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Commentaire de Taïké Eilée

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Taïké Eilée Taïké Eilée 17 février 2007 06:02

Je ne crois évidemment pas que les électeurs vont se décider uniquement en fonction de leur vote au référendum de 2005. Je dis, au contraire, que les principaux motifs du choix relèvent sans doute du conditionnement médiatique et de la séduction, qui ne s’adressent pas prioritairement à notre intelligence. Dans l’idéal, il conviendrait de se déterminer sur des idées. Reste à savoir quelle place cette réflexion peut occuper chez chacun d’entre nous, entre la séduction et le conditionnement. Ensuite, je dis que, parmi les sujets de fond, il y en a des fondamentaux et des secondaires, ces derniers ayant tendance à occuper le devant de la scène. Selon un politologue comme Emmanuel Todd, le problème numéro 1 qui angoisse les Français, c’est la mondialisation libérale et ses conséquences, notamment sur l’emploi. Même si le « Non » de 2005 était très hétéroclite, porteur d’un tas de messages différents, il exprimait tout de même largement un refus d’une Europe trop libérale, pas assez protectrice (mais également pas assez démocratique, avec un TCE obscur, etc.).

S’il échappe à l’influence des médias, qui le poussent dans une certaine direction, vers Ségo ou Sarko, comme ils le poussaient déjà vers le « Oui » en 2005, s’il veut se prononcer en fonction du sujet le plus fondamental du moment, l’électeur rationnel (qui n’est peut-être pas l’électeur lambda...) devra juger les positions des différents candidats sur la question de leur projet européen. Je parle finalement davantage du comportement d’un électeur « idéal », « rationnel », et pas d’un électeur « réel », qui agira vraisemblablement selon d’autres motifs, moins essentiels.

Tous les problèmes abordés dans la campagne sont importants. Mais une poignée d’entre eux comptent davantage que d’autres, conditionnent presque tous les autres. La question posée en 2005 fait partie de cette poignée de problèmes-clés.

Vous dites que la conviction des électeurs d’appartenir à telle ou telle mouvance politique et de croire à telle ou telle vision de la société comptent bien plus pour eux que leur vote au TCE. Mais ce vote au TCE n’était-il pas justement porteur d’une certaine vision de la société ? Vouloir l’Europe des nations ou une Europe fédérale, ça induit des visions de la société assez différentes ; vouloir un protectionnisme européen ou non, également.

Et puis, le vrai clivage politique actuel réside-t-il encore dans l’opposition gauche/droite ? PS/UMP ? ou précisément dans la réponse que l’on a donnée en 2005 ? Oui/Non ? même s’il existe, bien sûr, des divisions entre les partisans du « oui » et ceux du « non ». Extrême-gauche et droite nationaliste ne sont certainement pas prêtes à se rejoindre (trop d’idéologie les sépare), mais on peut néanmoins imaginer une convergence entre les deux, un refus du libéralisme mondialisé qui passerait par un retour à la nation protectrice...

Sans le poids des anciens clivages, Chevènement et Fabius n’auraient jamais rallié Royal... ils auraient, pourquoi pas, rejoint Dupont-Aignan, qui, lui, a finalement lâché Sarkozy...


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