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Commentaire de Fred59

sur Seuls des hommes nouveaux pourront générer le sursaut nécessaire


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Fred59 27 janvier 2014 17:49

Bonjour, et tout d’abord un mot de remerciement à l’auteur qui développe souvent une pensée intéressante, en particulier dans son ouvrage ’les mers de l’incertitude’, sur les capacités de décision en système complexe, un ouvrage que j’ai particulièrement apprécié.

Cependant la pensée développée ici n’est pas au niveau pour les raisons suivantes :

1/ Des phénomènes sociologiques au niveau mondial sont analysés comme s’il s’agissait de tempête météorologiques alors qu’ils résultent de la responsabilité d’une poignée d’hommes (je citerai Sir Leon Brittan pour la partie européenne, M. Fukuyama ou Huntington pour la partie U.S., à titre d’exemple). C’est bien pratique : cela permet de sortir du champ démocratique la politique la plus fondamentale. Mais ce n’est pas honnête. Voir comment on a ’constitutionnalisé’ les délocalisations.

2/L’auteur en dégage un certain nombre de défis. Il ne précise pas si c’est son avis personnel ou si c’est une conclusion commune faite par les chefs d’Etat de par le monde, ou bien par la Commission Européenne.
Je renvoie ici à la lecture du plan europe2020, que doit signer par exemple tout syndicat pour appartenir à la Confédération Européenne des syndicats, préalable au fait d’être reconnu comme syndicat représentatif.
Les défis identifiés par l’auteur n’y apparaissent qu’en filigrane. Une vague excuse morale permettant de justifier la seule recherche de la productivité et de la croissance.

3/ « Développer une politique de solidarité pour que ce ne soit pas les plus faibles qui pâtissent des changements en cours »
Il semblerait que l’objectif poursuivi par l’ensemble des politiques mises en oeuvre soit précisément l’accroissement des inégalités. Je ne pense pas que l’auteur soit en accord avec la pensée de M. Cameron et de Mme Merkel. Il est vrai qu’en France, nous convenons de cela assez largement. Mais ce n’est pas la préoccupation première de nos amis et voisins, ou en tout cas ce n’est pas celle de leurs dirigeants.
Et la commission européenne dans tout ça ? Eh bien il faut lire les GOPE et les recommandations faites à la France, et comprendre le poids qu’elles ont. En conclusion, le souhait de l’auteur, je peux le partager, mais cela n’est aujourd’hui qu’un rêve.

L’auteur semble au bord de la conscience que notre continent se rigidifie à vue d’oeil alors que le reste du monde va vers une souplesse croissante, et il ne voit pas d’où ça vient. Or c’est cette rigidification qui permet de taxer requalifier les besoins les plus basiques des populations en ’égoïsmes nationaux’ (vaste fourre-tout idéologique).

Ne pas voir ce cadre contraignant sert bien évidemment le propos de l’auteur, qui appelle de ses voeux un homme providentiel sans remise en cause de ce cadre.

En Italie, ils ont essayé. On a nommé un dictateur (le terme est précis, il correspond aux fonctions d’expert mandaté pour gouverné, dans la Grèce antique). C’était Mario Monti. Aux élections suivantes, l’homme et son système étaient désavoués massivement.

Les solutions proposées, elles aussi, font mine d’ignorer toute réalité de fond.
2 solutions proposées, deux questions majeures :

- L’auteur propose de s’attaquer au millefeuille administratif : il ne précise pas s’il désire supprimer tous ces nouveaux lieux de décision sans suffrage direct (régions, intercommunalités, commission européenne) ou bien s’il désire s’attaquer aux villes, parlements nationaux, aux départements ancrés dans une réalité historique... Quelle est votre analyse ?

- "Nous devons réapprendre à élaborer des solutions plus spartiates et plus économiques, car nous n’avons plus les moyens de dépenser inutilement"
=> Aucun intérêt, lorsque le moindre milliard d’économie que nous pourrions faire est aussitôt avalé par une augmentation des taux d’intérêts. Il suffit d’une simple menace de dégradation de la note souveraine, téléguidée par nos partenaires et concurrents ! Pire, de par le passé, la obéissance à ces demandes de tribut a été considérée par les agences de rating comme un aveu de faiblesse.
La question de l’indépendance monétaire est centrale.

Pour conclure, je dirais que naviguer sur une mer de plus en plus incertaine n’empêche pas de devoir connaitre les fonds marins lorsqu’on veut traverser des zones jonchées d’écueils. L’auteur ne doit plus ignorer ces écueils s’il veut développer sur le terrain politique sa pensée, si pertinente quand elle analyse la direction d’entreprises.


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