En juillet
1940, le gouvernement de Vichy débute sa « Révolution nationale » par une réforme
éducative. L’enseignement primaire laïc est dénoncé comme responsable de la démoralisation
et de la défaite du pays.
Le régime attend des instituteurs qu’ils transmettent
aux enfants la fidélité aux nouvelles valeurs, définies par la devise qui
remplace celle de la République, « Travail, Famille, Patrie ». Les programmes
scolaires sont également révisés : en décembre 1940, le ministère de l’Instruction
publique publie ainsi des programmes de morale inspirés de la nouvelle devise
tandis que les programmes d’histoire subissent la torsion d’une interprétation
centrée sur les grandes figures du passé et les gloires nationales conformes
aux conceptions vichystes.
Formés dans
des Ecoles normales d’instituteurs, encadrés par le Syndicat national des
instituteurs (SNI), et partageant des valeurs laïques, républicaines et
humanistes communes, les « hussards noirs » de la Troisième République se sont
donc apparemment vus imposer une orientation de leur profession
opposée à celle qu’elle était jusque là.
Comment ces
instituteurs, confrontés à la mise en place d’un régime autoritaire dans lequel
leur corps est particulièrement attaqué, ont-ils réagi ?
Loin de se
mobiliser collectivement de manière organisée pour lutter contre Vichy et sa
politique éducative, les instituteurs appliquent globalement les réformes du
nouveau gouvernement.
Cependant,
en considérant le concept de résistance dans une acception plus large que celle
communément admise – la Résistance organisée -, on constate que l’opposition
circonscrite de certains instituteurs a entravé la réforme éducative . Ce type
de mobilisation, allant des formes de désobéissance individuelle faiblement
perceptibles aux formes de résistance collective locales plus prononcées, s’expliquent
sans doute par la prédominance de
l’engagement social des instituteurs
sur leur engagement politique.
En va-t-il
autrement en 2015 ?