@ l’auteur,
Vous faites une bonne synthèse des évènements en Syrie et je
suis presque totalement d’accord avec vous notamment quand vous évoquez le rôle
de la Syrie dans le passage des gazoducs et la fracture religieuse au
Moyen-Orient.
Je me contenterai de marquer mes points de désaccord.
« Alors que les
premières manifestations étaient pacifistes et légitimes (manque de démocratie,
hégémonie du clan Al-Assad et de la communauté Alaouite ...) »
Il y avait, dès les premières manifestations, deux groupes
distincts d’opposants.
Il y avait des opposants pacifiques, réclamants plus de libertés
civiles et qui étaient peu nombreux (quelques dizaines) lors de la première
manifestation à la mi-mars 2011. Ils s‘étaient
réunis à l’appel de réseaux sociaux. Ils
ont été dispersés et certains arrêtés par la police. Leurs revendications ont été rencontrées par
Bachar al Assad à la mi-avril. Il a levé
l’état d’urgence, a aboli la Cour de sureté de l’État, a autorisé les
manifestations pacifiques et a instauré un régime multipartis. Il faut aussi préciser que le clan alaouite
est soutenu par la bourgeoisie sunnite qui tient l’économie du pays.
Il y a eu des manifestations dans les jours suivants dans
des villes de province et notamment à Deraa dont les revendications n’étaient
en rien démocratiques. Ces appels à
manifester étaient lancés à partir des minarets par des Imams salafistes envoyés d’Arabie
saoudite. Il s’agissait d’autres
opposants qui réclamaient une Constitution islamique. Ces « manifestations » étaient
violentes et il y eut de morts de part et d’autre. (50 policiers tués dans les premières semaines
et incendies de bâtiments officiels.)
On ne peut pas passer sous silence les manifestations pro
Bachar al Assad qui ont réuni des millions de syriens dans les jours
suivants. Ce n’est pas parce qu’elles
ont été occultées par nos médias de masse qu’elles n’ont pas existé.
« 20000 morts à
Hama en 1982 » Un rappel :
il ne s’agissait pas de réprimer une manifestation pacifique. Les Frères musulmans avaient égorgé 40
élèves-officiers à l’école militaire de Hama (ils en avaient tués des centaines
d’autres précédemment dont 300 à Alep en 1979) et ils avaient tué plus de 300
habitants de Hama pour sympathie avec le régime avant l’intervention des forces
armées syriennes. 20000 morts est un
nombre qu’on répète à l’envi et qui est une estimation de l’opposition. Un rapport de la Defense
Intelligence Agency (département de
la Défense des États-Unis) déclassifié en 2012 estime le nombre total de rebelles tués à environ 2000.
« Enfin, il y a
pour les occidentaux le risque d’une démocratie qui ne les arrange pas ». Il y a aussi pour les pays voisins le risque
d’une démocratie laïque qui ne les arrange pas.