naturel, elle nous permettent d’être des êtres humains autonomes. Elles dépendent de quelque chose qui nous est supérieur tout en étant nous-mêmes, toujours plus nous-mêmes, meilleurs et plus libres. Notre nature est définie par un principe qui nous dépasse et nous unifie au monde.
La nature n’a rien à voir avec la puissance et ne peut être transformée sans danger, à moins de respecter ses propres lois et ses propres équilibres, auquel cas nous ne transformons rien, nous ne faisons que développer positivement cette nature. La puissance ne peut être définie que comme matérielle. La nature est une grandeur qui est liée à nous-mêmes, à laquelle nous participons. Y compris la nature humaine. La nature dépasse la matière : comme non-matière, elle la crée et la transforme en permanence, au physique et au psychologique.
Nous sommes autre chose que de la matière et une mémoire, qui n’a ni matière ni mémoire. Dans ce sens la nature, humaine ou pas, n’a pas d’histoire : elle a des dimensions, des ordres, des cycles, des temps et des espaces. Elle est un éternel recommencement ou retour. Elle est un univers de formes et de forces en harmonie ou en voie d’harmonisation, d’équilibre ou de mesure. Chacune a sa vérité et ne peut être qu’en relation authentique avec une autre. Même la maladie, la souffrance, la mort, la guerre ou la destruction font partie de cet ensemble. Leur sens nous échappe et nous voulons donc changer l’ordre du monde et de la nature par pure volonté de puissance.
Avec quoi prétendons-nous le faire ? En utilisant des lois naturelles. Un philosophe a dit : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » Nous avons ruiné « l’âme » puisque nous ne savons plus ce que c’est, comme l’innocence. Nous ne savons plus croire au monde qui n’est pas nous mais nous croyons savoir ce qu’est le monde et nous-mêmes, que nous croyons être nous-mêmes.
Notre corps est effectivement une grande partie de notre nature incontrôlable : il nous relie au monde et à ses forces-formes, à ses énergies, dont il vaut mieux ne voir et recevoir que le positif, l’équilibre, source de ce qu’on nomme le bonheur et la liberté, dans notre relation aux autres et à nous-mêmes.
Si nous manipulons ces forces-formes c’est à la fois pour nous transformer en clones productifs et en même temps pour asservir notre nature-propre et la nature à nos fantasmes.
L’augmentation de nos capacités matérielles, de notre compétitivité et de notre posthumanité ne peut effectivement que faire disparaître nos différences naturelles, nos qualités propres, par une normalisation de nos caractéristiques, et donc un appauvrissement de la nature humaine et de nos différences personnelles « de nature ». Effectivement, beaucoup de stimulation et d’esprit d’initiative disparaîtrait avec la liberté. Nous deviendrions de machines humaines remplissant leur fonction. Et quelqu’un, à la place de la nature définira la fonction de chacun ou de la masse des gens. Qui ?
« (…) une société basée seulement sur le contrôle, le pouvoir, la puissance et la superficialité. » Oui. « (…) les humains ne vivraient que pour la force et le dépassement de soi-même, mais non pour la compétition (...) ». Oui, sauf que la compétition ce n’est encore et toujours que cet égoïsme du rendement utilisé demain par le posthumanisme : aucune compétition ne nous aide à nous améliorer en tant qu’être humain. Nous ne nous dépassons pas pour nous mais pour quelque chose qui nous dépasse vraiment comme valeur supérieure ( traditionnellement : humanité, dieu, nature, raison, vérité, justice, liberté, amour ect.). Nous sommes en compétition avec nos « égaux », par rapport à qui nous essayons d’être supérieurs pour la simple satisfaction de l’être (égoïsme) et parce que nous y sommes obligés pour vivre (survie). On nous oblige à dominer les autres pour supporter la domination de quelques uns, en nous accordant ce mérite de gladiateur.
On ne peut pas confondre compétition et dépassement. On se dépasse par rapport à sa vie et son sens humaniste, on est en compétition par rapport aux autres dans un monde où l’humanisme disparaît. Les qualités humaines sont remplacées par des valeurs matérielles (argent, gloire, mérite de performance). Si on donne le meilleur de soi ce ne peut pas être pour l’utiliser au pire, à moins de croire que le monde matériel où nous vivons soit le seul possible, et qu’il soit un progrès en soi. Le meilleur de nous-mêmes, comme humains, ne peut être utilisé contre nous-mêmes, ni contre nature. Nous sommes loin de vivre dans le meilleur des mondes. Et le problème est que plus nous essayons de l’améliorer matériellement (par une certaine science), pire il est. C’est un fait.
Effectivement, tout ce qui est naturel comme l’instinct ou le sentiment, la satisfaction profonde, la liberté, disparaît avec le progrès uniquement matériel, posthumain. Oui, plus nous repoussons les limites et plus le goût de vivre s’amenuise, plus nous contrôlons, plus la raison de vivre se perd. Plus nous croyons aux acquis matériels, plus le sens de la vie se réduit, se précarise : la sécurité détruit la liberté, qui nécessite un minimum de risque et d’imprévu. Oui. La dimension, non matérielle, mais culturelle, de la vie globalement nous manque de plus en plus. La vie n’est pas une compétition mais un combat contre le sommeil, l’habitude, la facilité, l’égoïsme, le mal, le malheur, le mensonge, contre soi-même aussi (en tant que compétiteur aveuglé, porteur d’un idéal malsain, d’une image fausse construite par d’autres etc.).
Avant de parler de posthumanisme, il y a un problème de première importance à régler avec l’humanisme traditionnel, qui malgré les apparences, a amené l’erreur posthumaniste qui se prépare. Tant que ce problème ne sera pas réglé, rien ne le sera, puisque rien ne l’a plus jamais été depuis. Je finirai par lui, en te remerciant pour ton article, qui malgré les fautes d’orthographe et de grammaire,
est celui d’un esprit déjà supérieur, dans le bon sens du terme (intelligence et humanité). Merci donc aussi à ton professeur de philo qui te pousse à écrire et argumenter.
Comme tu le vois, en tant « qu’adulte » ayant au moins quarante ans de plus que toi, je prends très au sérieux ce que tu dis, sans chercher la « compétition » du tout. Je suis d’accord avec tout ce que tu dis, sauf sur la compétition, tu as pu le voir. Je suis Européen de culture et j’aime le dialogue, l’accord de l’orchestre, où chacun a sa place, et où aucun humain n’est dieu. Je préfère la participation, la coopération, la liberté, aux dieux achetés et vendus du stade.
L’humanisme pur et dur dit que l’homme est la mesure de toute chose. Que l’homme est le centre des choses, le centre du monde. Que Dieu et les dieux ont été une invention des hommes, et qu’il faut dépasser ces superstitions, que l’homme doit dominer, maîtriser la nature, dont fait partie l’humanité. Que l’homme, face à la nature, a tous les droits, à partir de ce principe, puisque depuis qu’il remplace Dieu, il a des « responsabilités ». « Si Dieu n’existe pas, tout est permis », disait Dostoïevski. Aujourd’hui nous pouvons le voir clairement, peu importe qui on met derrière le mot de Dieu : nature ou surnaturel.
Le fait est que nous avons détruit quelque chose de plus grand que nous, qui n’était pas matériel, une sorte de sagesse éternelle et sans prix, dont dépend toute notre condition humaine équilibrée. Nous n’avons pas ces droits, nous ne pouvons pas les avoir, c’est un fait de nature, comme le vent, l’océan, la forêt, les montagnes, les lacs ou les fleuves (…). Nous avons détruit quelque chose de sacré, qui ne nous appartenait pas, et qui était notre liberté aussi. Les Indiens Peaux-Rouges le savaient bien, qui ne se sont pas privé de le dire en voyant notre folie, avant de mourir sous notre haine et notre cupidité.
Au début,
« Dans nos mythes et nos rites, nous cherchions une coïncidence avec l’image d’un cosmos ordonné. (…) Pourtant la rupture fondamentale cheminait, qui dissociait les humains de la nature et postulait l’idée vaniteuse et insensée que l’univers avait été créé pour l’homme seul. En définissant l’homme comme « maître et possesseur de la nature », en voyant dans les animaux des « machines », Descartes ne fit que théoriser ce qu’avait préparé la séparation d’avec la nature inhérente aux religions du Livre. Il exprimait la logique du nihilisme, anticipant sur l’arrogance technique et la manipulation du vivant. Il annonçait l’univers de la mégapole universelle, édifiée sur la haine de la nature. »
Dominique Venner, Histoire et traditions des Européens, Éditions du Rocher, 2004.
16/05 17:27 - Antoine Diederick
il y a aussi un aspect de la question que vous n’abordez pas dans votre texte : la (...)
16/05 14:25 - Antoine Diederick
et il y aussi dans nos sociétés pragmatiques et socialement mal en point : le fonctionnalisme (...)
16/05 14:19 - Antoine Diederick
l’article me fait poser aussi cette question : le sentimentalisme du bien-être, du (...)
16/05 14:15 - Antoine Diederick
a Parkway assez d’accord, la techno-science qui prône le « bien-être » de la personne (...)
16/05 13:29 - Alinea
La mort fait partie de la vie et lui est nécessaire ! Sans la mort point de vie ! De toutes (...)
16/05 11:46 - daniel paul
La science n’est qu’un marteau amélioré, qui est froide et n’aura jamais le (...)
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