« …son salaire doit être au moins
suffisant pour lui permettre de subsister. Il doit même, dans la plupart des
cas, être un peu plus que suffisant ; autrement le travailleur ne pourrait
élever une famille, et la race de ces ouvriers ne pourrait pas se maintenir
au-delà de la première génération. »
Et ce n’est pas encore tout. Ce
que Smith ne pouvait pas savoir, c’est qu’un jour, ce salaire devrait être au moins suffisant pour permettre, aux ouvriers, d’élever quelques
poussins et, de surcroît, pour permettre à
tout ce petit monde de jouer pleinement son rôle - qui ne peut être assumé ni par
les « exploiteurs » ni par des machines - de consommateur pilier
de la société dite, précisément, de consommation.
Adam Smith (1723-1790) ne pouvait
évidemment pas la prévoir, à la différence d’Oscar Wilde (1854-1900) qui, lui, en
pressentait les effets « pervers » du point de vue du révolutionnaire en peau de vison qu’il était. Comme il n’avait pas de visées électoralistes, il pouvait s’offrir la rude franchise de suggérer* que le
pire des salauds, ce n’est pas l’« esclavagiste » impitoyable et exploiteur d’enfants, c’est le patron
qui traite bien ses salariés, parce qu’ainsi il les dissuade de se révolter.
Cela nous dit assez combien vos théories du temps de la marine à voile,
de la lampe à huile et du roi Georges III, sont obsolètes. A peine plus, au demeurant, que celles qui remontent à la lampe à pétrole, à la traction à vapeur et à Frédéric III.
* Dans L’âme humaine sous le régime socialiste