Merkel, contestée par une majorité d’ allemands pour son attitude de caniche de Washington, est mise directement en cause par la députée Sahra Wagenknecht dans son discours devant le parlement pour sa politique contraire aux intérêts du pays.
Voici la transcription du discours de S. Wagenknecht (vice présidente du parti de gauche_Die Linke).
"
On
a l’impression qu’il y a quelque chose, Mme Merkel, que vous pensez
être encore plus important que les intérêts des entreprises allemandes,
ce sont les intérêts du gouvernement américain et des entreprises
américaines.
Dans
votre discours à Sydney, Mme Merkel, vous vous êtes terriblement
indignée par le fait que 25 ans après la chute du Mur de Berlin, il
continue d’exister une ancienne façon de penser selon des sphères d’influence qui piétinent le droit international.
» Qui aurait cru cela possible ? « , avez-vous dit !
Cela soulève plusieurs questions :
-
Mme Merkel, dans quel monde vivez-vous ?
-
Et où avez-vous vécu ces 25 dernières années ?
-
Où
étiez-vous, lorsque les États-Unis ont piétiné le droit international
en Irak, afin d’étendre leur sphère d’influence sur le pétrole irakien ?
-
Où
étiez-vous, quand le droit international en Afghanistan était (et est
toujours) bafoué, avec la participation de l’Allemagne ?
-
Où
étiez-vous quand la Libye a été bombardée, lorsque l’opposition
syrienne a été armée et affiliée à ISIS [l’État islamique] après les
livraisons d’armes ?
-
Tout cela était-il, à votre avis, conforme au droit international ?
Bien sûr, ce n’était pas du tout à propos de sphères d’influences !
Je
peux vous recommander de lire le livre de Zbigniew Brzezinski, qui a
longtemps été un pionnier de la politique étrangère américaine. Le beau
titre de ce livre, écrit en 1997, se présente ainsi : « Le grand échiquier : la primauté de l’Amérique et ses impératifs géostratégiques » .
En
ce qui concerne l’Europe, Brzezinski plaide pour un élargissement
décisif de l’Otan vers l’est : d’abord en Europe centrale, puis dans le
Sud, puis dans les pays baltes et enfin en Ukraine.
Parce que, comme l’auteur le justifie de façon convaincante, « chaque étape de l’expansion étend automatiquement la sphère immédiate d’influence des États-Unis « .
C’est une vieille façon de penser en termes de sphères d’influence, mais qui a été mise en œuvre avec succès, et vous ne l’avez vraiment jamais, jamais remarqué, Mme Merkel ?
Au contraire, vous apparteniez à ceux qui ont ensuite transposé et supporté cela en Europe !
Vous étiez juste l’un des vassaux qui utilisaient les mots de Brzezinski pour endosser cette stratégie !
[Le Président] Mme Wagenknecht, laissez…
… Je parlais de Brzezinski, de l’élargissement de l’Otan à l’est et la politique allemande à cet égard.
Mme Merkel, maintenant vous avez conduit l’Allemagne à réveiller la Guerre froide avec la Russie, à empoisonner le climat politique et mettre en péril la paix en Europe.
Vous
êtes à l’origine d’une guerre économique insensée, qui nuit massivement
et principalement à l’économie allemande et européenne.
Et
quand vous pleurnichez, vous n’êtes pas de ceux qui travaillent pour
des entreprises dont les commandes ont fortement chuté, vous n’êtes pas
de ceux qui gèrent ces entreprises ou travaillent pour elles.
Vous n’avez pas à supporter les dures conséquences de ce que vous avez fait.
Vous nous avertissez qu’il y a le feu, Mme Merkel, mais vous êtes parmi ceux qui tournent autour avec des allumettes enflammées.
L’escalade
verbale est toujours ce qui précède le pire ! C’est ce que
Hans-Dietrich Genscher vous a dit après votre discours à Sydney.
Non,
cela ne veut pas dire que nous aimons Poutine, ou le capitalisme russe
avec ses oligarques, mais la diplomatie exige de prendre au sérieux les
intérêts de l’autre côté plutôt que de les repousser par ignorance.
Et
il ne peut pas être ignoré que Mikhaïl Gorbatchev et Helmut Kohl
presque avec exactement les mêmes mots avertissent que sans un
partenariat germano-russe la stabilité et la sécurité en Europe est
possible.
L’ancien
président du Parti social-démocrate (SPD), Platzeck, a souligné que le
commerce entre la Russie et les États-Unis a augmenté cette année,
tandis que le commerce entre la Russie et l’Union européenne,
principalement l’Allemagne, a connu un énorme effondrement. En réaction,
l’Union chrétienne-démocrate [La CDU, le parti de Merkel, NdT] essaie
de coincer les gens comme M. Platzeck, et d’autres supposés apologistes de Poutine à la conférence des Dialogues de Saint-Pétersbourg.
Au lieu de prôner la compréhension, vous encouragez l’ignorance ! En
Ukraine, vous coopérez avec un régime, dans lequel les fonctions
importantes des services de police et de sécurité sont occupées par des
nazis reconnus !
Le Président Porochenko parle de Guerre totale !. Il a arrêté tous les paiements aux retraités et aux hôpitaux dans l’est de l’Ukraine !
Et pour le Premier ministre Iatseniouk les insurgés sont des créatures, qui doivent être détruites.
Au
lieu de travailler avec ces voyous, nous avons à nouveau besoin d’une
politique étrangère allemande dans laquelle la sécurité et la paix en
Europe est plus importante que les instructions de Washington.
En
cette année qui marque le centenaire de l’éclatement de la Première
Guerre mondiale et 75 ans après celui de la Seconde Guerre mondiale dans
une telle année il serait, je pense extrêmement approprié de rappeler
une phrase de Willy Brandt : « La guerre, ce n’est pas l’ultima ratio
[dernier argument raisonnable – Lat.], la guerre c’est est l’irratio
ultima » [dernier argument stupide Lat.].
La guerre ne peut pas être utilisée comme outil politique plus longtemps, Mme Merkel !
Donc, revenez à la voie de la diplomatie, la levée des sanctions !
Et
si, en fait, il y a dans le SPD des voix appelant au bon sens en
politique étrangère, de Helmut Schmidt à Matthias Platzeck, alors s’il
vous plaît écoutez, Mme Merkel, la voix de vos partenaires de la
coalition !
Arrêtez de jouer avec le feu !
Je résume : Vous avez gaspillé tous les gains de la d »
politique et conduit l’Europe dans une nouvelle guerre froide, et au
bord du précipice, parce que vous n’avez pas le courage de vous lever
contre le gouvernement américain.
Ce n’est pas quelque chose dont vous pouvez être fière.
Dans
tous les cas, les citoyens de notre pays méritent une meilleure
politique, une politique où l’appel à la prospérité pour tous est enfin à
nouveau pris au sérieux, ainsi que le retour à une politique de
voisinage amical avec tous nos voisins européens.
Sahra Wagenknecht