Bonjour
Hervé,
Je ne vais
pas pouvoir entrer correctement dans les détails, surtout que je n’ai pas
encore lu le texte auquel tu renvoies en introduction de ton analyse (ce que je
ne saurais tarder à faire).
Le problème
que tu évoques ici m’était apparu en débattant sur le thème de notre
constitution au sein d’une association citoyenne. Je n’ai pas creusé les choses
comme tu as pu le faire ici, mais j’avais bien noté l’absence de devoirs dans
notre DDHC de 1789 à tel point que je m’étais promis d’effectuer un travail de
recherche pour comprendre d’où venait cet oubli dans l’élaboration de nos
textes de loi.
Par manque
de temps, je n’ai pas pu approfondir, mais j’ai tout de même trouvé que parmi
toutes les constitutions (il y en a eu 15 au total depuis française)
il avait bel et bien existé une Déclaration
des Droits et des Devoirs de l’Homme et des Citoyens reproduit ci-dessous à
titre purement informationnel (j’élude ici la partie droits de cette
charte que je t’invite à lire en entier sur le lien indiqué - tu vas adorer la perversion des mots tel que depuis dévoyé) :
DEVOIRS
Article 1. - des droits contient les obligations des
législateurs : le maintien de la société demande que ceux qui la composent
connaissent et remplissent également leurs devoirs.
Article 2. - Tous les devoirs de l’homme et du citoyen dérivent de ces
deux principes, gravés par la nature dans tous les cœurs : - Ne faites pas
à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît. - Faites constamment aux
autres le bien que vous voudriez en recevoir.
Article 3. - Les obligations de chacun envers la société consistent à
la défendre, à la servir, à vivre soumis aux lois, et à respecter ceux qui en
sont les organes.
Article 4. - Nul n’est bon citoyen, s’il n’est bon fils, bon père, bon
frère, bon ami, bon époux.
Article 5. - Nul n’est homme de bien, s’il n’est franchement et
religieusement observateur des lois.
Article 6. - Celui qui viole ouvertement les lois se déclare en état
de guerre avec la société.
Article 7. - Celui qui, sans enfreindre ouvertement les lois, les
élude par ruse ou par adresse, blesse les intérêts de tous : il se rend
indigne de leur bienveillance et de leur estime.
Article 8. - C’est sur le maintien des propriétés que reposent la
culture des terres, toutes les productions, tout moyen de travail, et tout
l’ordre social.
Article
9. - Tout citoyen
doit ses services à la patrie et au maintien de la liberté, de l’égalité et de
la propriété, toutes les fois que la loi l’appelle à les défendre.
À l’analyse,
il ressort que droits et devoirs sont indissociables, et l’absence de l’un
implique nécessairement la tyrannie de l’autre. Je ne peux ici reproduire en
entier l’analyse que j’avais alors proposée, mais de manière schématique,
droits du peuple et droits des gouvernants s’opposent, tout comme si opposeraient
devoirs du peuple et devoirs des gouvernants (sauf que cette configuration nous
est inconnue).
En
supprimant les devoirs, cela mène nécessairement à des conflits qui ne pourront
que s’exacerber entre le peuple et ses dirigeants.
Et comme tu
le décris très bien, c’est bien l’absence des devoirs des élus envers le peuple
qui amène la suppression de cette responsabilité.
C’est ce
processus de déresponsabilisation qui est au cœur de la perversion narcissique
que j’exprime dans mes articles, mais que je n’ai pas encore présentée. Du
point de vue intrapsychique (qui permet de justifier cette déresponsabilisation
au niveau du socius et donc de la société), cela s’exprime par le déni, le
clivage, la projection et la paradoxalité. Autant de concepts psychanalytiques
spécifiques qu’il me faudra préciser bientôt dans un futur article (ce qui est
en projet depuis mon tout premier article sur le sujet paru sur ce site, mais
il me reste encore d’autres aspects de cette problématique à préciser).
Je
reviendrais cependant sur la notion de responsabilité que tu définis en
introduction comme étant « la
capacité à répondre de ses droits et devoirs envers autrui ». Cette
définition me semble incomplète ou incorrecte. Je n’arrive pas encore à trop
savoir comment la symboliser, mais selon moi, notre responsabilité est double :
elle s’exprime d’une part 1) envers autrui et d’autre part 2) envers nous-mêmes (je
tente une schématisation en même temps que je l’écris) :
1) Nous avons le devoir de respecter les droits d’autrui
dans les actions que nous menons => c’est la responsabilité envers autrui qui
est celle de répondre de nos actes ;
2) mais il est également de notre devoir de défendre
nos droits lorsque ceux-ci sont bafoués par autrui => c’est la
responsabilité envers soi-même qui est celle de se défendre du fait qu’autrui
bafoue nos droits.
De cette double responsabilité, intérieure et extérieure,
découle le principe de réciprocité dans un système quaternaire (droits et
devoirs personnels Vs droits et devoirs d’autrui) et non plus duel (moi Vs
autrui). Sans la réciprocité, il ne peut y avoir d’égalité, étant entendu ici
qu’il s’agit d’une égalité en droit et en dignité et non pas une égalité de
partage ou de condition qui nierait le principe de mérite ou de reconnaissance
(terme qui a ma préférence) que tu présentes fort bien également.
J’avais représenté tout cela sous forme de schéma,
mais il m’est impossible de pouvoir les coller dans un commentaire. Cette schématisation
avait l’avantage de minimiser l’explication orale et ton article me fait penser
qu’il serait peut-être utile de trouver le moyen de mettre en ligne un tel
schéma (cinq en tout au total pour chacune des formes de gouvernements identifiées
par PLATON dans ).
J’ai toutefois bien conscience que cette seconde
responsabilité (envers soi-même) est méconnue, non majoritaire et quasi
abandonnée. C’est d’ailleurs selon moi ce qui fait que nos exploiteurs en
profitent un maximum à l’heure actuelle.
Je te l’ai fait en version courte sachant que tu
sauras y faire. Je me suis commenté de préciser le seul point sur lequel je
suis en désaccord étant entendu que je plussoie tout le reste de ton analyse
que je trouve particulièrement aboutie.
Je trouve même dommage le désintérêt sur un tel
sujet (avant mon vote il y a quelques jours, il était à 50/50 pour 6 votes, et
c’est la seconde fois que je lis ton article pour être bien sûr d’avoir compris
le fond de ta pensée et je n’ai pas encore eu le temps de lire la première
partie). Néanmoins, peut-être est-ce dû à la complexité des notions que tu
développes, brillamment certes, mais de façon complexe ce qui risque d’indisposer
de nombreux lecteurs (tu me diras, je fais la même chose sur un autre plan… ce
n’est donc pas une critique, seulement un constat qui explique la difficulté que
certains ont peut-être à appréhender correctement le sujet que tu souhaites ici
mettre en avant).
Bonne
journée à plus, je dois m’absenter.
P. S. :
Cela n’a que peu à voir avec le sujet, mais je me suis souvenu d’un de tes billets (dont
j’ai oublié le titre) sur le changement de paradigme nécessaire à l’évolution
de notre société actuelle et j’ai pensé que cet article pourrait peut-être t’intéressait :
OVNIS
l’émergence d’un nouveau paradigme par Philippe SOLAL, agrégé de
philosophie.