« Et oui, 50 % + 1 ça s’appelle la démocratie. »
En vertu de quoi, il y a
déjà des millions des personnes qui ne respectent plus les lois, votées
démocratiquement, par des représentants démocratiquement élus. On parle, par
exemple, de deux millions de conducteurs de véhicules n’ayant pas de permis de
conduire, de millions de consommateurs occasionnels de cannabis, sans compter
tous ceux qui violent les lois en rapport avec la clandestin.
« Vous préférez continuer dans ce système
élitiste qui se fout de votre avis ? »
Ce n’est pas que je le
préfère, c’est que je me dis qu’il est sans doute moins frustrant à subir, que
les « bévues » et « erreurs d’appréciation » de 50,01 % de
couillons, sans plus de légitimité que moi, moi et moi, mais qui, eux, n’ont
rien compris, ou se sont faits blousert, dont la « compétence universelle »
n’est en aucun cas supérieure à la mienne et, dans bien des cas – j’en suis sûr,
évidemment -, largement inférieure à la mienne.
« Quel que soit le parti au pouvoir, si vous ne changez pas ce système,
il tombera irrémédiablement dans des dérives monarchiques et se sera la
démocratie la première victime. »
Actuellement, la démocratie
n’existe déjà plus, si tant est qu’elle ait jamais existé. Malheureusement, si
on adopte votre système, il tombera irrémédiablement dans des dérives « capricieuses »
et « velléitaires » qui ressembleront à tout, sauf à de la
gouvernance.
Imaginons que le 10 juin 2005, 52.3 % des
votants aient adopté un budget de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour
la construction de nouvelles centrales nucléaires dont les études démarrent
immédiatement, avant de voter, le 5 juin 2011, à 67.5 %, trois mois après
Fukushima, l’abandon du nucléaire, l’arrêt immédiat de tous les chantiers, et,
dans la foulée, des milliards d’euros pour la transition énergétique.
« Maintenant, si vous avez d’autres idées pour une gouvernance réellement
représentative des citoyens… »
La question est de savoir si
une gouvernance réellement représentative des citoyens est possible, compte
tenu de leur versatilité, de leurs réactions humainement émotionnelles, de leurs
engouements aussi subits qu’irrationnels.
Rappelons-nous la vogue
éphémère d’Eric Cantona, d’Hessel, des Indignés consécutifs – qui se souvient
qu’il y a eu une Marche mondiale des
Indignés, le 15 octobre 2012, qui s’est pompeusement proclamée « première » ?
— , des Anonymous, du mouvement Occupy…
« … et non des seuls élites qui l’a composent, partagez les avec nous,
elles sont les bienvenues. »
J’y pense depuis longtemps,
mais dès que j’essaie de transposer la théorie à des objets concrets, je
bute sur des difficultés majeures, dont le phénomène Nimby n’est pas la moindre…
Car il pose la question du
droit démocratique d’une communauté d’un million de personnes d’imposer, à 75 % des voix, d’infliger des
désagréments et préjudices – comme l’implantation d’une mosquée monumentale, d’une
usine d’incinération des ordures ménagères ou d’un centre d’accueil pour toxicomanes — à une sous-communauté de 10’000 personnes qui, tout aussi démocratiquement, n’en
veulent pas à 85 % des voix.