La remarque de Ralph n’est pas simplement jolie : on peut la rapprocher de
la pensée d’un Aristote et Sain Thomas d’Aquin concernant l’idée de finalité
dans la Nature.
(Ici, j’écris de mémoire donc l’on me pardonnera les raccourcis et
approximations) Le premier (Aristote) lorsque considérant les objections
concernant sa proposition que la Nature agirait en vue d’une fin : se réfère à la
pluie, qui si elle tombe (existe) ne serait-ce que pour une seule chose : ce
serait pour faire croître les récoltes. Pour autant on pourra répondre que la
pluie tombera autant sur des grappes de vigne en croissance que d’autres se desséchant :
faisant mûrir les unes et pourrir les autres. St Thomas répond que cette
objection est erronée puisqu’elle se fonde sur une comparaison entre une cause
universelle et un effet particulier. Le cycle de la pluie ne renvoie pas à telle
ou telle type de récolte, mais à génération et corruption (altération) en tant
que telles : le but paraissant alors être la perpétuation de l’existence/Nature.
En associant récoltes* et pluie, on se retrouve bloqué : coincé entre le
fait de savoir que la pluie est essentielle à la croissance des récoltes tout
en sachant dans le même temps qu’il n’existe pas de relations directes entre phénomène
pluie et telle ou telle récolte particulière. En adoptant une perspective
universelle du cycle hydrologique : n’importe quelle récolte, voir même
l’ensemble des récoltes n’apparaissent que par chance (aléatoire) : la pluie
continuera de tomber : récoltes ou pas, que le résultat soit croissance ou
pourrissement.
* récoltes peut être remplacé par végétaux
Maintenant concernant la pastèque, la fleur, etc…la position dominante dans
le paradigme naturaliste est la suivante : il n’existe aucun dessein ni dessin dans
la nature : toutes les caractéristiques exhibant quelque forme de finalité, de
propos ou fonction sont observateur-dépendantes : et les seuls observateurs
connus sont eux-mêmes des rejetons de cette mécanique évolutive : seules
agissent les forces naturelles : aveugles, brutes et sans aucun propos. Il
n’existe aucun propos/finalité intrinsèque que ce soit en matière d’origine ou
de survie des entités biologiques.
Si vous adoptez l’idée de finalisme (stratégie X propre à une entité Y) :
vous devez alors considérer qu’il relève de l’intrinsèque : étant propre à la
pastèque ou à la fleur sus-citée : c’est là une position marginale voir
hérétique dans la famille naturaliste.
Ce n’est que pour l’observateur que vous êtes que la pastèque exploserait
pour disséminer ses graines, la fleur se ferait belle pour attirer les
insectes, etc… d’un point de vue naturaliste orthodoxe : la pastèque explose
parce qu’elle explose, la fleur a des couleurs parce qu’elle a des couleurs, tout
comme la pluie tombe parce qu’elle tombe…Il n’y aucune « explication »
à cela (autre que la description physique des mécanismes liés) : les fonctions
ou « comportements » ne sont pas intrinsèques aux phénomènes physiques
mais assignés par des observateurs conscients.
Même en introduisant ce concept votre de « finalisme » sans
l’associer à intelligence : vous êtes en infraction avec le modèle naturaliste
(et particulièrement le modèle matérialiste) : puisque dans vos exemples : si
vous pouvez vous passer d’intelligence, vous supposez néanmoins « intention » ergo un propos, une
direction, un but, etc… (stratégie avec
finalité objective) à des objets physiques/configurations matérielles : ce qui
est rigoureusement exclu du matérialisme et naturalisme orthodoxe : les objets/phénomènes
physiques n’ont ni intention, propos, but, etc… seuls lois physiques et
« hasard » opèrent : le mécanisme de l’explosion pastèquaire n’est donc
que cela : un mécanisme étant apparu au hasard au cours de l’évolution de la
lignée génétique « pastèque » : il n’est pas utile en soi, ni n’est un
atout : il est apparu, il aurait pu ne pas apparaître : il a survécu parce que les pastèques explosives ont survécu…
Quant à votre conclusion :
C’est le début d’une finalité au sein de
l’univers.
Il n’y a aucune raison de dissocier l’univers des parties qui le
formeraient : si le vivant est finaliste, qu’il l’est par essence : alors
l’univers l’est (potentiellement) aussi par conséquence : le vivant n’existe
pas en dehors de l’univers : le vivant est composé des mêmes atomes que le
reste des objets physiques peuplant l’univers : en quoi les atomes composant une
entité vivante se distingueraient-ils des autres objets physiques ? en quoi les
mécanismes du vivant se distingueraient-ils des autres mécanismes physiques ?
Et donc, en employant « par essence » : vous introduisez une
distinction essentielle entre vivant
et inerte : ce n’est pas un hasard si de telles positions sont rejetées EN BLOC
par les paradigmes naturalisme/matérialisme (j’ai récemment lu un article niant l’existence même du vivant autrement que sous la forme d’un concept produit par l’illusion de conscience générée par les aléas stochastiques des variations de potentiel dans les réseaux neuronaux : un chef d’oeuvre de pensée matérialiste/scientiste) :
votre « finalisme » est donc une sorte de Cheval de Troie : puisque pour le justifier, vous devez recourir à
un concept (lequel d’ailleurs ? La Vie ?)
ne relevant pas des lois physiques mais de la métaphysique…
A titre de précision, ici je ne me suis fait que l’avocat du Diable…n’étant
pas matérialiste.