Bonsoir Dedalus,
C’est un article très intéressant et vous n’êtes pas le seul à avoir eu l’idée d’essayer de pondérer par tranche de revenu la « redistribution » d’une réduction d’impôt, qu’on appelle souvent « cadeau fiscal ».
Cela dit, quelque remarques :
D’abord vous oubliez complètement les prélèvements sociaux qui abondent au budget social de la Nation, qui représente en gros le double de celui de l’Etat. En somme, vous ne parlez que d’un tiers du problème.
Ensuite, vous partez du principe que l’avantage en nature que nous retirons tous des services publics est d’une part égal pour tous, ce qui est très discutable, et d’autre part évaluable en argent, ce qui est très discutable aussi. Un exemple : mettons que j’ai un accident grave (mais pas mon voisin). Les pompiers me portent secours et me sauvent la vie. Combien vaut ma vie ? Et combien vaut la vie de mon voisin qui n’a pas eu d’accident ? Nul ne le sait. J’ai profité d’un service public, mais pas lui. Comment calculer le montant de l’avantage en nature que nous retirons respectivement des services publics ? Personne ne sait. En revanche, on est capable de dire combien à coûté l’intervention des pompiers. Par convention comptable, on peut décider que la valeur économique d’une prestation de service public est égale à son coût, mais ce n’est qu’une estimation conventionnelle, sans véritable pertinence économique.
A partir de là, je me demande bien comment vous faites pour décider que vos trois personnages bénéficient tous de la même sommes et surtout, je me demande comment vous faites pour la calculer.
En outre, vous négligez les effets multiplicateurs d’une dépense : si l’Etat me rend 100 euros on peut penser qu’il n’en récupèrera que 20 en TVA (je fais abstraction des taux réduits de TVA). Or, au final, non. Il en récupèrera plus car ma dépense de 100 euros va en engendrer d’autres, parce qu’elle va créer une richesse supplémentaire en participant à une phénomène plus vaste de création monétaire, qu’on a d’ailleurs du mal, là encore, à évaluer.
Enfin, vous partez du principe que la « redistribution » du cadeau fiscal n’est pas progressive, contrairement à l’impôt sur le revenu, mais qu’elle est proportionnelle. Ce point a été soulevé dans d’autres commentaires. En réalité les choses ne se passent pas comme vous les décrivez : une diminution d’impôt ne se présente pas sous la forme d’un chèque du trésor public dont le montant serait calculé par application d’un pourcentage par tête.
Une diminution d’impôt se présente sous la forme d’une modification de la répartition de la pression fiscale, par types de revenus, ou par tranches de revenus.
En d’autres termes, le choix égalitaire ou inégalitaire se fait au moment où l’on décide de modifier la législation fiscale en faisant en sorte qu’un revenu qui était imposé le soit moins, ou plus du tout.
C’est à ce moment là que les idéologies s’affrontent : les uns diront que la diminution de la pression fiscale doit bénéficier à ceux qui payent le plus d’impôts, par une application symétrique du principe de la progressivité.
Les autres diront au contraire que par application de ce même principe de progressivité, la diminution doit d’abord profiter aux moins fortunés, donc à ceux qui payent le moins.
Cela dit, on arrive à une curieuse logique : en France, on estime qu’une augmentation d’impôt doit peser sur les hauts revenus. Lorsqu’on baisse l’impôt des hauts revenus, on estime que l’Etat leur fait un cadeau fiscal (sous la forme d’une moins value budgétaire dont le montant peut être évalué). Du coup, on décide que ce « cadeau » doit générer une contrepartie d’égal montant pour les faibles revenus, afin de ne pas rompre l’égalité des citoyens devant l’impôt.
Ce mode de pensée nous fait faire des raisonnements parfois alambiqué.