En attendant de savoir pour quoi ils sont prêts à affronter la police, nos révolutionnaires feraient mieux de rester chez eux, c’est moins dangereux et tout aussi utile.
Dans toutes les démocraties il n’y a que deux
façons contester. Soit on vote lors d’élections, soit on manifeste dans la rue.
L’élection est la méthode légitime
pour marquer son désaccord. Mais il faut se rendre à l’évidence : notre
libre arbitre a été escamoté par les pouvoirs en place qui nous offre un panel
de représentants qui nous ne nous laisse que peu de choix, car l’un est la
copie conforme de l’autre. Et c’est parce que l’on ne pouvait plus supporter
Sarkozy qu’il a fallu choisir Hollande. Et Marine Lepen ne fera pas une meilleure
lauréate une fois qu’elle aura eu le poste.
La manifestation est la façon
brutale et légale de s’opposer à une loi, un événement ou une politique. Mais l’exercice
est difficile, car le danger est le basculement vers l’émeute. Dans toutes les
manifestations le pouvoir en place détermine si la manifestation peut changer
quelque chose et si les éventuelles violences occasionnées peuvent permettre à
ce pouvoir de reprendre la main. Si c’est le cas, il ne va pas se gêner pour
provoquer ces violences et les forces de l’ordre sont suffisamment
professionnelles pour savoir blesser (même des fois gravement) sans tuer.
Exemple 1 : le 25 janvier 2001
Lille
300 à 400 sapeurs-pompiers, voulant
attirer l’attention sur la dégradation de leurs conditions de travail et défendre
leur retraite, ont manifesté dans Lille dans le cadre des journées d’action
nationales. Alors que la manifestation devant l’hôtel de ville se passait dans
le calme, les CRS ont riposté violemment et un pompier eut la main droite
arrachée par l’explosion d’une grenade assourdissante (grenade offensive). Onze
pompiers furent blessés, quatre pompiers furent conduits au commissariat pour être
poursuivis pour violences contre les forces de l’ordre, rébellion et troubles à
l’ordre public.
Il est clair que la violence des CRS
n’était pas anodine. Ils agissaient sur ordre afin de focaliser les médias sur
les violences et pas sur les revendications légitimes des pompiers
Exemple 2 : Barrage de Sivens
Le conseil général du Tarn décide la
création d’une retenue d’eau pour alimenter les cultivateurs de maïs. Les
opposants au projet le font savoir et use de tous les recours pour annuler ce
projet couteux et inutile. Le pouvoir local composé de politiques locaux et
départementaux, de syndicats agricoles et d’entrepreneurs de travaux publics,
ayant tous des intérêts financiers dans la compagnie des eaux, les SEM et
autres organismes en charge de ce projet font le forcing pour mettre l’état
devant le fait accompli et engagent le démarrage des travaux sans attendre le
rapport d’expertise du gouvernement. Les écologistes occupent le terrain, le
préfet à la demande du président du conseil du Tarn envoi des gendarmes mobiles
qui ripostent violemment dans un endroit ou la protection des biens et des
personnes n’est pas en danger. Normalement les médias aurait fait leurs choux
gras des violences entre les policiers et les « casseurs » et on en
serait resté là et le barrage serait construit. Une grenade offensive lancée
par un gendarme s’accroche sur le sac à dos d’un manifestant et explose le
tuant net. On a maintenant la preuve que dans la demi-heure qui a suivi cet événement
tragique le ministre de l’intérieur était informé et forcément le président de
la république. Ils ont mis plus de 48H à réagir, laissant au bon soin des
médias de disserter sur l’utilité de risquer sa vie à manifester. Il faut aussi
noter qu’avant on a eu un cavalcade d’hypothèses journalistiques du genre :
-
on ne sait rien du manifestant c’est peut être
un casseur
-
Il a peut-être été tué par un casseur
-
Il a été découvert quelques heures après les
faits etc. etc. etc.
Le jour où les journalistes sauront
quelque chose n’est pas prêt d’arriver. On ne peut d’ailleurs pas leur en
vouloir car ce n’est pas leur métier de savoir.
Quoiqu’il en soit vous êtes là à
pondre un article sur les biens fait de la manifestation qui est tout
simplement la seule représentation de ce que l’on appelle « démocratie
participative » en terminant par « la police ne sera certainement pas
fâchée de faire autre chose. ». C’est un peu pathétique !