Dans le même ordre d’idée, voici un extrait de mon dernier
ouvrage Nouvelle Civilisation 2012* publié en 2008 :
À cause de
l’erreur philosophique fondamentale du matérialisme métaphysique que toute
notre culture a commise. On a pris, la décision métaphysique qui s’est
maintenue depuis le 17e siècle jusqu’à nos jours, d’exclure
l’esprit de l’ordre naturel et de traiter tous les problèmes comme étant
physiques. La philosophie du 20e siècle a
signé sa propre condamnation à mort en arrivant, de diverses manières, à la
conclusion que la philosophie était finie, que l’exploration de la réalité
n’avait pas de sens, si ce n’était en la mesurant par l’extension des sens que
sont les instruments scientifiques. On a oublié que la décision de considérer
la réalité comme matérielle a été une décision prise collectivement et non une
découverte objective. Tout ceci nous a conduit au dogmatisme actuel, le matérialisme
scientifique.
Petite digression quantique.
La
dernière invention des physiciens c’est la théorie des supercordes. Selon cette
théorie, les particules élémentaires de la matière résultent de la vibration de
minuscule « bouts de ficelle » dont la taille est égale à la longueur
de Planck. Ce délire de physiciens est né suite au « problème » du mur
de Planck et a pour but d’unifier les deux théories du monde phénoménal que
sont la mécanique quantique et la relativité. Depuis qu’Edwin Hubble a observé,
en 1929, que le spectre d’émission des galaxies était d’autant plus décalé vers
le rouge que celles-ci étaient éloignées de nous, on a imaginé que l’univers
est né d’une immense explosion d’un point infiniment petit. C’est la théorie du
big bang. En 1951, le Pape a même donné sa bénédiction au big bang en le
comparent au fiat lux de la
Bible. Le problème des astrophysiciens c’est qu’ils ne s’expliquent pas ce qui
c’est passé avant 0,000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 1
secondes après l’explosion primordiale, alors que l’univers était des milliards
de fois plus petit qu’une particules de talc, la longueur de Planck étant de
0,0... 29 zéros 001 cm ! On est dans la « mousse quantique »,
selon leur propre vocabulaire ! Je crois que les physiciens se sont fait piéger
par le langage mathématique et qu’ils en profitent pour asseoir leur pouvoir de
sorcier moderne. Le monde phénoménal, l’univers, n’est pas « né » au
sens où il serait passé de l’inexistence à l’existence. Il existe seulement
selon notre vérité relative, mais est dépourvu de réalité ultime. La vérité
relative, ou conventionnelle, correspond à notre expérience empirique du monde,
à la façon ordinaire dont nous l’appréhendons, c’est-à-dire en attribuant aux
choses une réalité objective. En ultime analyse, les phénomènes sont dénués
d’existence intrinsèque. C’est la vérité absolue. Dans ce cas, le problème de
la Création est un faux problème. La Création devient un problème lorsqu’on
réifie les phénomènes. Cette position n’exclut cependant pas le déploiement du
monde des phénomènes. Il est évident que les phénomènes ne sont pas non
existants. Ils existent de façon interdépendante et non pas comme une "
collection d’objets " autonomes existant par eux-mêmes. Le monde existe à
la manière d’un rêve, d’un mirage, il est à la fois apparent et dépourvu
d’existence propre. Les phénomènes tirent leur nature d’une mutuelle dépendance
et ne sont rien en eux-mêmes. Leur évolution n’est ni arbitraire ni déterminée
par un principe créateur, elle suit les lois de cause à effet au sein d’une
interdépendance globale, d’une causalité réciproque. Le problème de l’origine
de l’univers repose donc sur la croyance en la réalité des phénomènes et de
l’existence réelle du temps et de l’espace. Il est absurde de vouloir
absolument que l’univers « existe » concrètement avec des
« particules élémentaires ». En clair on vit dans un champs "de
force« , »d’énergie", une sorte de rêve collectif dont le
conditionnement mutuel fait que l’on croit très fort à "l’existence
concrète" du monde phénoménal qui est là devant nous. Du point de vue de
la réalité absolue, il n’y a ni création, ni durée, ni cessation. Ce paradoxe
montre bien le caractère illusoire des phénomènes. Le point de vue extrême du
réalisme matérialiste est erroné, tout comme l’est le nihilisme qui considère
que rien n’existe. Le matérialisme est un point de vue réificateur qui postule
l’existence d’une matière immuable et de constituants solides de cette matière.
Si on s’interroge sur l’existence d’une réalité objective, on ne peut pas dire
qu’il n’y a rien ni qu’il y a quelque chose. La science parle d’un univers
comme un objet. L’univers n’est pas indépendant de la conscience, mais il n’est
pas non plus qu’une projection de la conscience (idéalisme). En fait, le sujet
et l’objet, la conscience et les phénomènes se façonnent mutuellement. Ceci,
vous l’avez compris, est la vision du monde par un ingénieur en physique qui
est bouddhiste depuis 25 ans !
Les modèles inventés pour expliquer les phénomènes physiques,
chimiques, biologiques et autres ne sont justement que des « modèles ».
L’arsenal mathématique et donc conceptuel qui sous tend ces modèles ne représente,
en aucun cas, une vérité ultime. En clair, la vérité scientifique n’existe pas.
Le modèle matérialiste scientifique est utile pour expliquer certains phénomènes
et pratique pour construire des machines, mais il ne faut surtout pas en rester
prisonnier. La technoscience s’est instaurée comme la religion, la croyance
dominante en Occident et c’est sans fondement eschatologique.
Au nom de cet intégrisme on se permet, entre autre, de manipuler
le vivant. En fait, aussi longtemps que nos démocraties seront aux ordres des
pouvoirs financiers et de leurs gourous les techno-sorciers économistes,
physiciens ou biologistes ; aussi longtemps que la croissance et le profit de
quelques privilégiés passeront avant le respect de la nature, des êtres vivants
en général et des milliards d’être humains en particulier ; aussi longtemps que
nous accepterons de travailler, de con-sommer et de vivre sans nous remettre en
question ; aussi longtemps que nous aurons peur d’avoir peur du changement ; le
matérialisme néo-libéral continuera inexorablement sa destruction des cultures,
des peuples, des forêts tropicales, de la couche d’ozone... et de notre propre
humanité intérieure. Nous deviendrons alors les rouages parfaitement efficaces,
productifs et rentables du nouvel ordre mondial néo-libéral.
* http://www.ericoprod.fr/civilisation.html
(pdf du livre)
http://www.amazon.fr/Nouvelle-Civilisation-2012-Jutier-M/dp/235019051X