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Le malentendu qui existe entre nous trouve son origine et son explication dans l’irruption récente dans le domaine de la recherche historique d’une archéologie dite scientifique que l’archéologue Israël Finkelstein qualifie de révolutionnaire. C’est ainsi qu’à partir de vestiges, dits israëlites, retrouvés sur les montagnes de Judée, il réécrit l’histoire d’Israël jusqu’à remettre en question tous les textes de Pentateuque et au-delà. Cette nouvelle méthode donne en effet au vestige archéologique un rôle de juge de paix et de point de départ à toute réflexion, alors que la méthode traditionnelle avait plutôt comme principe de partir des textes.
Le but de toute méthode de recherche étant de rechercher la preuve, ou tout au moins de s’en approcher au plus près, la démarche classique consistait à rechercher des indices et en les confrontant les uns avec les autres, à arriver à une probabilité puis à une certitude. C’est la méthode du recoupement du renseignement bien connu des militaires. Les trois descriptions du terrain, telles que je les ai expliquées, de César, de Polyen et de Sidoïne Apollinaire s’inscrivent dans cette logique. La découverte d’objets archéologiques datables peut être, en effet, un indice supplémentaire mais non nécessaire.
L’archéologie dite scientifique, que cela soit en Israël ou en Gaule, a commis une monumentale erreur en voulant écrire l’histoire en corrigeant les textes alors qu’il aurait fallu essayer de mieux les comprendre. Les écrits de César ont été critiqués dès son époque. On lui a reproché certes d’avoir fait preuve d’inexactitudes pour se mettre en valeur mais pour le reste, tout le monde s’est accordé jusqu’à un passé récent pour reconnaître ses grandes qualités d’écrivain, sa précision et son souci du détail.
Pour en revenir maintenant au témoin archéologique. Premièrement, je n’ai pas dit qu’il n’y avait pas au Crest des vestiges, murailles et autres, datant du Moyen-âge. Je dis seulement ceci. En appliquant le texte de César sur le terrain du Crest, je localise l’endroit où aurait dû se trouver la porte de l’oppidum que les Romains ont essayé d’enfoncer et je trouve à cet endroit un porche d’entrée. Je détermine le tracé de l’oppidum tel que je peux le placer sur le terrain du Crest d’après le texte de César et je trouve une enceinte fortifiée dont il reste une tour. Compte tenu de l’ancienneté de Gergovie et de son statut de capitale, compte tenu par ailleurs que les tours résistent mieux au temps que les murailles, je dis dans un commentaire que cette date peut être du Vème siècle avant J.C.
Comment peut-on dater l’âge d’une muraille ? Par examen du ciment à la chaux, j’en doute, mais il faut le faire. Par référence à d’autres sites ? Oui, si vous choisissez le site de Mont-Saint-Vincent. Non si vous choisissez le site du mont Beuvray et ses maisons dites gauloises construites sans mortier. Par examen des bois de charpente ? Oui, il faut le faire, mais il faut savoir que les charpentes, ça se répare et ça se remplace plus souvent que les murs.
Trouver des objets ? Oui, si on veut bien les chercher. C’est ce que j’ai proposé à la DRAC d’Auvergne. Et pour commencer : repérer l’emplacement d’une conduite en plomb que j’ai localisée sur le terrain en suivant la description que donne Sidoïne Apollinaire. Pas de réponse, je n’ai pas insisté et pourtant il y avait beaucoup d’autres sondages qu’on aurait pu faire.
Trouver des objets ? Oui, si on ne se moque pas des gens qui trouvent ou qui croient trouver quelque chose (voyez un article « l’homme du Crest » dans lequel le journal « la Montagne » se foutait de la gueule des habitants qui avaient découvert un squelette qu’ils croyaient ancien). J’habite moi-même sur un site historique. Les gens ne disent pas ce qu’ils trouvent. En fait, ce n’est qu’en discutant que l’on apprend qu’untel a trouvé une monnaie, un autre de vieilles armes, un autre une poterie, un autre une galerie pouvant être un aqueduc. Et puis, même si vous le signalez, à partir du moment où cela ne rentre pas dans le schéma, on s’en fout.
Hier, on s’émouvait, on débattait quand Schlieman cherchait la ville de Troie. Aujourd’hui, on s’en fout.
On s’en fout. C’est le mot qui convient.