Cher Roland lisez donc. cela devrait vous intéresser.
http://blogs.mediapart.fr/blog/tiptop/070115/enseigner-vivre-oui-mais-comment
Extraits
Les enseignants se heurtent souvent à un problème délicat et crucial
pour les élèves : donner du sens aux apprentissages. Le dernier ouvrage
d’Edgar Morin Apprendre à vivre – au titre un poil ronflant –
soulève d’importantes questions et pose quelques pistes intéressantes
pour penser l’éducation dans un monde global. Ce qui m’importe ici est
d’essayer d’en dégager un certain nombre de conclusions pratiques pour
l’enseignant : une nouvelle voie pour articuler le local (savoirs
pratiques dans la classe) avec le global (éclaircissement des grands
enjeux contemporains dans un monde en mutation rapide et profonde)[1].
Edgar Morin est un penseur de la complexité, de
l’identité et de la connaissance (d’un point de vue anthropologique).
Sur ce dernier point, Apprendre à vivre fait écho, aux Sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur
publié par l’Unesco. Son constat sur la crise de l’éducation prend le
contrepied de beaucoup d’analyses contemporaines. Si presque tout le
monde admet qu’il y a bien aujourd’hui une crise de la culture[2],
peu s’accordent sur le sens à donner à cette crise. Pour lui, elle
s’exprime d’abord par la disjonction entre la culture scientifique et
les humanités. La parcellarisation des connaissances en disciplines
aggrave l’inculture générale. Si le problème est structurellement
saillant à partir du collège, cette disjonction entre prose et poésie se
retrouve aussi également dans le primaire, phagocyté par le haut, où
pourtant le maitre unique a beaucoup plus de marge de manœuvre. Les
injonctions ministérielles depuis plusieurs années, du socle commun des
connaissances jusqu’aux programmes 2008, ont entériné cette disjonction,
sous la pression vraisemblablement de lobbies disciplinaires et de
pseudo analyses à forte teneur idéologique[3].
Pour avoir expérimenté une classe de cycle (CE2, CM1 et CM2), articuler
le socle commun avec les programmes était déjà une vraie gageure tant
les nombreux items - le savoir découpé en tranches – pouvaient nous
faire perdre le fil d’un véritable projet éducatif, pour peu bien
entendu que l’on en ait un. Effectivement, « L’esprit de la
programmation actuelle casse ainsi les curiosités naturelles qui sont
celles de toute conscience qui s’ouvre sur l’humain, la vie, la société,
le monde ». Edgar Morin nous rappelle à juste titre que les enfants
sont à l’aise avec la complexité : « Je suis convaincu que c’est dès
l’école primaire que l’on peut essayer de mettre en place – en activité –
la pensée reliante car elle est présente à l’état sauvage, spontané,
chez tout enfant ». Et trop souvent l’enseignant confond le complexe avec
le difficile, le simple avec le facile.
Or Edgar Morin fait le juste constat que
« l’hyperspécialisation empêche de voir le global (qu’elle fragmente en
parcelles) ainsi que l’essentiel (qu’elle dissout). Or les problèmes
essentiels ne sont jamais parcellaires et les problèmes globaux sont de
plus en plus essentiels »[4]. Il plaide donc pour une école de la vie, qui pratique dès le primaire un programme interrogatif. Interroger l’homme, découvrir sa triple nature biologique, psychologique (individuelle), sociale.
Plusieurs pistes en ébauche me semblent alors intéressantes à suivre dès le primaire. [....]
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