Bonjour
Hervé,
Je viens de
lire la première partie de ton exposé sur la responsabilité qui répond
effectivement aux questions qui m’interpellaient sur les définitions dont tu
fais usage.
Je dois dire
que ta réflexion est très fine et je comprends que ce que j’appelle le devoir
envers soi-même, de ton côté tu le nommes droit.
Peut-être
serait-il plus juste d’appliquer les définitions que tu donnes de la
responsabilité, des droits et des devoirs pour y voir plus clair dans cette
importante notion qui est bien pour moi au cœur de tous nos problèmes de société puisque
nos gouvernants actuels ne se sentent aucunement tenu d’assumer leurs
obligations envers le peuple qu’ils sont censés représenter.
Oui, mais voilà,
la réalité est tout autre et elle est surtout infiniment plus complexe.
Je te fais
part des quelques points que je relève qui me font dire que ta définition de la
responsabilité est incomplète dans le sens où il existe bien selon moi une double
responsabilité telle que je la définis dans mon précédent message.
Tout d’abord,
sur l’étymologie des définitions que tu donnes de responsabilité (du latin respondeo, infinitif respondere), droit (du latin directus, ayant pour – et c’est
particulièrement important – nominatif, vocatif et accusatif : directum) et devoir (du latin debeo, infinitif debere), je te mets en lien les significations exactes telles que
rapportées par le dictionnaire GAFFIOT. Comme tu pourras le constater par toi-même, il
existe bien pour chacun de ces trois signifiants un sens réflexif que tu éludes dans ton développement.
Par exemple,
nous avons le devoir de répondre de nos actes envers autrui ainsi que celui d’avoir
une réponse juste aux actes posés par autrui. Idem pour les droits et la responsabilité
comme l’indiquent les divers exemples donnés dans ce dictionnaire pour chacun
de ces trois termes.
Ce double
sens envers soi-même et envers autrui complique considérablement les choses,
car certains ne verront que le premier et d’autres uniquement le second. Ce qui
crée les tensions et les désaccords que l’on peut observer dans toutes
situations de conflits. Cela est en partie dû à la plurivocité et la réflexivité
des mots employés qui bien souvent n’est pas prise en compte dans nos échanges
chacun s’arcboutant sur ses positions respectives.
Je te donne
un autre exemple avec une citation que j’aime bien pour illustrer cela d’un
point de vue communicationnel.
Tentative
(Bernard WERBER, Encyclopédie du savoir relatif et absolu).
Entre
Ce que je pense
Ce que je veux dire
Ce que je crois dire
Ce que je dis
Ce que vous avez envie d’entendre
Ce que vous croyez entendre
Ce que vous entendez
Ce que vous avez envie de comprendre
Ce que vous croyez comprendre
Ce que vous comprenez
Il y a dix possibilités qu’on ait des difficultés à communiquer.
Mais essayons quand même...
Comme tu
peux le constater d’après cette citation, il y a dans toute communication quatre
actions dont l’émetteur est responsable envers autrui (il est de son devoir de s’exprimer
au mieux de ses possibilités pour transmettre ses pensées) et six autres dont le
récepteur est responsable non pas envers l’émetteur, mais simplement envers
lui-même (il est du devoir d’un auditeur de bien entendre et comprendre le
message transmis). Ce dernier est responsable envers lui-même, car si pour x
raisons qui sont bien souvent inconscientes, il ne souhaite nullement prendre
en charge sa part de responsabilité dans la communication (envie d’entendre,
croire entendre, entendre, envie de comprendre, croire comprendre, comprendre),
l’émetteur ne peut en aucun cas le contraindre à remplir ce devoir-là. N’accomplissant
pas ce devoir, il ne pourra alors pas assumer celui de se sentir responsable de
ses propres actes envers son interlocuteur (ou envers autrui).
C’est ce
double sens des droits et devoirs qui forment un système quaternaire plutôt que
dual dans l’approche de la responsabilité.
Bon, je ne
sais pas si c’est assez clair, mais au cas où, j’essaierais d’aborder ce
problème par d’autres exemples.
Toutefois,
je trouve judicieux de dire que les droits sont par essence innés et les
devoirs acquis, car un enfant que l’on a élevé sans respecter ses droits aura
plus tard beaucoup de mal à remplir ses devoirs (ce qui ne signifie pas qu’il n’y parviendra pas). C’est le principe de la
transmission transgénérationnel des traumatismes et de la souffrance non dite, c’est-à-dire
de la violence. Et cela a des répercussions considérables à l’échelle de notre
société.
A plus,
Bonne
journée.
P.S. :
J’essaie de trouver en quoi nous sommes en désaccord, bien que cela ne soit pas encore clair dans mon esprit, car je ne rejette absolument pas les idées que tu avances qui ont le mérite de simplifier cette notion de responsabilité et donc de la rendre plus compréhensible. Cependant, je pense que c’est une tâche monumentale compte tenu des différents sens qu’ont pris au fil du temps les mots responsabilité, droit et devoir dans notre vocabulaire courant.